Contrairement à ce qui semble se passer en banlieue de Toronto et à London, les agriculteurs de l’Est ontarien disent avoir développé un esprit de collaboration maintes fois démontré avec les intervenants de Conservation de la Nation-Sud et ceux de la région Raisin. Ils craignent de perdre cette bonne entente si le gouvernement va de l’avant avec les changements proposés.
Développement
Conservation de la Nation Sud (CNS) a pour mandat de gérer durablement le bassin-versant de la Nation Sud dans l’est de l’Ontario, en protégeant l’environnement, gérant les ressources en eau (rivières, lacs, eaux souterraines) et en offrant du soutien financier aux agriculteurs et gestion des parcs.
En zone agricole, la mission de l’organisme peut se heurter à la réalité des agriculteurs, qui doivent rentabiliser leur terre. Dans certaines régions de l’Ontario, cette cohabitation n’est pas aisée: quelques agriculteurs vont même jusqu’à afficher des pancartes disant « Gouvernement, fichez-moi la paix! » Ils ne veulent pas que les écologistes leur disent ce qu’ils doivent faire pour protéger les zones humides ou les forêts.
Carl Bickerdike croit que d’abolir les offices régionaux de protection de l’environnement serait une erreur.
Pour CNS, les affirmations selon lesquelles les agriculteurs ne soutiennent pas les offices de protection de la nature ne reflètent pas la réalité dans l’Est de l’Ontario, estime le directeur général Carl Bickerdike.
« Nous demeurons préoccupés par le fait que les changements proposés (…) risquent d’éroder le pouvoir décisionnel local. Ils nécessitent une véritable consultation et un partenariat étroit pour atteindre les priorités énoncées par la province. »
Dans l’Est de l’Ontario, les offices de protection de la nature ne sont pas des régulateurs distants, mais des partenaires. Les agriculteurs travaillent pour les offices de protection de la nature, siègent à leurs conseils d’administration et collaborent directement dans les domaines du drainage, de la lutte contre l’érosion, de la gestion de l’eau et de la gestion des terres.
Michel Dignard affirme que les agriculteurs de l’Est ontarien ont une bien meilleure relation avec les offices de conservation qu’ailleurs en province.
Des exemples
« On l’a vu quand le gouvernement a lancé des initiatives sur la coupe d’arbres ou encore la protection de l’eau » , rappelle le vice-président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Michel Dignard. « Nous avons travaillé de concert avec CNS et la Raisin. Quand il y a de nouvelles politiques gouvernementales, CNS consulte toujours les agriculteurs. »
Selon lui, le gouvernement Ford aurait tort d’aller de l’avant avec la dissolution des offices de protection de l’Est ontarien: « CNS est le seul office de protection bilingue en Ontario. S’il disparaissait, on pourrait perdre la capacité d’être servis en français », craint-il.
D’ailleurs, selon CNS, l’Est de l’Ontario a déjà subi les conséquences imprévues de la suppression des réglementations locales, de l’expertise locale et des modèles de services partagés.
« Les municipalités rurales sont obligées d’engager des consultants privés à un coût plus élevé et avec des délais plus longs pour les examens du patrimoine naturel et hydrogéologique, des services qui étaient auparavant fournis par les offices de protection de la nature. Des réglementations sont imposées sans tenir suffisamment compte des conditions régionales, notamment les contraintes de développement dans les zones humides, qui sont désormais obligatoires dans tout l’Ontario, mais dont la mise en œuvre est suspendue dans l’Est de l’Ontario », fait valoir Carl Bickerdike.
Il ajoute qu’une consolidation à grande échelle risque de répéter ces erreurs et de compromettre les services de première ligne dont dépendent les communautés.
Le nouveau territoire proposé.
Les commentaires locaux ont confirmé que le financement provincial a diminué pour atteindre environ 3% et doit être rétabli de façon significative, et que les impôts municipaux ne devraient pas être réaffectés au financement d’une consolidation provinciale au détriment des priorités environnementales locales. « Collectivement, cette préoccupation est partagée à travers l’Ontario, et plus de 100 municipalités se sont déjà prononcées contre la proposition du gouvernement. »
Les intervenants au dossier s’attendaient à une réponse provinciale vers la fin février. « Ils ont déjà embauché celui qui sera responsable de la nouvelle structure », indique Michel Dignard. « Par contre, on n’a pas eu de nouvelles depuis quelque temps, probablement parce que la province a reçu des commentaires et ajuste sa proposition en conséquence. »
Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL