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le Mercredi 1 avril 2026 15:51 Recherche et Innovation

La science qui progresse au rythme des fermes

Le BIOlab se trouve au Collège La Cité, à Ottawa. — PHOTO : La Cité
Le BIOlab se trouve au Collège La Cité, à Ottawa.
PHOTO : La Cité

Entre laboratoires et champs, la recherche en biotechnologie agricole se réinvente. À Ottawa, au BIOlab du Collège La Cité, les scientifiques travaillent main dans la main avec les producteurs pour transformer leurs essais en innovations.

La science qui progresse au rythme des fermes
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Alexandre Tromas, chercheur au BIOlab

PHOTO : Courtoisie

Pour le chercheur Alexandre Tromas, la frontière entre science et pratique agricole est plus mince qu’il n’y paraît. «Beaucoup d’agriculteurs font de la recherche sans forcément le savoir», affirme-t-il. Tester une nouvelle culture, modifier un système de production ou ajuster des pratiques selon les résultats observés constitue déjà une démarche expérimentale.

Au BIOlab du Collège La Cité, cette réalité sert de point de départ. L’objectif n’est pas de remplacer les savoirs de terrain, mais de les structurer et amplifier. «On se base sur les résultats de recherche fondamentale pour trouver des solutions innovantes à des problèmes concrets», explique Alexandre Tromas. Les projets sont ainsi souvent menés avec des petites et moyennes entreprises agricoles, qui n’ont ni les ressources ni le temps pour développer seules des protocoles scientifiques rigoureux.

Les travaux du BIOlab couvrent un large éventail d’innovations. Elles vont de l’accompagnement vers des systèmes de production en environnement contrôlé comme l’hydroponie, à l’intégration de technologies telles que l’intelligence artificielle ou la robotisation.

Dans un contexte de dérèglement climatique marqué par des épisodes de pluie extrême en Ontario et au Québec, ces approches offrent une stabilité accrue. Les cultures en milieu contrôlé permettent notamment de s’affranchir des aléas météorologiques et d’assurer des rendements plus réguliers.

Mais ces solutions ont un coût et soulèvent des enjeux énergétiques. «C’est un calcul à faire pour le producteur», nuance Alexandre Tromas, rappelant que l’agriculture moderne repose aussi sur une logique de rentabilité.

Le BIOlab s’est également illustré dans l’accompagnement de producteurs de cannabis, un secteur où la préservation des variétés est cruciale. Contrairement à d’autres cultures, ces plants sont rarement reproduits par graines, ce qui les rend vulnérables aux maladies ou aux accidents.

Pour y remédier, les chercheurs développent des techniques de culture in vitro et de cryopréservation. Ces méthodes permettent de conserver des plants dans des conditions optimales, tout en réduisant l’espace nécessaire et les risques de perte. Elles facilitent aussi la multiplication rapide de plants sains et homogènes.

Réduire les risques et encourager l’innovation

L’amélioration des processus d’acclimatation représente une autre avancée notable. Le passage de conditions contrôlées à un environnement de culture classique, souvent délicat, pourrait être réduit de huit à deux semaines, grâce à de nouveaux protocoles.

Au-delà des technologies de production, le BIOlab travaille sur l’amélioration génétique des cultures. Les chercheurs explorent des techniques comme les doubles haploïdes, qui permettent de stabiliser une variété en une ou deux générations, contre huit habituellement.

Ces avancées pourraient accélérer le développement de nouvelles cultures plus résistantes aux maladies, plus efficaces dans l’utilisation de l’eau ou mieux adaptées aux changements climatiques.

Selon un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture publié en 2023, l’innovation variétale et les biotechnologies figurent parmi les leviers essentiels pour assurer la sécurité alimentaire mondiale, dans un contexte de pressions climatiques accrues. Le document souligne l’importance des collaborations entre chercheurs et agriculteurs pour accélérer l’adoption de ces innovations.

Au cœur de cette dynamique, le rôle du BIOlab dépasse la simple recherche. L’équipe agit aussi comme facilitateur, aidant les producteurs à accéder à des financements et à structurer leurs projets. Dans la majorité des cas, les entreprises ne financent qu’une partie des travaux, tout en conservant la propriété intellectuelle des résultats.

Malgré les incertitudes inhérentes à la recherche, cette approche collaborative permet de réduire les risques et d’encourager l’innovation. Elle contribue aussi à rapprocher deux mondes encore trop souvent perçus comme opposés.

Comme le rappelle Alexandre Tromas, «la science et l’agriculture ne sont pas deux univers distincts». Elles avancent ensemble, au rythme des essais, des erreurs et des découvertes.