La relève agricole, c’est un sujet qu’on pense connaître, jusqu’à ce qu’on le vive de l’intérieur.
En mars, j’ai assisté à la conférence Combler le fossé : Atelier sur la relève agricole, organisée par Gestion agricole Canada avec l’appui de Financement agricole Canada. Une journée remplie de réflexions, d’échanges et de remises en question.
J’ai surtout retenu ceci: il n’existe pas de recette parfaite. On aimerait ça, pourtant, qu’il suffise d’un plan clair, d’étapes précises et d’un moment bien choisi pour commencer le transfert. Mais la réalité est toute autre.
Chaque ferme est différente. Chaque famille aussi. Chaque transfert vient avec ses propres défis, ses propres réflexions, ses propres incertitudes.
Le processus de transfert de ferme débute à partir du moment où l’on se met à confier des responsabilités à la relève.
Martine Deschamps, fondatrice de SynerAction Relève, a plus de 20 ans d’expérience dans le domaine. Elle m’a éclairée sur ma façon de penser et de voir le sujet. Un gros fardeau est devenu plus clair, plus léger. J’ai réalisé que travailler sur la relève et le transfert, ce n’est pas seulement une suite d’étapes compliquées. C’est avant tout un beau projet.
Un projet qu’on a la chance de bâtir avec nos enfants. On pense souvent qu’on n’a pas encore commencé ou qu’il faut attendre d’avoir un plan, d’être prêts, d’avoir toutes les réponses. Mais en y réfléchissant, ma vision a changé.
Y’aura jamais un bon temps et un plan parfait. Le processus commence bien avant qu’on se mette à planifier les étapes. Il commence au moment où on implique les enfants dans le travail à la ferme.
Une relève féminine
Dans notre cas, on est une ferme de grandes cultures. Nos trois filles démontrent un réel intérêt pour l’agriculture.
Sans même s’en rendre compte, ça fait un bon bout de temps qu’on a commencé à les intégrer. Comment?
Sur sa ferme à Embrun, dans l’Est ontarien, la famille Clément cultive principalement du maïs, du soya et du blé.
Par les discussions autour de la table, par les explications dans le champ ou à la ferme. Par les petites responsabilités qu’on leur a confiées à de très jeunes âges. C’est là que tout débute. Pas dans un bureau ni par des documents officiels, mais dans le quotidien.
On pense parfois qu’il faut attendre le bon moment pour parler de relève. Mais ce moment-là, en réalité, il commence dès qu’on ouvre la porte. La journée où vous avez commencé à impliquer ceux qui ont de l’intérêt dans la ferme familiale, c’est la journée où votre projet de relève a débuté. Même si rien n’est encore structuré. Même si tout semble encore flou.
Cette conférence m’a permis de voir la relève et le transfert de ferme autrement.
C’est certain qui ne faut pas ignorer qu’il y a des moments pour planifier, structurer et s’entourer de professionnels. Mais avant tout ça, il y a cette base humaine, qui peut sembler moins importante, mais qui à mes yeux est la fondation même du projet.
Alors si vous avez l’impression de ne pas avoir commencé à travailler sur votre relève, détrompez-vous. Si vous partagez, si vous impliquez, si vous ouvrez la discussion, vous êtes déjà en train de bâtir quelque chose. Petit à petit, pas à pas.
La relève, le transfert, je ne les vois plus comme un fardeau, mais plutôt comme un beau projet, un rêve.
Un rêve qu’on a la chance de construire ensemble, en famille. Pour nous, c’est avec nos trois filles qu’on y travaille.
La reine Elizabeth II croyait fermement que «ce sont souvent les petits pas, et non les grands bonds, qui apportent les changements les plus durables». J’y crois aussi.
Et vivre d’agriculture en bâtissant une ferme durable, c’est-tu pas un beau rêve, ça!