le Dimanche 19 juillet 2026
le Mardi 17 mars 2026 10:55 Économie et politique

Une agriculture locale qui dépend des décisions mondiales

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Même quand ce qu’ils produisent est consommé localement, les producteurs ontariens voient leur rentabilité affectée par ce qui se passe ailleurs dans le monde. Analyse d’une réalité sur laquelle les agriculteurs ont bien peu d’emprise.

Une agriculture locale qui dépend des décisions mondiales
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L’agriculture ontarienne est aujourd’hui étroitement liée aux marchés internationaux. Une grande partie de ce qui est produit ici est exportée, tandis que plusieurs aliments que nous consommons proviennent d’ailleurs. Les tensions commerciales et les accords entre le Canada et les États-Unis ont donc un impact direct sur la réalité des producteurs d’ici.

Le Canada ne manque pourtant pas de production. Nous sommes autosuffisants pour plusieurs produits et nous exportons une grande quantité de grains, de viande et d’autres produits agroalimentaires, tout en maintenant un solde commercial positif.

À l’inverse, une bonne partie des fruits et légumes consommés au pays provient de l’étranger. En moyenne, environ 75 % des fruits et près de 50 % des légumes consommés au Canada sont importés, notamment en raison du climat et de la courte saison de culture, selon une analyse publiée par l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).

Autrement dit, l’agriculture canadienne produit beaucoup, mais elle évolue aussi dans un système où les marchés internationaux jouent un rôle majeur.

Le prix des grains produits en Ontario est largement influencé par des décisions prises ailleurs dans le monde. 

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Dans ce contexte, les prix ont tendance à suivre les marchés mondiaux. Une décision politique à Washington, Pékin ou Bruxelles peut avoir des répercussions directes sur les revenus des producteurs d’ici. Les guerres tarifaires des dernières années l’ont bien démontré. Quand les tarifs montent ou descendent, ce sont les producteurs, puis les consommateurs, qui en ressentent les effets.

Une agriculture mondiale

L’agroéconomiste Al Mussell souligne que l’agriculture d’aujourd’hui est profondément intégrée aux marchés internationaux. Dans une analyse publiée par Agri-Food Economic Systems, il explique que les producteurs agricoles sont de plus en plus exposés aux fluctuations des marchés mondiaux et aux décisions politiques prises à l’extérieur du pays.

«Les producteurs agricoles canadiens évoluent dans un environnement fortement influencé par les marchés internationaux et les politiques commerciales», écrit-il dans une analyse sur les chaînes d’approvisionnement agricoles et le commerce.

Cette question devient d’ailleurs de plus en plus importante dans le contexte actuel. L’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui encadre le commerce nord-américain depuis 2020, doit être réexaminé tous les six ans. Le premier examen est prévu en 2026, soit cette année. Cette révision pourrait mener à des renégociations importantes entre les partenaires commerciaux.

Pour l’Ontario, cet accord est particulièrement important. Une bonne partie de la production agricole de la province prend la route des États-Unis. Des produits comme le maïs, le soya, le porc et plusieurs aliments transformés traversent régulièrement la frontière. Les producteurs ontariens dépendent donc beaucoup de la stabilité du commerce entre les deux pays.

Le commerce agricole entre le Canada et les États-Unis est d’ailleurs très étroit. Les États-Unis achètent environ 60 % des exportations agroalimentaires canadiennes, ce qui en fait de loin le principal marché pour les producteurs d’ici, selon des données d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Cela représente des milliards de dollars d’échanges agricoles chaque année entre les deux pays.

 

Extrait du journal est-ontarien Winchester Press, 20 janvier 1988.

Ce débat n’est pas nouveau. En janvier 1988, en pleine discussion sur le libre-échange avec les États-Unis, le ministre ontarien de l’Agriculture de l’époque, Jack Riddell, sonnait déjà l’alarme. Dans le journal Winchester Press du 20 janvier 1988, il affirmait :

«En fait, un projet de loi omnibus sur le commerce, contenant certaines des mesures protectionnistes les plus importantes de l’histoire, est actuellement devant le Congrès américain. Ce projet de loi maintiendra et renforcera les droits compensateurs.»

Autrement dit, pendant qu’on parlait d’ouverture des marchés, Washington renforçait ses protections.

Trente-cinq ans plus tard, le scénario paraît familier. Les tensions commerciales et les guerres tarifaires rappellent que l’agriculture dépend autant des décisions politiques que des conditions météo.

Pour les producteurs ontariens, ces réalités rappellent que leur travail se joue autant dans les champs que dans les décisions prises bien au-delà de la ferme. Et pendant que ces débats se poursuivent à Ottawa, Washington ou Mexico, une réalité demeure : l’agriculture canadienne profite largement des exportations et des marchés internationaux.

Cette forte intégration rappelle aussi une certaine vulnérabilité. Lorsque les règles du commerce changent ailleurs, les répercussions se font rapidement sentir jusque dans les fermes d’ici.