Les préoccupations du monde rural face au TGV Alto ont résonné entre les murs du centre récréatif de Bourget (Clarence-Rockland), lors de la séance d’information organisée le 3 juin par Boisés Est.
Plus de 250 personnes ont participé à la rencontre. Un chiffre qui témoigne de l’intérêt et des inquiétudes suscités par le projet dans l’Est ontarien. Selon Jean Saint-Pierre, président de Boisés Est, l’objectif était de permettre aux citoyens francophones de mieux comprendre les enjeux du dossier et les conséquences possibles du corridor proposé. «Les préoccupations sont énormes au niveau des communautés rurales. Nous espérons qu’il y aura une révision importante», a-t-il déclaré à la suite de la rencontre.
Parmi les enjeux soulevés, la protection des terres agricoles est revenue constamment dans les discussions. Invité à prendre la parole durant la soirée, le vice-président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), Michel Dignard, a rappelé que les producteurs ne s’opposent pas par principe au développement d’infrastructures de transport, mais qu’ils demandent que les impacts sur l’agriculture soient pleinement évalués.
Selon lui, la principale inquiétude concerne la fragmentation des exploitations agricoles. Une voie ferrée clôturée pourrait compliquer les déplacements de machinerie et l’accès à certaines parcelles, tout en perturbant les systèmes de drainage sur lesquels reposent de nombreuses terres cultivées. «Une terre agricole, ce n’est pas seulement une superficie. C’est un système de production qui a été développé au fil des générations», souligne-t-il.
Jean Saint-Pierre, président de Boisés Est, est intervenu lors d’une séance d’information.
60 m de largeur
Jean Saint-Pierre partage ces préoccupations. D’après lui, un corridor pouvant atteindre jusqu’à 60 m de largeur, voire davantage à certains endroits, risquerait de couper des terres agricoles, des boisés et des érablières, tout en compliquant leur gestion quotidienne. Il craint également que certaines communautés rurales se retrouvent divisées par l’infrastructure. «On nous parle de ponts et de viaducs, mais on ne sait pas à quelle fréquence ils seront aménagés. Pour les agriculteurs comme pour les citoyens, ça pourrait signifier des détours importants», explique-t-il.
Les participants ont aussi soulevé des questions concernant les impacts environnementaux, le bruit, les infrastructures municipales et les services d’urgence. Plusieurs ont dénoncé ce qu’ils perçoivent comme un manque d’information de la part des promoteurs.
Pour Michel Dignard, les producteurs souhaitent obtenir davantage de détails avant de pouvoir se prononcer sur le projet. Ils veulent notamment connaître les effets réels sur les terres agricoles, les mesures d’atténuation envisagées et les mécanismes de compensation qui pourraient être mis en place.
L’UCFO encourage d’ailleurs les agriculteurs à demeurer mobilisés et à participer aux consultations à venir. «Aujourd’hui, ça touche certains producteurs. Demain, ce pourrait être d’autres. La protection des terres agricoles concerne toute la société», rappelle Michel Dignard.
Alors que le gouvernement fédéral poursuit l’évaluation du projet Alto, les organisations agricoles et rurales de l’Est ontarien comptent maintenir la pression afin que les réalités du terrain soient prises en considération, avant toute décision finale.