le Dimanche 19 juillet 2026
le Mercredi 18 mars 2026 13:34 Relève

Relève : souvent, la discussion ne commence même pas

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Un atelier organisé le 24 mars à Valleyfield aura pour objectif d’aider les producteurs et leur relève à amorcer des discussions souvent difficiles, mais essentielles pour assurer la continuité des entreprises agricoles.

Relève : souvent, la discussion ne commence même pas
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La planification de la relève agricole représente aujourd’hui l’un des enjeux majeurs du secteur au Canada. Au cours des prochaines années, des milliers de fermes devront changer de mains, alors que les producteurs approchent de l’âge de la retraite. Pourtant, de nombreuses entreprises agricoles n’ont toujours pas de plan de succession clairement établi.

Pour répondre à ce défi, l’organisation Gestion agricole du Canada (GAC) tiendra, le 24 mars, un atelier intitulé Combler le fossé : atelier sur la relève agricole, à Salaberry-de-Valleyfield, en partenariat avec Financement agricole Canada et le cabinet MNP. L’objectif est d’inciter les familles agricoles à entamer des conversations nécessaires pour préparer le transfert de leur entreprise.

Valleyfield se trouve au Québec, à moins de 50 km de la frontière ontarienne. Le lieu a été choisi pour rendre l’événement accessible aux participants francophones, dont ceux de l’Est ontarien, affirme David Parker, directeur de programme, Événements de l’industrie chez Financement agricole Canada.

Ces ateliers, offerts à travers le pays, visent à rapprocher les différentes générations qui travaillent sur une même ferme. Ils permettent aux participants de discuter ouvertement de leurs attentes, de leurs préoccupations et de leur vision de l’avenir de l’exploitation familiale.

Mathieu Lipari, gestionnaire de programmes chez Gestion agricole du Canada (GAC)

PHOTO : GAC

Dynamiques familiales

Selon plusieurs spécialistes, la difficulté principale dans les transferts de fermes n’est pas toujours d’ordre financier ou juridique. Elle tient souvent aux dynamiques familiales. Le processus implique aussi la transmission des connaissances, de l’expérience et des compétences nécessaires pour gérer une entreprise agricole.

Dans bien des cas, le transfert s’effectue graduellement. Un achat complet de l’entreprise d’un seul coup représenterait souvent un investissement trop important pour la relève. La transition se fait généralement par étapes, afin de permettre aux jeunes producteurs d’assumer progressivement plus de responsabilités, en assurant la sécurité financière de la génération qui se retire.

Mais encore faut-il amorcer la conversation. «Les transferts de fermes échouent davantage pour des raisons humaines que financières, estime Mathieu Lipari, gestionnaire de programmes chez GAC. Souvent, la discussion ne commence même pas.»

La question est d’autant plus pressante que l’agriculture canadienne s’apprête à vivre une importante vague de transferts d’entreprises. L’âge moyen des agriculteurs se situe autour de la mi-cinquantaine, ce qui signifie qu’un grand nombre d’exploitations devront être transférées au cours de la prochaine décennie. Dans ce contexte, l’absence de plan de relève représente un risque pour la continuité de nombreuses entreprises agricoles.

Partager une vision et des valeurs

Sans préparation adéquate, certaines fermes pourraient disparaître, être vendues à des entreprises plus grandes ou quitter le giron familial. «Un plan de relève prend des années à construire, souligne Mathieu Lipari. Il faut le préparer financièrement, mais aussi du côté de la formation et de la gestion.» Même les jeunes qui ont grandi sur une ferme doivent acquérir de nouvelles compétences. Gérer une entreprise agricole implique des connaissances en finances, en mise en marché, en gestion des ressources humaines et en stratégie d’entreprise.

Les ateliers «Combler le fossé» misent précisément sur cet aspect humain du transfert. Les participants reçoivent notamment un cahier de travail qui les aide à évaluer leur situation et à aborder des sujets clés comme la communication familiale, la gestion des résistances ou encore la planification de la transition. L’objectif est de créer un espace où les membres de différentes générations peuvent discuter ouvertement de leurs attentes et de leurs préoccupations. Les échanges permettent aussi aux producteurs de partager leurs expériences avec d’autres familles agricoles confrontées aux mêmes défis. «Les participants peuvent poser des questions, discuter de leur situation et bâtir un réseau avec d’autres producteurs», souligne l’organisation.

Luc Gagné, conseiller auprès du Groupement de gestion agricole de l’Ontario

PHOTO : Courtoisie

Au-delà des aspects financiers, les transferts de fermes soulèvent aussi des enjeux de vision et de valeurs. Luc Gagné, du Groupement de gestion agricole de l’Ontario, constate souvent un décalage entre les attentes des parents et celles de la relève. «Les fermes ont été bâties à l’image des parents. Mais les jeunes doivent pouvoir se les approprier et les amener selon leurs propres aspirations», précise l’agronome, conseiller en gestion d’entreprises agricoles.

Les nouvelles générations souhaitent généralement maintenir la rentabilité de l’entreprise tout en cherchant un meilleur équilibre entre le travail et la vie personnelle. Cette évolution se traduit parfois par l’adoption de nouvelles technologies ou façons de gérer l’exploitation. Dans les fermes laitières, par exemple, l’installation de robots de traite peut offrir davantage de flexibilité dans l’organisation du travail. Dans les grandes cultures, les technologies comme le GPS ou l’agriculture de précision permettent d’optimiser les rendements et la gestion des champs.

Des initiatives pour maintenir l’activité

Ces changements peuvent parfois susciter des incompréhensions entre générations. Dans ce contexte, les conseillers agricoles jouent souvent un rôle de médiateurs. Leur travail consiste à huiler les discussions entre la génération cédante et la relève, tout en accompagnant les familles dans les différentes étapes du processus. «On agit un peu comme des facilitateurs dans la communication, définit Luc Gagné. On s’assure que les visions soient compatibles et que tout le monde comprenne bien les implications des décisions.» Les conseillers collaborent avec d’autres professionnels, comme les comptables, fiscalistes et avocats, afin d’aider les familles à naviguer dans les aspects légaux et fiscaux du transfert.

Toutes les fermes ne disposent pas d’une relève familiale. Dans ces situations, certaines initiatives permettent de mettre en relation des producteurs qui souhaitent céder leur entreprise et des aspirants agriculteurs. Une plateforme comme L’ARTERRE facilite le jumelage entre propriétaires et candidats à l’établissement agricole, afin d’assurer la continuité des exploitations.

Ces démarches visent à préserver les entreprises agricoles et à maintenir l’activité dans les régions rurales. Pour les spécialistes, repousser la discussion peut compliquer les choses et réduire les options disponibles. «Le conseil que je donnerais aux producteurs est simple : asseyez-vous avec votre famille et commencez la conversation», résume Mathieu Lipari.