Alors que les producteurs de lait, d’œufs et de volaille bénéficient de la gestion de l’offre au Canada et que les producteurs de grandes cultures ont généralement accès à des acheteurs établis, il en va tout autrement pour les petits producteurs. Ils doivent eux-mêmes trouver leurs débouchés.
Robert Poirier, propriétaire de la ferme Les Fruits du Poirier à Saint-Eugène dans l’Est ontarien, résume bien la situation: «Produire, c’est une chose. Mais comme petite entreprise, nous passons près de 30 % de notre temps à vendre et à faire connaître nos produits. Dans un marché libre, ça fait partie de la réalité.»
Le kiosque à la ferme permet aux producteurs de vendre directement leurs produits et de créer un lien avec leur clientèle.
Cette réalité se traduit par des heures passées dans les marchés publics, les kiosques à la ferme, à gérer l’autocueillette et à chercher de nouveaux débouchés.
Les revenus peuvent varier considérablement d’une journée à l’autre, souligne Robert Poirier. «Une belle journée au marché peut nous rapporter entre 800 $ et 1 200 $, mais une journée de pluie, plus froide peut faire descendre ça à moins de 200 $.» Cette réalité illustre bien l’incertitude à laquelle plusieurs petits producteurs doivent faire face.
Pour rejoindre leur clientèle, plusieurs petites fermes misent à la fois sur les marchés publics, les kiosques à la ferme et l’autocueillette.
Selon le plus récent recensement de l’agriculture de Statistique Canada, plus de 15 600 fermes canadiennes utilisent la vente directe à la ferme, l’autocueillette ou les kiosques agricoles pour rejoindre les mangeurs.
Des raisins de table fraîchement cueillis, directement de la vigne à la table.
«Les marchés fermiers créent un lien direct entre les consommateurs et les producteurs locaux», affirme Marnie Wood, porte-parole de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario.
La recherche de nouveaux débouchés devient encore plus importante lorsqu’une ferme augmente sa production. Les producteurs doivent diversifier leurs activités en offrant des produits transformés, en développant de nouveaux points de vente ou en cherchant des partenariats avec des commerces de la région.
À cette réalité s’ajoute la concurrence des produits importés. Dans l’Est ontarien, les producteurs locaux doivent souvent rivaliser avec des fruits et légumes provenant de régions où les volumes de production sont beaucoup plus importants.
«Quand nos raisins sont prêts, c’est souvent à ce moment-là qu’ils sont les moins chers à l’épicerie. On parle parfois d’un dollar la livre. Ce n’est pas toujours facile de compétitionner avec ça», souligne Robert Poirier.
L’autocueillette, la vente directe et les produits locaux demeurent des sources de revenus importantes pour plusieurs fermes de l’Est ontarien.
Même lorsque les coûts augmentent, il n’est pas toujours possible d’ajuster les prix. Les consommateurs en général comparent souvent ce qu’ils trouvent dans les grandes chaînes, ce qui limite la marge de manœuvre des producteurs locaux.
Malgré ces défis, plusieurs consommateurs continuent de privilégier les produits de la région pour leur qualité, leur fraîcheur et leur contribution à l’économie locale.
«Il y a du monde qui va toujours aller à l’épicerie. Mais il y en a d’autres qui veulent acheter local et bio. Ils connaissent nos produits, ils connaissent la qualité et ils reviennent chaque année en troupeau», affirme Robert Poirier.
Si les aléas climatiques et la hausse des coûts de production occupent souvent l’avant-scène, plusieurs petits producteurs doivent aussi relever un autre défi : trouver des débouchés pour leurs produits. Pour eux, produire n’est qu’une partie du travail. Il faut aussi vendre, promouvoir et faire connaître leur offre afin d’attirer une clientèle qui a déjà ses habitudes d’achat. Une réalité qui rappelle que le succès d’une ferme repose autant sur sa capacité à vendre que sur sa capacité à produire.