Avec son projet À vos stylos!, l’organisme Boisés Est prouve que planter des arbres et écrire des poèmes peuvent être deux activités complémentaires. Né dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien, ce projet s’inscrit dans une initiative plus large visant à créer des œuvres tangibles, appelées à circuler à travers la province.
Lorraine Jeansonne, bénévole avec Boisés Est
«On nous disait que la foresterie ne cadrait pas dans les arts et la culture mais c’est tout le contraire», raconte Lorraine Jeansonne, responsable de la coordination. De cette conviction est née une question : comment les boisés et les forêts contribuent-ils au rayonnement de notre patrimoine et de notre culture franco-ontarienne?
La réponse a dépassé les attentes. Au total, 76 adolescents, adultes et aînés ont livré 290 citations. «Les bois de la forêt sont la raison dont je peux vivre en union avec ma grand-mère», confie un participant. Un autre écrit : «Mère-nature trouve une façon d’inspirer la créativité.» Un troisième résume : «Le début de la liberté vient de la nature.»
Des ateliers d’écriture ont été animés dans les écoles et lors de l’assemblée générale de Boisés Est, en plus de contributions reçues à distance. «C’est un cri du cœur intergénérationnel», souligne Lorraine Jeansonne.
Les témoignages évoquent la forêt comme lieu de bien-être, de transmission et de mémoire. On y parle de cabanes à sucre, de terres défrichées par les ancêtres, de santé mentale, de réconciliation et de lien profond avec la nature. «La forêt touche tous les aspects de la vie», résume-t-elle.
Le poète, musicien et médiateur culturel Yaovi Hoyi utilisera les citations pour composer un poème.
Oeuvres collectives
Pour transformer cette matière en œuvre poétique, le projet a fait appel au poète, musicien et médiateur culturel Yaovi Hoyi. Son approche consiste à accompagner les participants pour faire émerger une parole déjà empreinte de poésie. «Je ne suis pas un observateur externe, je suis un participant actif», explique-t-il.
De cette mosaïque de voix, il a dégagé cinq grands thèmes : la forêt comme mémoire vivante, transmission, refuge intérieur, source d’inspiration artistique et socle culturel. «Même les jeunes ont un attachement viscéral à la forêt, à leur manière», note-t-il.
Le projet a aussi reçu une contribution inattendue, avec un poème d’Andrée Christensen, figure reconnue de la littérature franco-ontarienne. «Un cadeau exceptionnel», selon Lorraine Jeansonne. Deux poèmes d’envergure internationale seront donc dévoilés lors de l’événement prévu à la mi-juin.