Le ministre Steven MacKinnon a même indiqué que le fédéral avait réduit l’échéancier initial de huit à quatre ans d’ici la première pelletée de terre. Pour ça, il devra mener rondement une étape cruciale: celle de l’expropriation des terres et terrains se trouvant sur le corridor convoité.
Martin Imbleau indique que le tracé du TGV sera conçu pour minimiser l’impact sur les terres agricoles.
Corridor dédié
Ainsi, le fédéral confirme que le TGV n’empruntera pas les voies existantes, propriété du CN, celles-ci n’étant pas compatibles avec un service à grande vitesse. Il bénéficiera d’un corridor dédié. En conférence de presse, le ministre MacKinnon a souligné que le tracé définitif n’était pas encore arrêté, mais en entrevue avec Agricom, Martin Imbleau, PDG de Alto, promoteur du projet, a quand même levé le voile sur les grandes lignes.
« Premièrement, on veut une ligne la plus droite possible. Deuxièmement, on va tenter de suivre des corridors existants pour minimiser les impacts. Trois, on va essayer de suivre les limites de lots; quatrièmement, on a besoin d’à peu près 60 mètres de propriété et si ça devait couper une terre, notre préférence serait de s’entendre de gré à gré avec le propriétaire pour une compensation juste et si ce n’est pas possible, c’est vraiment à ce moment-là que le processus d’expropriation devient nécessaire. »
Pour bien comprendre, il faut savoir que le corridor réfère à un espace très large (quelques kilomètres selon M. Imbleau) entre deux points de destination, tandis que le tracé constitue l’endroit précis où passera la voie ferrée dans le corridor sur environ 60 mètres de large.
Par ailleurs, certains agriculteurs pourraient malgré tout voir leur terre coupée par le nouveau tracé. Or, explique le promoteur, avec des trains qui circulent à 300 km/heure, il ne peut pas y avoir de passages en surface pour la machinerie agricole.
« Il pourrait alors y avoir un tracé plus large pour permettre de passer en-dessous ou au-dessus de nos installations; mais ça ne peut pas se faire à toutes les quelques centaines de mètres et c’est la raison pour laquelle on est déjà engagés avec les associations d’agriculteurs du Québec et de l’Ontario pour exprimer ces préoccupations-là. »
Michel Dignard estime que l’annonce de la première phase du TGV soulève des doutes et des questions.
Des doutes et des questions
Du côté de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), on souligne qu’Alto n’a pas contacté l’organisme pour discuter du plan. Selon le vice-président Michel Dignard, Alto se serait toutefois entretenu avec la Fédération de l’agriculture de l’Ontario (OFA) il y a environ un mois.
« Il en ressort qu’on ne peut pas les empêcher d’aller de l’avant avec le projet, mais Alto a exprimé l’intention de travailler avec les agriculteurs, ce qui est bon signe. L’une de nos préoccupations, à part le prix à obtenir pour la perte de nos terres, est de savoir qui aura la responsabilité d’entretenir les chemins de traverses? On n’a pas la réponse pour l’instant. »
Par ailleurs, l’agriculteur parle d’un certain scepticisme au sein des deux regroupements ontariens. « À Toronto, un projet de train qui devait être fait en cinq ans en a pris 10 pour être complété. Le gouvernement fédéral dit qu’il apprend de ses erreurs, mais on verra bien. »
Selon M. Dignard, il semble peu probable qu’un projet d’une telle envergure respecte ses échéanciers, d’autant que son annonce semble précipitée. « J’ai parlé à quelques députés qui n’étaient même pas au courant de l’annonce le matin même. Parfois, quand un projet a l’air trop beau pour être vrai… »
Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL