le Dimanche 19 juillet 2026
le Mardi 3 mars 2026 10:53 Agriculture

Agriculteurs et propriétaires forestiers se mobilisent face à l’arrivée du TGV

Des agriculteurs de l'Est ontarien se mobilisent contre la venue du TGV. Voici une affiche qui a été installée à St-Eugène.   — PHOTO : Roxanne Lormand
Des agriculteurs de l'Est ontarien se mobilisent contre la venue du TGV. Voici une affiche qui a été installée à St-Eugène.
PHOTO : Roxanne Lormand

La contestation du projet Alto s’organise dans l’Est ontarien rural. Ses acteurs dénoncent un corridor d’étude trop vaste, des impacts néfastes sur les terres et forêts, ainsi qu’un processus de consultation insuffisant et opaque.

Agriculteurs et propriétaires forestiers se mobilisent face à l’arrivée du TGV
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Le 24 février, des producteurs agricoles du Québec et même quelques-uns de l’Ontario, ont manifesté à Mirabel à bord de leurs tracteurs, pour dénoncer le corridor d’étude envisagé pour le trajet Montréal-Ottawa du futur TGV Alto.

Aucun tracé précis n’a encore été confirmé mais son ampleur suscite la crainte. Des terres faisant partie des plus productives de l’Ontario devraient être traversées par les rails et leur emprise de 40 à 60 mètres.

Philippe Henrard, agriculteur à Curan et Pendleton, fait partie des voix critiques. Installé depuis 1982, il exploite avec ses deux fils deux fermes situées à environ cinq kilomètres l’une de l’autre: Henrard et Fils (grandes cultures) et Léon Delorme Limitée (pommes de terre). «Peu importe qu’il passe chez nous ou un peu plus au sud, il va devoir passer sur des terres agricoles», affirme-t-il.

Le producteur agricole Philippe Henrard évoque «un projet illogique qu’on ne devrait même pas regarder».

PHOTO : Ferme Henrard et Fils

Fragmentation, drainage, bruit…

Selon Philippe Henrard, le principal enjeu n’est pas seulement la perte de superficie, mais la fragmentation des fermes. La voie ferrée actuelle coupe déjà ses terres en diagonale, l’obligeant à la traverser à trois reprises lorsqu’il se rend d’une ferme à l’autre. «S’ils utilisent le même tracé pour le TGV, ils ne feront ni trois tunnels ni trois ponts. Ça voudra dire des détours incroyables», soutient-il. Il évoque aussi les impacts potentiels sur le drainage, le bruit et l’efficacité des opérations agricoles.

Lors de la mobilisation du 24 février, plusieurs producteurs ont dénoncé un processus de consultation qu’ils jugent insuffisant. Philippe Henrard partage cette impression.

«Il y a eu deux ou trois réunions publiques, mais ça ressemblait plus à de la promotion qu’à une vraie discussion sur les impacts pour l’agriculture», dit-il. Il s’inquiète également des pouvoirs d’expropriation prévus dans la loi C-15. «Quand on va savoir exactement où le TGV passe, il y aura davantage de mobilisation. Ce n’est pas comme ça qu’on traite les gens.»

Au-delà de son cas personnel, Philippe Henrard remet en question la rentabilité du projet. Il estime que le bassin de population n’est peut-être pas suffisant pour assurer sa viabilité sans subventions. «Si le billet est trop cher, les gens ne le prendront pas. Et si c’est subventionné, ça va retomber sur nos taxes», avance-t-il.

Jean Saint-Pierre, président de Boisés Est.

PHOTO : Courtoisie

Un printemps occupé pour Boisés Est

Le président de Boisés Est Jean Saint-Pierre ne s’en cache pas : le dossier du train ALTO mobilise beaucoup d’énergie.

«Je suis débordé avec ALTO. Ce n’est pas banal ce qui est proposé et les impacts négatifs anticipés si le projet va de l’avant sont nombreux», affirme-t-il.

Selon lui, les préoccupations sont bien réelles du côté des propriétaires de boisés et des résidents des communautés des comtés Prescott et Russell.

«Les commentaires du milieu rural sont clairs et préoccupants », poursuit-il. « Nous encourageons tous nos membres et le public intéressé à exprimer leurs préoccupations via le site d’ALTO.»

Boisés Est a d’ailleurs participé à plusieurs entrevues médiatiques et transmis une liste de préoccupations aux promoteurs du projet entre autres:

  • les impacts négatifs de sectionner une forêt en deux parcelles, rendant la gestion du boisé difficile;
  • les effets néfastes pour la biodiversité, surtout si le tracé sectionne des corridors fauniques;
  • la perte du couvert forestier déjà à un niveau minimal dans Prescott et Russell;
  • la perte de revenus si le trajet traverse des plantations, des érablières, la récolte de bois des forêts;
  • les impacts négatifs en temps et coûts des détours imposés par les rails et les restrictions inhérentes; 
  • les impacts importants pour les résidents, entreprises, écoliers des communautés avoisinant le tracé;
  • la perte de la valeur des terrains adjacents au tracé d’un train à grande vitesse et qui serait déjà observé;
  • l’absence d’information indépendante sur la rentabilité du projet;
  • le sentiment que ce projet bénéficiera uniquement les villes aux dépens de communautés rurales.

Agricom – Maxime Mainieri – IJL, avec la collaboration de Nadia Carrier