Le 8 février 2002

Claude Lafleur croit qu’il n’y a pas que la pure « efficacité économique » qui compte Les coopératives agricoles sont efficaces financièrement et? socialement

Par Pierre-Alain Blais
info.agricom@atreide.net


Claude Lafleur est excédé qu’on lui dise que les grandes coopératives, comme la sienne la Coopérative fédérée de Québec, soient inefficaces. Dans un billet qu’il publie dans le numéro de janvier 2002 du Coopérateur Agricole, il rétorque qu’il faut aussi prendre en compte le rôle social non négligeable des coopératives, ce qu’il qualifie « d’efficacité sociale ».

On reprocherait aux coopératives leur soi-disant inefficacité financière, leur manque de rentabilité par rapport à l’entreprise privée, contre laquelle les coopératives «n’arriveraient pas à la cheville des compétiteurs privés», entend trop souvent dire Claude Lafleur, le secrétaire général de la Coopérative fédérée de Québec.

Ce à quoi M. Lafleur rétorque dans son billet qu’ «il n’y a pas que l’efficacité économique qui compte, il y a aussi l’efficacité sociale». Et sur ce point, le secrétaire général estime que «les coopératives agricoles sont admirables».

Pour appuyer sa thèse, il cite l’exemple de la Coopérative de La Seigneurie en campagne près de Québec qui vient d’inaugurer sur un même site, un poste d’essence Sonic, une quincaillerie Co-Op et un dépanneur. Et cela, en plein milieu rural où les grandes pétrolières privées et les quincailliers de grandes surfaces, comme Ro-Na ou Réno-Dépôt, montrent bien peu d’empressement à y investir: «Pas assez rentable, pas assez de volume, jugent-elles».
«Ce nouveau concept, une sorte de magasin général des temps modernes, n’a pas pour objectif principal de dégager des profits faramineux, mais bien de répondre aux besoins de ses membres et de la communauté locale, ce qui correspond à la mission première des coopératives», souligne Claude Lafleur. C’est ce qu’il entend par « efficacité sociale ».

Des exemples concrets de la préoccupation sociale de la gigantesque fédération de coopératives agricoles, le secrétaire général de la Fédérée en a beaucoup d’autres à donner. Les employés d’usine de la société Olymel, l’abattoir propriété de la Fédérée, seraient les mieux payés d’Amérique du Nord, révèle M. Lafleur. La direction de l’entreprise croit que «des gens qui travaillent dans des conditions exigeantes méritent d’être respectés et bien traités».

Claude Lafleur va plus loin, il affirme que «la Fédérée rebute à l’idée de s’engager dans une spirale de confrontations et de grèves qui mettent en péril la mise en marché et le revenu des producteurs de porc ou de volaille». Il cite le cas de la multinationale Maple Leaf Foods qui a récemment subi une longue grève sauvage, elle qui paye ses employés «à des taux de salaire ridicules [?] sans s’embarrasser de basses considérations sociales», écrit-il.

Enfin, le secrétaire général révèle que la Fédérée n’a pas pour politique de forcer les fusions entre ses coopératives membres dont la moitié ont un chiffre d’affaire inférieur à 5 millions de dollars, «même si c’est sans doute plus rentable, selon la logique économique, de le faire». Cette façon de faire serait par contre, «terriblement rentable sur les plans communautaire et démocratique», dit-il.

Tout cela étant dit, Claude Lafleur tient néanmoins à rassurer ses nombreux sociétaires : «Même en faisant des affaires autrement, [les coopératives] doivent gagner des parts de marché, saisir des opportunités d’affaire, investir dans de l’équipement et de la technologie, dégager des excédents et distribuer des ristournes». Bref, une coopérative demeure fondamentalement une « entreprise économique », précise le secrétaire général.

En outre, la Coopérative fédérée de Québec devrait présenter des «résultats financiers exceptionnels» à sa prochaine assemblée générale annuelle à la mi-février. Les parts de marché du réseau coopératif québécois seraient en progression, la Fédérée prenant de l’expansion non seulement au Québec, mais aussi en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Alberta. Les ristournes seraient «plus généreuses que jamais», révèle M. Lafleur.

Pour Claude Lafleur, prenant exemple sur la Fédérée, «les coopératives sont efficaces», et il met au défi quiconque de lui prouver le contraire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *