Le 1er juin 2005

Bien malgré lui, Denis Canuel vole la vedette

Par Chantal Quirion


C’est tout sourire que Denis Canuel s’est avancé sur l’estrade à maintes reprises lors de la remise des diplômes du Collège d’Alfred de l’Université de Guelph, le 28 mai dernier.

En plus d’obtenir son diplôme en Technologie agricole, M. Canuel a littéralement raflé les honneurs en repartant avec le prix du journal Agricom, celui de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, un autre du Collège d’Alfred de l’Université de Guelph, celui du Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario, le trophée Philippe Durocher dont l’attribution est déterminée par le vote des étudiants et une mention d’honneur du directeur! Une journée mémorable à laquelle assistait son jeune fils de six ans, Pascal, qui avait bien raison d’être fier.

Pour sa part, Denis Canuel s’avoue surpris de tant de reconnaissance : « C’est un événement très touchant, dit-il. Les mots me manquent. Je n’ai pas tout réalisé pendant la cérémonie. C’est seulement après, que j’ai constaté que j’avais reçu le choix des étudiants et d’entre tous, c’est celui qui me comble le plus, ça m’émeut vraiment. »

Ce n’est pas sans raison que les étudiants ont apprécié de vivre avec lui ces deux années. Si son sourire franc illumine le quotidien, Denis Canuel a aussi apporté beaucoup à ses cons’urs et confrères en partageant avec eux trente ans d’expérience en agriculture mais aussi beaucoup de dynamisme et de leadership. Âgé de quarante-sept ans, Denis Canuel admet qu’il apprécie avoir été accepté aussi facilement du groupe d’étudiants: « Ils ne me considéraient pas comme quelqu’un de mon âge. Je n’ai senti aucun malaise ni aucune retenue. »

Un peu d’histoire?
Natif de Rimouski, Denis Canuel passe son enfance sur la ferme laitière familiale. Dès l’âge de douze ans, il offre ses services aux agriculteurs de sa région, son père ayant vendu l’entreprise. Plus tard, lors de ses études au Collège de Rimouski, on le retrouve responsable des achats pour la coopérative étudiante. Son sens des affaires et des responsabilités est déjà bien affûté et il ne semble pas disposé à la passivité.

En 1983, toujours à Rimouski il achète une ferme de trois hectares où jusqu’en 2000, on produira en serres et en champs des petits fruits, des légumes biologiques et du miel. Un travail, tient-il à souligner, qu’il lui aurait été très difficile à accomplir sans l’aide de sa conjointe à l’époque, Céline Carrier.

Parallèlement, il élabore des projets de recherche pour développer l’agriculture biologique et l’agroalimentaire qui reçoivent l’aval d’Agriculture Canada et de la Société d’aide au développement des collectivités (SADC) de sa région. Ce qui lui permet de les entreprendre sur sa ferme. « Je suis un petit doué de ce côté là, dit-il. J’avoue qu’en général mes propositions de projets sont acceptées. » L’un de ces projets, notamment, lui a donné l’opportunité de se rendre au Salon international de l’alimentation en Europe en 1995.

S’il est passionné par l’agriculture, il l’est tout autant par le développement communautaire et plusieurs organismes ont profité de son implication. Pendant qu’il est à Rimouski, il siège au conseil d’administration de sa caisse populaire, il participe aux efforts pour le développement touristique, à l’essor des marchés publics et il est membre d’associations de producteurs biologiques.

Pendant cette période il suivra plusieurs formations d’appoint en agriculture et il occupera divers emplois pour compléter les revenus de la ferme. Il a touché à tout: planteur d’arbres, bûcheron, représentant dans le domaine de la papeterie fine et souvent, on lui a confié la tâche de gérer du personnel.

Son intérêt pour le volet international croît avec les années, tant et si bien qu’en 1999 il décide de vendre la ferme pour effectuer un retour aux études dans ce domaine. Il lui faudra quand même attendre le temps de régler ses affaires et de vendre « tout son gréement », comme il dit. Durant cette période de transition, il est contremaître pour Les Jardins Barry, une ferme maraîchère biologique de vingt hectares en production, située à Ste-Anne-de-la-Pérade. Pendant ses études au Collège d’Alfred qui suivront, il y retournera travailler pendant la saison estivale et ce, encore cet été, avant d’entreprendre son premier stage à l’automne prochain.

Même si la route est longue entre la région de Québec où vit son fils et Alfred, il a tout de même choisi d’y venir, bien déterminé à obtenir son certificat de spécialisation en développement international, son passeport pour oeuvrer à l’étranger: « Mon passé est représentatif de ce que je veux faire, j’ai toujours travaillé au mieux-être des autres, c’est ma motivation. Je veux partager mes connaissances et j’ai le désir d’en savoir plus sur les autres cultures. »

Pendant ces deux années dans l’Est ontarien, il a été très actif au sein du comité local d’Alfred de l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC), pour lequel il a agi à titre de secrétaire, préférant laisser la présidence à d’autres plus jeunes, pour qu’ils puissent prendre de l’expérience dans cette fonction.

De ces deux années, il conserve également, un très bon souvenir tant de ses rapports avec les étudiants qu’avec les professeurs. « J’ai l’impression d’avoir occupé une place privilégiée », dit-il, considérant que son âge a peut-être favorisé un rapprochement avec le corps professoral sans pour autant l’éloigner des étudiants avec qui au contraire il a vécu une très belle expérience. « Ça été comme une fenêtre ouverte sur une autre génération. »

Dès l’automne, il doit s’envoler vers le Congo où il aura comme mandat d’aider à l’implantation d’un système de gestion pour une communauté religieuse qui dispense des services en agriculture, en éducation et en santé. Un beau défi auquel il se sent prêt à répondre et au terme duquel il obtiendra son certificat de spécialisation en développement international.

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