Volume 25 Numéro 07 Le 21 novembre 2007

Billet: Confessions d’un vendangeur à ses heures

Par Jan Daniel Etter, collaboration spéciale


Depuis la nuit des temps, l’être humain se laisse griser par le doux nectar du raisin. Les générations se succèdent et se transmettent les connaissances nécessaires pour pouvoir cultiver la vigne et transformer son fruit pour en obtenir un liquide doux et alcoolisé, et ce, depuis maintenant plusieurs milliers d’années.

Dans la Grèce antique, le peuple grec vénérait un dieu de la végétation et plus particulièrement de la vigne et du vin, Dionysos, tout comme les Romains qui eux le prénommaient Bacchus.

La boisson a évolué à travers les siècles pour en arriver de nos jours à des vins provenant d’une multitude de cépages, tous bien différents dans leurs arômes et leurs tanins. Chaque pays ou chaque région viticole possède quelques variétés qui lui sont propres et qui sont adaptées au climat et au type de sol.

Par un bel après-midi de septembre, je me retrouve sur un vol transatlantique en direction de la Suisse où pour la prochaine semaine, je deviendrai vendangeur pour la deuxième fois de ma vie.

Mon oncle et mon cousin étant viticulteurs, et se retrouvant à court de main-d’oeuvre, je me propose de remplir ce poste laissé vacant. Cela me permet du même coup de rendre visite à la famille et de profiter de la fête des vendanges.

Je me retrouve donc à Lugnorre, petite localité de quelques centaines d’âmes, située dans la région du Vully (canton de Fribourg, Suisse). L’endroit est féerique puisqu’il s’agit d’un mont enclavé entre deux plans d’eau, le lac de Morat et le lac de Neuchâtel, d’où d’un côté on peut admirer les alpes et de l’autre, la chaîne de montagnes du Jura.

La récolte s’annonce de bonne qualité, soit, exempte de pourriture et de mildiou (champignons microscopiques) et n’a pas été atteinte par la grêle. Les grappes de raisins sont petites, tout comme les grains mais les concentrations de sucre sont satisfaisantes. Les cépages rouges (pinot noir, gamay, gamaray) furent les premiers à nous offrir leurs fruits que nous cisaillons avec l’enthousiasme qui entoure la première journée de récolte.

L’équipe de vendangeurs compte entre 8-10 membres dont un couple de Polonais et un jeune Portugais, le reste: amis, voisins et membres de la famille.
L’entreprise de mon oncle compte 3½ hectares de vignes, la moitié de la récolte est vinifiée par l’entreprise elle-même. L’autre moitié est vendue à des caves environnantes.

Presque tous les soirs, je visite les caves et du coup, j’observe l’évolution quotidienne des cuves de vin lors des premières étapes de la vinification.

Après trois jours de labeur, la récolte du raisin rouge se termine et l’on peut se concentrer sur la récolte du blanc. On débute avec une jeune vigne de pinot gris qui, à sa quatrième année d’existence donnait une récolte pour la deuxième fois (l’espérance de vie d’une vigne varie de 25 à 40 ans et l’on doit attendre la troisième année de pousse pour obtenir une première récolte vinifiable).

Le cépage de prédilection de l’entreprise de mon oncle est le Chasselas, variété de blanc cultivée exclusivement en Suisse et avec lequel elle a remporté une médaille d’argent en 2005 lors du championnat nationale suisse.

Une fois les vendanges terminées, vient le temps de la fête des vendanges. Il s’agit d’une grande fête champêtre au milieu du village de Praz qui est fermé à la circulation pour l’occasion. Les différentes caves de la région peuvent ainsi écouler les stocks de l’année précédente et du même coup, en profiter pour mousser le nouveau millésime à venir.

J’ai donc pu déguster des spécialités locales des plus délectables. Mes assemblages préférés, un Freiburger (Reisling et Sylvaner) ainsi que le Traminer (Reisling et Gewürstraminer) tous deux des vins blancs doux et fruités. Les deux jours de la fête furent remplis de rencontres et de conversations mémorables, avec des gens tous plus intéressants les uns que les autres. Le mal de tête du lendemain matin étant le seul inconvénient à cette mémorable fin de semaine?

S’il y a une chose que j’ai pu découvrir durant mon séjour, ce fut certainement la complexité et la charge de travail énorme que représente la culture et la vinification de ce petit fruit que l’on nomme raisin et qui quelques mois (voire quelques années) plus tard se retrouve dans nos verres pour agrémenter un bon et copieux repas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *