le Mercredi 3 juin 2026
le Mercredi 21 janvier 2026 12:25 Agriculture

2026: les producteurs retiennent leur souffle

Financement agricole Canada constate que l'année 2026 sera difficile à prévoir pour l'industrie agroalimentaire canadienne. — Crédit photo : Pixabay.
Financement agricole Canada constate que l'année 2026 sera difficile à prévoir pour l'industrie agroalimentaire canadienne.
Crédit photo : Pixabay.

Alors que débute l’année 2026, l’incertitude plane sur la tangente que prendront les marchés de la viande et des produits agricoles. Le gouvernement Trump va-t-il mettre fin à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM)? Le Canada sacrifiera-t-il la gestion de l’offre pour amadouer son colérique voisin du sud? La diversification des marchés sauvera-t-elle la mise?

2026: les producteurs retiennent leur souffle
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C’est une réponse toute en nuance qu’offre Financement agricole Canada (FAC) dans son rapport Principaux graphiques économiques à surveiller en 2026, publié ces jours-ci. Le document tente d’établir ses prévisions pour l’économie canadienne, les céréales, les bovins et autres produits de la ferme. 

Familles moins riches

Le document dresse un premier constat: avec les renouvellements hypothécaires à la hausse, les familles canadiennes disposeront de moins d’argent en 2026. « Pour ceux qui renouvelleront à un taux fixe sur cinq ans, l’augmentation des paiements sera de près de 20%, ce qui grugera leur pouvoir d’achat. En d’autres termes, il faut s’attendre à ce que le principal moteur de croissance du Canada ralentisse cette année », peut-on lire.

Normalement, les agriculteurs et éleveurs canadiens devraient pouvoir dormir sur leurs deux oreilles: la vaste majorité de leur production est conforme à l’ACEUM, donc exempte des tarifs douaniers réciproques de 35%. Or, « même les entreprises qui produisent des biens conformes à l’ACEUM, comme les produits agricoles, les produits de la pêche et les produits alimentaires intermédiaires, ainsi que les biens de consommation, ont vu leurs exportations chuter nettement », révèle l’étude.

S’ajoute à cela que la reconduction de l’accord cette année est loin d’être acquise et l’administration Trump a maintes fois réclamé l’abolition du système de gestion de l’offre. Les efforts continus de diversification, bien qu’ils aillent dans la bonne direction, ne garantissent pas la prospérité, explique Krishen Rangasamy, directeur, Services économiques à FAC. 

La production mondiale de grains était élevée en 2025, ce qui risque de compliquer la recherche de débouchés.

Crédit photo: Pixabay.

« Par exemple, le Canada a signé un accord commercial avec l’Union européenne en 2017 (AECG). Depuis, nos exportations vers l’UE ont à peine augmenté, tandis que nos importations ont grimpé en flèche, ce qui a fait que notre déficit commercial avec l’UE a plus que triplé depuis 2017. Donc, parler de diversification et signer des accords commerciaux ne suffit pas. »

Qui achèteront les céréales et les oléagineux?

FAC indique que le Canada a produit un record de 107 millions de tonnes de céréales et d’oléagineux cette année, battant de près de 7 millions de tonnes le précédent record, établi en 2020. Cependant, c’est un peu le même scénario ailleurs dans le monde, ce qui soulève la question: qui achètera et à quel prix?

Soupir de soulagement pour les producteurs de canola, dont les perspectives étaient incertaines: le Canada vient de conclure un important accord avec la Chine la semaine dernière, ce qui pourrait réduire le déficit actuel de 20% sur les exportations anticipées.

Selon Krishen Rangasamy, les accords avec d’autres pays que les États-Unis ne sont pas garants de prospérité pour les agriculteurs canadiens.

Crédit photo: FAC.

« L’accord améliore certainement les perspectives et les exportations de canola vers la Chine », explique M. Rangasamy. «  Les prix des semences de canola ont grimpé après l’annonce de l’accord, mais il est important de noter que les stocks pourraient quand même augmenter en raison de la production record. Donc ce n’est pas clair si les prix vont suivre de façon significative. »

Les Producteurs de grains du Canada indiquent pour leur part qu’il « est essentiel de rétablir la prévisibilité et l’accès aux principaux marchés d’exportation. La Chine est le deuxième marché en importance pour les céréales canadiennes, et les perturbations commerciales prolongées ont eu des répercussions concrètes sur les revenus agricoles, la trésorerie et la confiance des agriculteurs. Tout progrès visant à réduire les obstacles à l’exportation des produits agricoles canadiens constitue un pas en avant positif pour les agriculteurs qui dépendent d’un commerce stable et fondé sur des règles. »

Sylvain Charlebois se réjouit de voir le Canada diversifier ses marchés, mais offre un optimisme prudent.

Photo courtoisie.

Pour sa part, le directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, freine son enthousiasme: « L’entente enlève une pression immédiate sur le canola canadien, surtout pour les volumes et la fluidité des exportations. Cela dit, ça ne règle pas le problème de fond: une dépendance excessive à un seul marché. Tant que près de 80 % des exportations vont vers la Chine, le risque géopolitique demeure. Disons que ça achète du temps, mais pas une assurance à long terme. »

Un effet bœuf

Autre constat, le resserrement de l’offre a fait grimper les prix des bovins à des niveaux record en 2025, et malgré les récentes corrections, le marché reste solide. 

« Selon les données sur les stocks de bovins du 1er juillet 2025, on observe déjà des signes précurseurs indiquant que le cheptel canadien pourrait avoir cessé de diminuer. Toutefois, les stocks de vaches aux États-Unis sont le principal moteur de l’ensemble des marchés des bovins. Le cheptel américain semble toujours en phase de contraction », souligne le rapport.

Par ailleurs, la production porcine canadienne pourrait être affectée par les nouvelles règles américaines sur l’étiquetage, qui indique que le porc doit avoir été élevé aux États-Unis pour être considéré comme produit des USA. Si les consommateurs américains préfèrent le porc étiqueté « Produit des États‑Unis », certaines entreprises américaines de finition et de transformation du porc pourraient changer leur mode d’approvisionnement, ce qui pourrait également exercer une pression sur les prix canadiens.

La volaille a largement bénéficié de la hausse exorbitante du prix du bœuf. Le nombre de poussins mis dans les poulaillers pour la production canadienne de poulets de chair a atteint des niveaux record en 2025, avant un ralentissement provoqué notamment par une éclosion de grippe aviaire en Colombie-Britannique. FAC ignore l’impact de cette épidémie sur la production en 2026, mais indique qu’en cas de recul, le retard sera sans doute rattrapé par une augmentation à l’échelle nationale.

Pour le bœuf, une baisse rapide est peu probable, croit Sylvain Charlebois. « Le troupeau nord-américain est encore historiquement bas, donc l’offre reste serrée. Les prix pourraient se stabiliser, mais pas s’effondrer. Pour le poulet, oui, il y a un risque de pression haussière, surtout si la demande continue de grimper et que les enjeux sanitaires (grippe aviaire) refont surface. On voit clairement un arbitrage des consommateurs: ils quittent le bœuf… Mais ça finit toujours par se refléter ailleurs. »

Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL