De quoi s’agit-il? Du lot de terrain qui refuse de collaborer. Vous avez beau y planter des semences de première qualité, l’arroser à profusion, il ne produit souvent qu’une récolte rachitique… Et parfois, rien du tout. Le coupable? Il se trouve six pouces derrière le volant du tracteur!
Owen Ricker voit son lot de terres agricoles présentant des problèmes de drainage de compaction ou de fertilisants.
Toutes les fermes en ont un…
Pas besoin d’en rougir, le phénomène est plus répandu qu’on croit, selon Owen Ricker, conseiller certifié en cultures auprès de l’Ontario Soil and Crop Improvement Association (OSCIA).
« On le voit lors de nos visites, parfois c’est propre à une région, d’autres fois la qualité du sol varie d’un champ à l’autre. Par exemple, la terre la moins productive du Comté d’Oxford peut être meilleure que la terre la plus productive à Peterborough. »
Pourquoi? Les raisons sont aussi diverses que les lots, mais certaines constantes reviennent: « Il y a un dicton en anglais qui dit Rain Makes Grain, ou la pluie fait le grain. Souvent, c’est un problème de drainage qui fait que le champ a trop ou trop peu d’eau. Le sol sablonneux est plus affecté par la sécheresse, mais si la terre est sur un fond de roche, la couverture n’est peut-être pas assez profonde pour permettre aux plantes d’aller chercher leur eau. »
Bien entendu, il y a aussi la qualité de la terre qui entre en jeu et parfois, il est nécessaire de recourir à une culture de couverture pour l’enrichir. « Parfois, je vois que la terre n’est pas propice au type de culture qu’on y pratique. Derrière chez moi, un agriculteur essaie de cultiver du maïs sur un ancien marécage, alors que le foin serait plus indiqué parce qu’il tolère mieux d’avoir les pieds dans l’eau. »
De plus, plusieurs terres sont converties lorsque, par exemple, on abandonne l’élevage bovin. « Autrefois, la plupart des exploitations agricoles de l’Ontario possédaient du bétail. À cette époque, les agriculteurs pouvaient cultiver du maïs et d’autres cultures de rente sur les terres les plus adaptées, et utiliser d’autres parcelles pour le foin et le pâturage. Aujourd’hui, ils cultivent du soya sur des terres destinées au foin et au pâturage. Comme elles sont moins propices, les agriculteurs peinent à adapter leurs cultures de rente », constate-t-il.
Le test de sol
Selon l’expert, la meilleure approche consiste à effectuer des tests de sol régulièrement et à apprendre à bien connaître son champ. « Les intrants sont souvent appliqués uniformément sur de grandes parcelles, mais la composition de ces parcelles peut varier considérablement. Grâce à des analyses de sol précises et à des cartes de fertilité, les agriculteurs peuvent investir dans les produits adaptés et les appliquer aux endroits stratégiques de leurs parcelles afin d’optimiser leurs profits, et pas seulement leurs rendements. »
Comment faire un test de sol? D’abord, mieux vaut laisser faire les experts. Une méthode d’échantillonnage permettant d’établir une carte des sols précise consiste à utiliser une grille. La mesure de 2,5 acres est courante, tandis que celle de 1 acre offre une précision accrue (bien que plus coûteuse). Grâce à ces analyses, on peut créer une carte de fertilité des sols qui illustre mieux ses différentes caractéristiques.
Enfin, l’échantillonnage des sols peut être réalisé par la méthode des zones de gestion. Il s’agit de la méthode la plus récente en matière d’analyse des sols. Pour ce faire, on doit diviser le terrain en petites zones afin que les sols de chaque zone présentent des caractéristiques similaires. On prélève ensuite des échantillons composites dans chaque zone pour avoir une bonne confiance dans la représentativité des résultats d’analyse pour la fertilité des sols.
« Les plus petites fermes ne sont peut-être pas en mesure de faire ce genre de test », prévient le spécialiste.
André Perras estime qu’un test de sol permet généralement de trouver une solution à plus de 95% des problèmes de champ.
Pour sa part l’agronome André Perras, de la firme André Services Agri, pense qu’il n’y a pas de situation insoluble pour un professionnel. « On vérifie tout. On peut faire des vérifications du champ au GPS. Oui, parfois on constate qu’il y a trop d’engrais ou pas assez, mais je vois aussi occasionnellement des problèmes de sol trop compactés par la machinerie agricole. On peut recommander d’ajouter de la chaux ou de la potasse, on fait les recherches nécessaires et habituellement, on règle 95 à 99% des cas », assure-t-il.
Consultation gratuite
Le Sustainable Canadian Agricultural Partnership a mis au point un programme d’évaluation de la santé des terres agricoles offert à tous les producteurs de la province de l’Ontario. Aucune inscription ni vérification d’admissibilité n’est requise. Il suffit de communiquer avec un conseiller agricole et de remplir votre évaluation gratuite sur le terrain.
L’évaluation porte sur les principaux aspects de la santé des terres agricoles, notamment :
- Érosion hydrique
- Érosion éolienne
- Érosion due au travail du sol
- Compactage du sous-sol
- Matière organique
- Vie du sol
- Chimie du sol
- Phosphore
- Azote
- Santé des pollinisateurs
Le site web www.farmlandhealthcheckup.net/ca-fr/home est disponible en français. Tous les services du Bilan de santé des terres agricoles (BSTA) sont offerts en français et en anglais.
L’OSCIA rémunère les conseillers pour leur temps et leur expertise à un tarif forfaitaire de 600 $ par bilan complété, ce qui permet d’offrir le programme gratuitement aux producteurs.
Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL