Volume 32 Numéro 02 Le 12 septembre 2014

Des agriculteurs francophones bientôt dépoussiérés


Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


En 2012, plus de 720 entreprises agricoles ontariennes se déclaraient francophones auprès d’Agricorp, un organisme prestataire de services agricoles pour le ministère provincial de l’Agriculture. Or, non seulement on compterait au moins un tiers plus de producteurs de langue française sur le territoire de l’Ontario, mais ceux dont on connaît l’existence sont mal répertoriés, ce qui empêche les instances gouvernementales et les organismes de leur fournir des services appropriés. L’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) pourrait avoir trouvé une solution très simple et peu coûteuse au problème d’identification.

L’UCFO est le pendant francophone de l’Ontario Federation of Agriculture, du Christian Farmers of Ontario et du National Farmers Union, trois syndicats agricoles provinciaux. Elle reçoit une aide financière spéciale qui provient de chaque inscription à l’un des trois organismes accrédités afin offrir aux producteurs des informations et des services en français auxquels ils ont difficilement accès, soit auprès de leur syndicat ou du gouvernement provincial.

Le directeur général de l’UCFO, Simon Durand, ne s’en cache pas; il est difficile de représenter des entreprises dont on ignore l’existence. Cette réalité est aussi vraie pour son organisme que pour le gouvernement. La base de données dont il se sert est celle de ses membres, jumelée à celle d’Agricorp dont il a récemment obtenu copie.

Il estime donc qu’au bas mot, il détient une liste d’environ 850 fermes, mais qu’il en existerait au moins 30% de plus en Ontario. La majeure partie de  ces entreprises, et on pourrait même dire les 40 000 autres qui fonctionnent en anglais de la province, ne connaissent même pas l’existence de son organisme.

« Ce ne sont pas tous les agriculteurs francophones qui sont identifiés chez nous et au gouvernement et le système [actuel] ne nous permet pas de savoir si un nouvel agriculteur francophone démarre une entreprise agricole tant que nous ne l’avons pas croisé sur le terrain ou à un événement », soutient-il.

Simon Durand se désole de voir que des centaines de producteurs se résignent à se faire servir en anglais, alors que son organisme est là pour les servir dans la langue de leur choix. Difficile avec un budget comme le sien de faire de grandes campagnes de promotion, alors quelle est la solution pour faire connaître l’UCFO et en faire bénéficier plus de 1000 entreprises francophones? « Par le formulaire d’enregistrement des entreprises agricoles », croit-il.

Système d’autodéclaration
« Je veux que l’ensemble des 40 000 fermes de l’Ontario sache qu’il existe un organisme francophone », déclare sans gêne Simon Durand.

Le directeur général est tout près de son objectif ultime. Il souhaiterait que dès la prochaine vague d’inscription des entreprises agricoles, au printemps 2015, toutes les compagnies s’enregistrant auprès d’Agricorp puissent cocher une case pour se déclarer francophone.

Une formule d’autodéclaration qui stipulerait par exemple « Je me considère francophone et j’aimerais me déclarer ainsi auprès du gouvernement et de l’Union des cultivateurs franco-ontariens », pourrait donc, à son avis, régler tous ces problèmes de communications et d’identification.

Ce simple ajout permettra également au gouvernement de mieux connaître les concentrations agricoles francophones et de travailler à leur offrir des services adaptés, comme des ateliers de formations en français, par exemple.

« On voudrait que les agriculteurs s’identifient mieux et s’autodéclarent pour que nous ayons de meilleures communications avec eux. Nous avons le mandat de représenter et de conseiller le gouvernement, alors si nous ne connaissons pas les agriculteurs, nous ne pouvons pas prétendre les représenter et donner de bons conseils au gouvernement », prétend M. Durand.

L’UCFO voudrait que le nom de l’organisme apparaisse sur le formulaire, mais aux dires de Simon Durand, ça achoppe auprès des trois autres organisations qui ont peur que ça crée de la confusion puisque l’Union n’est pas accréditée comme syndicat.

L’idée a été lancée aux fonctionnaires du ministère, ainsi qu’à Agricorp. Une rencontre de travail était prévue dans la semaine du 8 septembre et la question sera également débattue avec les syndicats cet automne.

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