le Vendredi 19 juin 2026
le Mercredi 14 janvier 2026 9:32 Agriculture

Motoneige: l’éternel recommencement

L'attrait des grands espaces ne doit pas se faire au péril des terres agricoles.  — Crédit photo : S. Clément.
L'attrait des grands espaces ne doit pas se faire au péril des terres agricoles.
Crédit photo : S. Clément.

Pour plusieurs agriculteurs ontariens, la saison de la motoneige est comme le Jour de la marmotte : un éternel recommencement. On pourrait croire que 65 ans après la commercialisation de la première motoneige, les adeptes auraient appris certaines leçons de base relatives au respect de l'environnement, mais encore aujourd’hui, les accros aux protocoles sont nombreux.

Motoneige: l’éternel recommencement
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Les policiers provinciaux patrouillent les pistes pour en assurer le respect et la sécurité. 

Crédit photo : OPP.

Cette semaine est celle de la sécurité à motoneige et depuis le début de la saison en décembre, on compte déjà plusieurs accidents incluant des décès comme ceux d’un motoneigiste de 50 ans en janvier 2026 dans le comté de Lanark et deux autres en décembre 2025, souvent liés à des comportements à risque (alcool, vitesse), malgré des avertissements persistants de la Police provinciale de l’Ontario (OPP).

Respect

« En tant qu’agriculteurs et propriétaires fonciers, nous avons la responsabilité de respecter les sentiers lorsqu’ils se trouvent sur notre propriété, et les motoneigistes ont la responsabilité de respecter les terres qu’ils traversent et de s’assurer qu’ils restent sur les sentiers », estime Marnie Wood, directrice à la Fédération de l’agriculture de l’Ontario.

Marnie Wood souligne que la cohabitation entre agriculteurs et motoneigistes reste parfois difficile. 

Crédit photo : CCAW.

Dans un message aux membres, elle rappelle que les clubs de motoneige locaux investissent chaque année des sommes considérables en temps, en énergie et en matériel pour aménager, gérer et entretenir le réseau de sentiers. Lorsque les motoneigistes s’aventurent hors des sentiers balisés, les conséquences vont bien au-delà du simple non-respect des règles.

« Pour les agriculteurs, la pratique du hors-piste peut engendrer du stress chez le bétail, les motoneiges rapides et bruyantes passant trop près des animaux. Elle peut également entraîner le compactage du sol et des dommages aux cultures potentiellement cachées sous la neige. Des barrières peuvent rester ouvertes, des clôtures endommagées ou la faune sauvage accéder à des endroits inappropriés. »

De plus, s’aventurer hors des sentiers balisés ou circuler dans des zones non balisées comporte également de graves risques pour la sécurité des motoneigistes eux-mêmes. Toute personne pratiquant cette activité doit être titulaire d’un permis de sentier de motoneige de l’Ontario valide pour 2026. De plus, les motoneigistes sont responsables de connaître les exigences légales de la Loi sur les véhicules motorisés sur neige de l’Ontario.

Sans permis

Ce sont parfois des jeunes motoneigistes sans permis qui cherchent les sensations fortes en sortant des sentiers, a constaté Sandra Clément, dont la terre à Embrun sert de passage aux sentiers dans l’Est ontarien.

Sandra Clément souhaite que les motoneigistes puissent encore longtemps profiter des joies de l’hiver de manière responsable. 

Crédit photo : S. Clément.

Elle-même motoneigiste avec son conjoint et ses enfants, Sandra se voit mal interdire l’accès à ses terres, mais tout dépend du respect des utilisateurs. « Il y a 10 ans, le sentier passait sur la terre d’un voisin qui a fini par en interdire l’accès. La Fédération de motoneige de l’Est ontarien nous a alors approchés pour demander un droit de passage. Jusqu’à présent, je pense que les motoneigistes sont généralement respectueux. »

Lorsqu’un sentier passe sur une terre où l’on doit semer du blé tôt au printemps, la neige du sentier se transforme en glace et met beaucoup plus de temps à fondre. « Le rendement est moins bon où passe les motoneiges», a-t-elle d’ailleurs constaté. Certains agriculteurs affichent même un panneau prévenant de la présence de semences fragiles.

Dénoncer

Selon Ryan Eickmeier, PDG de l’Ontario Federation of Snowmobile Clubs, l’intrusion sur une propriété privée et l’accès à des zones interdites doivent être aussi inacceptables socialement que légalement. 

« L’autorisation d’utiliser les terres est un privilège, non un droit, et elle doit être respectée par tous les motoneigistes. Les propriétaires fonciers victimes d’intrusion, notamment de circulation sur des sentiers non-accessibles ou hors des itinéraires balisés, doivent le signaler à leur poste de police local », dit-il.

Pour sa part, Marnie Wood croit que la motoneige et l’agriculture coexistent harmonieusement en Ontario depuis des générations, « car la plupart des gens agissent de manière responsable. La Semaine de la sécurité en motoneige de l’Ontario nous rappelle que la sécurité, l’accès et l’avenir du réseau de sentiers reposent sur le respect – des propriétaires fonciers, des motoneigistes et des collectivités. »

Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL