La pandémie de Covid-19 a marqué un tournant pour les centres jardin. Privés de voyages et de nombreuses activités, des milliers de Canadiens ont découvert le plaisir de cultiver des légumes, de fleurir leur cour ou d’adopter des plantes d’intérieur. Alors que la principale saison des ventes de 2026 tire à sa fin, les entreprises constatent que l’effervescence s’est stabilisée, sans disparaître.
Aux Serres Robert Plante, à Navan, la propriétaire Line Plante estime que la pandémie a profondément transformé la relation des consommateurs avec le jardinage. « Pendant la Covid, il y a eu une explosion, surtout pour les plants de légumes et les plantes d’intérieur. Les gens étaient à la maison et cherchaient une activité. On les a beaucoup accompagnés en leur montrant que faire un jardin n’était pas si compliqué ».
Selon elle, cet accompagnement personnalisé a joué un rôle déterminant pour fidéliser cette nouvelle clientèle. « Les gens repartent rarement d’ici sans avoir parlé avec un spécialiste. On leur montre comment prendre soin de leurs plantes, comment réussir leur potager. Ça leur a donné confiance. »
Même si les ventes ne retrouvent plus les sommets atteints durant la pandémie, les nouveaux jardiniers sont restés. « L’engouement s’est transformé en clientèle fidèle », résume Line Plante. « Les gens jardinent davantage qu’avant et pensent beaucoup plus à intégrer des plantes dans leur environnement. »
Elle observe également un changement dans les goûts des consommateurs. Alors qu’autrefois les achats se concentraient sur quelques classiques, comme les pétunias ou les œillets d’Inde, les clients recherchent aujourd’hui des variétés originales. « Ils veulent découvrir des nouveautés, des plantes rares, différentes. Comme producteurs, on essaie toujours d’offrir quelque chose qu’ils ne trouveront pas ailleurs. »
Cette réputation attire désormais des passionnés provenant de loin. « On reçoit des clients de Montréal, de Toronto, de Gatineau ou encore de Papineauville qui viennent spécialement pour notre sélection. »
Pascal Legault, devant une de ses serres à Hawkesbury
La serre comme lieu de détente
Au-delà des ventes, Line Plante constate que son centre jardin est devenu un lieu de détente. « Les gens viennent marcher dans les serres, prendre un café, passer du temps en famille. Certains me disent que c’est une thérapie. Ils respirent profondément, prennent leur temps et repartent plus détendus. »
Cette recherche de bien-être influence aussi les habitudes d’achat. « Je pense que les gens voyagent peut-être un peu moins ou investissent davantage dans leur maison. Ils veulent créer un environnement beau, apaisant, avec des plantes qui leur font du bien. »
Selon elle, les végétaux ne sont plus seulement décoratifs. « Les plantes embellissent les espaces, purifient l’air et procurent un sentiment de calme. Elles deviennent presque un mode de vie. »
Du côté des Serres Legault, à Hawkesbury, le constat est semblable. Pour Dominique Gauthier, la saison 2026 ressemble davantage à celles qui précédaient la pandémie. « La saison suit les normes de l’industrie avant la pandémie. L’intérêt demeure très fort au printemps et les gens sont toujours aussi enthousiastes à l’idée de jardiner, mais la taille des projets est redevenue comparable à ce qu’on voyait auparavant. »
Les nouveaux jardiniers acquis pendant la Covid sont toutefois restés fidèles. « Ceux qui ont commencé le jardinage pendant la pandémie continuent de venir nous voir. Nous sommes fiers de partager notre passion autant avec eux qu’avec nos clients de longue date. »
Les tendances évoluent également en fonction des préoccupations environnementales et des changements climatiques. Chez les Serres Legault, les consommateurs recherchent davantage des végétaux capables de résister aux épisodes de chaleur. « Cette année, nous avons reçu beaucoup de demandes pour des plantes résistantes à la chaleur. »
L’intérêt pour les pollinisateurs demeure également présent. « Que ce soit dans les vivaces, les arbustes ou les annuelles, les clients cherchent des plantes qui attirent les abeilles, les papillons et les colibris. »
Odette Legault et Dominique Gauthier.
Clientèle rajeunie
Aux Serres Robert Plante, Line Plante constate elle aussi cette évolution, tout en soulignant le succès grandissant des arrangements prêts à installer. « Plusieurs veulent des compositions déjà faites, un jardin instantané. D’autres préfèrent partir de semences et apprendre toutes les étapes. Nous offrons d’ailleurs des ateliers au printemps pour les accompagner. »
Si la saison se termine sur une note positive, elle n’a pas été de tout repos pour les producteurs. Dominique Gauthier rappelle que le printemps tardif a compliqué le travail des équipes. « Nous avons dû couvrir les plantes à l’extérieur pendant plusieurs semaines. Le manque de soleil ralentissait leur croissance, les ventes tardaient à démarrer et cela demandait beaucoup plus de travail pour que les plantes soient prêtes à temps. »
Le fait de produire localement la totalité de leurs plantes annuelles et potagères a toutefois permis aux Serres Legault d’éviter les problèmes d’approvisionnement et de maintenir des prix compétitifs.
Line Plante remarque par ailleurs un rajeunissement de la clientèle, avec des écoles qui initient davantage les enfants au jardinage et de jeunes familles qui fréquentent régulièrement les serres. « On voit des groupes de jeunes mamans qui viennent marcher avec leurs bébés dans les serres. Elles passent une partie de leur avant-midi ici. Les enfants grandissent dans cet environnement et développent un intérêt pour les plantes. »
Après 45 ans d’activité, elle constate que chaque saison apporte son lot de nouveaux passionnés. « Ottawa grandit, notre clientèle aussi. Les réseaux sociaux nous ont beaucoup aidés à nous faire connaître, mais ce qui nous motive surtout, c’est de voir que les gens veulent encore toucher la terre et intégrer les plantes à leur quotidien. »
Pour Dominique Gauthier, cette passion ne risque pas de s’essouffler. « Rien n’est plus bénéfique pour la santé physique et mentale que le jardinage. Cultiver ses propres légumes, voir fleurir ses plantes ou simplement prendre soin d’elles procure un bien-être incomparable. Une fois qu’on y a goûté, on a envie de recommencer. »