C’est le parcours de Geneviève Laprade de la ferme Fermavie. Elle n’a pas grandi sur une ferme, ce qui ne l’a pas empêchée de se lancer avec son conjoint Alex Guindon. Ils ont fondé une entreprise combinant production en serre, verger et service d’aménagement paysager à Val-des-Bois, en Outaouais, à une heure au nord d’Ottawa.
Geneviève Laprade est technicienne en agroalimentaire diplômée du collège La Cité.
Contrairement aux modèles de reprise familiale, le projet Fermavie s’est construit entièrement à partir de zéro. «On avait une vision très inspirante au départ, mais on a vite compris que démarrer une ferme, c’est aussi démarrer une entreprise complexe», explique Geneviève.
Le profil de la relève agricole évolue. À l’échelle canadienne, un nombre croissant de nouveaux entrepreneurs se lancent en agriculture sans être issus du milieu.
Si l’agriculture est souvent perçue comme un projet de vie, elle repose aussi sur une structure d’entreprise complexe. «Une gestion efficace des risques consiste à anticiper les défis, à réduire les vulnérabilités et à positionner son entreprise pour assurer sa résilience à long terme», souligne Heather Watson, directrice générale de Gestion agricole du Canada.
Dans ce contexte, démarrer une entreprise agricole à partir de zéro demande une planification rigoureuse et une grande capacité d’adaptation.
Démarrer un projet de vie
Le démarrage d’une entreprise agricole va bien au-delà d’un simple projet de vie. Il exige des investissements importants, tant pour les infrastructures que pour les équipements, auxquels s’ajoutent les coûts liés à l’exploitation.
De l’aide au moment d’un démarrage d’entreprise, il ça en prend!
Dans ce contexte, la rentabilité s’établit généralement sur plusieurs années, ce qui impose une planification rigoureuse et une capacité d’adaptation constante.
Des organisations comme Financement agricole Canada soulignent d’ailleurs l’importance d’un montage financier solide dès les premières étapes. Les marges de manœuvre étant souvent limitées, les décisions prises en début de projet ont un impact déterminant sur la viabilité à moyen terme.
Courbe d’apprentissage
Même avec une formation en techniques agricoles obtenue à La Cité à Ottawa, partir de zéro reste un défi de taille pour Geneviève Laprade. Le démarrage d’une entreprise agricole demande de mettre ses connaissances en pratique dans un contexte bien différent de celui de la salle de classe. Chaque décision a un impact direct sur la production et le portefeuille personnel.
Lecture spécialisée, formations complémentaires, accompagnement et essais sur le terrain demeurent essentiels pour consolider les acquis.
«Il y a une grosse courbe d’apprentissage. Il faut être capable de prendre des décisions rapidement, même quand on n’a pas encore toute l’expérience», souligne Geneviève.
Le succès d’une entreprise démarrée en couple repose sur la communication. Voici Geneviève Laprade et son conjoint Alex Guindon.
Chez Fermavie, le développement des cultures en serre et du verger se fait graduellement, avec des ajustements constants selon les résultats observés et les principes agroécologiques privilégiés.
Entreprise et dynamique de couple
Dans le cas des projets portés par un couple, la dimension humaine ajoute un niveau de complexité supplémentaire. La gestion simultanée de la relation personnelle et du partenariat d’affaires nécessite une communication constante et une répartition claire des responsabilités.
«Ce n’est pas seulement une entreprise, ça vient aussi toucher l’équilibre du couple. Le défi, c’est d’évoluer à la fois comme partenaires d’affaires et comme conjoints», mentionne-t-elle.
Malgré les défis, cette relève contribue à diversifier les modèles agricoles et à introduire de nouvelles approches, notamment en matière de pratiques écologiques et de diversification des productions.
Le succès de ces initiatives repose sur un équilibre entre vision et rigueur. La passion constitue un moteur important, mais elle doit s’appuyer sur une préparation adéquate, un encadrement adapté et une gestion structurée.
Dans un contexte où le profil des producteurs évolue, l’accompagnement de cette relève apparaît comme un enjeu central pour le développement du secteur. Car si ces parcours incarnent un renouveau, leur pérennité dépend largement de leur capacité à concilier idéal et réalité.