le Vendredi 12 juin 2026
le Jeudi 11 juin 2026 21:15 Agriculture

Avec 1 000 manifestants à Ottawa, l’opposition à Alto s’intensifie

  PHOTO : MAXIME MAINIERI
PHOTO : MAXIME MAINIERI

Producteurs ontariens et québécois ont convergé vers la Colline du Parlement pour dénoncer les répercussions potentielles du TGV. Un message clair en est ressorti : le développement des transports ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture.

Avec 1 000 manifestants à Ottawa, l’opposition à Alto s’intensifie
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Mercredi, dans la chaleur et sous la pluie d’Ottawa, un millier de manifestants issus pour la plupart des communautés rurales de l’Ontario et du Québec, étaient réunies sur la Colline du Parlement. À la tribune, se sont succédé des citoyens, des personnalités politiques comme le chef du Parti conservateur Pierre Poilievre, et des représentants syndicaux et associatifs comme Sébastien Peeters, président de l’UPA d’Argenteuil.  L’objectif était de faire entendre la voix des agriculteurs susceptibles d’être touchés par le corridor envisagé pour le projet Alto.

Pour Christian Cardinal, producteur de grandes cultures à Mirabel présent dans le cortège, la participation à la manifestation allait de soi. Exploitant des superficies en maïs et en soya situées dans le corridor étudié, il déplore le manque de réponses concrètes obtenues jusqu’à présent. « J’ai envoyé une liste de 35 questions et les réponses étaient essentiellement politiques. On nous dit toujours que les détails viendront plus tard parce que le tracé définitif n’est pas choisi », explique-t-il.

L’agriculteur précise que plusieurs lignes hydroélectriques traversent déjà ses terres en diagonale, créant des parcelles irrégulières qui compliquent les travaux agricoles. À ses yeux, l’ajout d’une nouvelle infrastructure ferroviaire accentuerait ces difficultés.

Dans le pire des scénarios, il craint même que son exploitation soit compromise. « Si le tracé suit l’ancienne emprise ferroviaire près de nos bâtiments, les conséquences pourraient être fatales pour notre ferme », affirme-t-il.

Le souvenir des expropriations liées à l’aéroport de Mirabel demeure également bien vivant dans sa famille. Ses grands-parents maternels ont été déplacés à cette époque. Une expérience qu’il ne souhaite pas voir se répéter. « Les terres que nous cultivons aujourd’hui nous ont été confiées par nos parents. Nous sommes seulement les gardiens de cet héritage pour la génération suivante », souligne-t-il.

À Mirabel, malgré l’envoi de 35 questions, Christian Cardinal n’a reçu que des réponses « essentiellement politiques ».

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« Aucun montant d’argent n’achète l’histoire d’une famille »

À Saint-Isidore, en Ontario, Daniel Longtin partage des préoccupations semblables. Producteur avicole, il travaille déjà avec deux de ses enfants qui représentent la quatrième génération de l’entreprise.

Après avoir reçu des demandes d’accès à ses terrains, il s’est plongé dans la documentation disponible et a participé à toutes les réunions d’information qu’il pouvait trouver. « Au début, c’était la panique. Ensuite est venue la colère. On se demande pourquoi et comment on en est arrivé là », raconte-t-il.

Même si une éventuelle compensation financière était offerte, il estime qu’elle ne pourrait jamais remplacer ce qui est en jeu. « Il n’y a pas d’argent qui peut acheter l’histoire d’une famille depuis plusieurs générations. »

Selon lui, des solutions moins coûteuses et moins dommageables existent, notamment l’amélioration des infrastructures ferroviaires déjà en place plutôt que la création d’un nouveau corridor réservé au TGV.

Il redoute également la perte de milliers d’hectares parmi les meilleures terres agricoles du pays. « Une fois que cette terre est recouverte de roche ou d’infrastructures, elle est perdue pour toujours pour la production alimentaire », souligne-t-il.

À Saint-Isidore, entre 60 % et 80 % des terres de Marc Bercier se trouveraient dans le corridor étudié.

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Préserver un patrimoine pour la relève

Également présent à Ottawa, Marc Bercier, producteur de grandes cultures et semencier à Saint-Isidore, affirme avoir reçu six avis concernant ses propriétés. Selon ses estimations, entre 60 % et 80 % de ses terres se trouveraient dans le corridor actuellement étudié. « Il n’y a pas d’argent qui peut payer ça », insiste-t-il en évoquant le travail accompli pour défricher et mettre en valeur ces parcelles.

Son entreprise fournit des semences dans l’est de l’Ontario et l’ouest du Québec, illustrant à ses yeux les liens étroits qui unissent les deux provinces. Il voit d’ailleurs dans cette mobilisation une démonstration de solidarité entre agriculteurs des deux bords.

Il demeure persuadé que la sensibilisation du public peut faire évoluer le dossier. « Dès que les gens comprendront les conséquences réelles sur les familles agricoles et sur la sécurité alimentaire, ils se mettront à notre place ».

Comme plusieurs manifestants, il estime qu’un moratoire permettrait de poursuivre les discussions et de mieux informer la population avant toute décision irréversible.

Daniel Longtin prône l’amélioration des infrastructures ferroviaires déjà en place plutôt que la création d’un nouveau corridor réservé au TGV.

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Une mobilisation appelée à se poursuivre

Au-delà des préoccupations individuelles, les producteurs rencontrés sur la Colline du Parlement ont insisté sur un thème commun : la nécessité de protéger les terres agricoles pour les générations futures.

Christian Cardinal a souligné que la solidarité entre le Québec et l’Ontario était essentielle face à un projet qui dépasse les frontières provinciales. Daniel Longtin rappelle pour sa part que la mission première des agriculteurs demeure de nourrir la population, tandis que Marc Bercier insiste sur l’importance de préserver des exploitations soigneusement bâties au fil des décennies.

Tous trois ignorent encore quelles seront les prochaines étapes de leur mobilisation, mais une chose fait consensus : ils comptent poursuivre leurs démarches afin de faire entendre leurs préoccupations auprès des décideurs.

Pour eux, l’enjeu dépasse largement le simple tracé d’une ligne ferroviaire. Il touche directement la pérennité des fermes familiales, la transmission aux générations futures et la protection d’un patrimoine agricole qu’ils jugent irremplaçable.