Dans plusieurs secteurs de l’Est ontarien, les semis progressent à un rythme jugé normal pour la saison. Si le printemps 2026 a mis du temps à se réchauffer, les conditions de sol relativement stables ont permis aux producteurs d’avancer efficacement.
Dans la ferme Jenovic, à Vankleek Hill, Ludovic Villeneuve explique avoir volontairement retardé le début des travaux afin d’éviter de semer dans des sols trop froids. « Mettre la semence au sol trop tôt, ça peut occasionner des problèmes. La germination peut être plus lente, puis la semence peut pourrir quand c’est trop froid », souligne-t-il.
Le producteur, qui cultive principalement du soya et des céréales, estime que cette patience a porté ses fruits. Selon lui, les champs se sont rapidement améliorés au cours des dernières semaines, malgré un démarrage humide. « Au début, c’était très tendre et il y avait beaucoup d’eau au sol. Mais depuis, les conditions s’améliorent beaucoup d’une semaine à l’autre. »
Du côté de Sarsfield, à l’est d’Ottawa, Philippe Etter dresse un constat similaire. Le producteur laitier et de grandes cultures affirme que les conditions de travail ont été particulièrement favorables malgré les températures fraîches. « Les terrains sont faciles à travailler et on a quand même fait bien de l’avance. La totalité du maïs est semée et on est dans le soya en ce moment », explique-t-il.
Selon lui, les pluies du printemps ont rarement interrompu les travaux plus de 24 heures à la fois, ce qui a permis aux producteurs de maintenir un bon rythme.
Dans la ferme Jenovic, Ludovic Villeneuve a retardé le début des travaux afin d’éviter de semer dans des sols trop froids.
Trop tôt pour parler des récoltes
Les deux agriculteurs rappellent toutefois qu’il est encore beaucoup trop tôt pour parler des récoltes. « Le grain n’a même pas germé encore », lance Ludovic Villeneuve. Le printemps frais a laissé certaines traces dans ses cultures. « J’ai été obligé de brûler toutes mes céréales d’automne », indique-t-il.
Les producteurs observent aussi une certaine prudence dans le secteur agricole en raison de la hausse importante des coûts des intrants. Philippe Etter note que plusieurs producteurs pourraient davantage miser sur le soya, une culture nécessitant moins d’engrais. « Avec la montée des prix des fertilisants, il pourrait se faire un peu moins de maïs cette année », avance-t-il.
La hausse du prix du diesel demeure également une préoccupation majeure. Ludovic Villeneuve affirme que les coûts de carburant ont pratiquement doublé comparativement aux années précédentes. Un enjeu important pour les travaux à forfait qu’il réalise généralement sur une dizaine de fermes de la région. « Ça nous coûte le double en carburant, ça fait une grosse différence », dit-il.
Malgré ces pressions économiques, les deux producteurs constatent une adaptation progressive des fermes aux printemps imprévisibles. Philippe Etter observe davantage d’investissements dans des équipements plus larges et plus performants, afin de profiter rapidement des courtes fenêtres de travail. « Les producteurs se sont beaucoup équipés dans les 10 à 15 dernières années. On fait aussi davantage de semis minimum et de cultures de couverture », explique-t-il.
Même si les conditions actuelles sont encourageantes, les prochaines semaines demeureront déterminantes. Pour Ludovic Villeneuve, la clé du succès repose maintenant sur une bonne germination et un suivi attentif des cultures. « Après les semis, c’est vraiment Dame nature qui décide beaucoup de la suite. »