le Vendredi 5 juin 2026
le Mercredi 5 février 2025 13:37 Économie et politique

Acheter canadien ou boycotter américain?

La menace de tarifs sur les exportations canadiennes ravivent l'intérêt pour les produits d'ici (Image Gurky, Youtube).
La menace de tarifs sur les exportations canadiennes ravivent l'intérêt pour les produits d'ici (Image Gurky, Youtube).

Vouloir acheter un peu plus canadien et beaucoup moins américain, voilà une réaction tout à fait légitime face aux menaces du président américain. Encore faut-il faire les bons choix, en ciblant les produits plutôt que les entreprises.

Acheter canadien ou boycotter américain?
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Produit du Canada et Fait au Canada ne signifient pas la même chose.

La valse-hésitation du président américain Donald Trump relativement à l’imposition ou non de tarifs sur les exportations canadiennes aura eu un mérite: celui de réveiller un certain nationalisme dormant chez les Canadiens.

L’arrogance du dirigeant de la première puissance économique mondiale a fouetté la sensibilité de ceux qu’il voit comme les habitants du futur 51e État, une boutade d’abord prise à la blague, mais qui inquiète maintenant. On dit que les meilleures blagues sont les plus courtes. Celle-ci revient constamment et elle ne fait plus rire.

Rapidement, les réseaux sociaux ont montré des consommateurs affichant leur volonté de remplacer certains produits américains par des produits canadiens. L’initiative est saluable, mais il faudrait éviter au passage de nuire à notre propre économie et aux travailleurs d’ici. 

C’est une chose de vouloir prioriser l’achat de produits canadiens; c’en est une autre de boycotter à l’aveugle des entreprises américaines établies. J’en veux pour exemple le ketchup Heinz, probablement le premier produit conduit au pilori de la grogne populaire: pourquoi ne pas lui préférer le ketchup French? 

Boycotter Heinz, c’est tourner le dos à une entreprise américaine de naissance, mais établie depuis 1909 à Leamington, en Ontario et qui exploite une usine de plusieurs millions de dollars à Montréal où sont embouteillées des tomates de l’Ontario par des employés canadiens.

Le mieux, c’est de s’abstenir de consommer des produits qui proviennent clairement des États-Unis, comme le jus d’orange, certains vins ou autres biens de consommation. Lisons les étiquettes!

Trump a suspendu l’application des tarifs pour un mois, mais sa menace tient encore. Face à cette tentative d’intimidation menée au nom de tous les Américains, il est tout à fait normal de ne pas avoir envie de consommer leurs produits.  

Produit ou fait?

D’ailleurs, « Produit du Canada » et « Fait au Canada » ne signifient pas la même chose. Selon le Bureau de la concurrence, les indications « Produit du Canada » sont soumises à un seuil de contenu canadien plus élevé (98%), tandis que les indications « Fait au Canada » affichent un seuil de 51%, mais devraient être accompagnées d’un énoncé indiquant que le produit contient un contenu importé. Dans les deux cas, il faudra que la dernière transformation substantielle du produit ait été effectuée au Canada. 

En général, on parle ici de produits d’alimentation, mais la question peut se poser pour des meubles, appareils électroniques ou même de l’équipement agricole. Afin de gagner ou de conserver sa clientèle canadienne, un commerçant peut indiquer que le moteur d’une tondeuse à gazon a été fabriqué au Canada avec des pièces canadiennes et importées. Une telle indication est acceptable, pourvu qu’elle soit exacte et qu’un consommateur comprend qu’elle concerne un aspect ou un composant en particulier et non la fabrication du produit dans son ensemble.

Au moment d’écrire ces lignes, les trois principaux partis en lice aux élections provinciales ontariennes s’entendent sur un point: le Canada doit atténuer sa dépendance au marché d’exportation américain et l’heure est venue d’abolir ou d’assouplir les barrières qui entravent le commerce interprovincial. À ce jour, il est encore illégal d’acheter un vin au Québec et de le faire traverser en Ontario. Quant au transport routier, chaque province a ses propres règles, un cauchemar pour un produit qui doit traverser le pays.

Chaque dollar qu’on dépense, c’est un vote qu’on exprime, un message qu’on envoie. Ce pouvoir individuel se multiplie quand tous se mettent de la partie. Si 40 millions de Canadiens changent leurs habitudes et encouragent l’économie de notre pays chaque fois que c’est possible, l’économie canadienne deviendra plus résiliente face aux sautes d’humeur de nos partenaires économiques. 

Êtes-vous prêt à y mettre l’effort?