Volume 30 Numéro 03 Le 21 septembre 2012

Des terres agricoles à hauts risques de contamination

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


Les citoyens de Plantagenet ne démordent pas. Ils refusent de voir s’installer une usine d’asphalte au milieu des terres agricoles et des trésors ruraux que recèle la petite municipalité de l’Est ontarien. Près de 400 citoyens vêtus de rouge ont pris part à une réunion publique le 10 septembre pour réitérer leur opposition et convaincre leurs élus de bloquer le projet.

Il s’agissait de la dernière chance pour les citoyens de faire valoir leurs arguments avant que les élus du canton d’Alfred-Plantagenet ne se prononcent le 10 octobre prochain sur le changement de zonage demandé par les promoteurs de l’entreprise PB Paving et Landscaping.

Moins mouvementée que la première assemblée qui s’était tenue le 16 juillet dernier, la réunion s’est déroulée dans le calme et le respect, comme l’avait demandé le conseiller municipal René Baulne, qui présidait la soirée. La présence de deux agents de la police à l’extérieur de la salle témoignait les craintes de la municipalité face à un possible désordre.

Les conseillers municipaux se sont contentés d’écouter attentivement les témoignages des présentateurs et des citoyens. L’absence motivée du maire de la municipalité, Jean-Yves Lalonde, n’a cependant pas manqué de susciter des applaudissements de mécontentement dans la salle.

Les promoteurs du projet n’ont pas assisté à la réunion, ni même les représentants des Comtés unis de Prescott-Russell, pourtant eux aussi appelés à se prononcer dans le dossier, prétextant pour leur part qu’aucun élément nouveau n’allait être présenté.

Le directeur général de la municipalité, Marc Daigneault, a indiqué que le dossier allait fort possiblement finir entre les mains du ministère des Affaires municipales puisque peu importe la décision qui sera rendue, elle sera contestée par l’un ou l’autre des parties.

Les citoyens auront 20 jours pour déposer leur objection au ministère qui, selon M. Daigneault, ne rendra aucune décision avant le début de 2013. Chaque contestation devra être accompagnée d’un chèque de 125$, montant exigé par le ministère.

Tous les citoyens sondés par Agricom lors de cette soirée se sont dits cependant prêts à payer cette somme pour ne pas voir s’installer ce type d’industrie lourde dans leur voisinage et hypothéquer l’avenir de la population du comté.

«Notre qualité n’a pas de prix et je ne pense pas que ce soit 125 $ qui arrêtera les gens. C’est très malheureux que nous ayons à débourser cet argent, mais plusieurs le feront », a confié Suzanne Lavoie, copropriétaire de la ferme Mariposa, située à moins d’un kilomètre du site projeté.

Danger pour les fermes

Questionnée par Agricom, Louise Barbarie, une éleveuse de boeufs dont le terrain se situe tout juste à l’arrière du site projeté de l’usine craint que sa ferme perde de la valeur et qu’elle et son mari ne puissent rien léguer à leurs enfants. «C’est l’héritage de nos enfants, donc si elle perd de la valeur, c’est eux qui en auront moins dans leurs poches », s’inquiète l’agricultrice.

« Si l’eau est contaminée, comment vont-ils boire, nos animaux ? Et s’ils boivent cette eau, la viande va-t-elle être bonne », se questionne Mme Barbarie.

Ses craintes seraient fondées, si l’on en croit les explications de Martin Archambault, un spéléologue amateur de Montréal qui s’intéresse au dossier. Ce dernier a expliqué les dangers associés à l’établissement de l’usine d’asphalte dans cette zone rurale classée d’intérêt naturel et scientifique et où on retrouve une zone calcique. Le calcaire a pour effet de se dissoudre sous l’effet de l’eau, ce qui crée des fissures plus ou moins creuses, ce qui rend le sol beaucoup moins étanche.

« Tous les contaminants iront dans le sol. Ça entrera dans les fissures qui communiqueront avec de plus grandes et ce sera comme un réseau d’aqueduc souterrain où l’eau circule très vite. Les fermes [pourraient être] contaminées en un rien de temps », vulgarise-t-il.

Fervente opposante au projet d’asphalte, Suzanne Lavoie craint à la fois pour la santé des citoyens et des animaux de ferme.

Elle trouve aberrant que la région puisse possiblement perdre une terre cultivable au profit d’une industrie lourde. « C’est une insulte qui est devenue une injure. » Elle dénonce l’absence des politiciens aux rencontres et comme plusieurs autres citoyens l’ont fait au cours de la soirée, elle trouve décevant qu’ils ne prennent pas le temps de venir aux réunions publiques. « Ils n’ont jamais senti le désespoir de la population », ajoute-t-elle.

Elle dit d’ailleurs vouloir obtenir l’appui de plusieurs groupes agricoles locaux, tels que l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) et la Fédération d’agriculture de l’Ontario, dans les prochaines semaines.

Le directeur général de l’UCFO, Simon Durand, a confié à Agricom être lui aussi contre le projet en raison des risques liés à la contamination de l’eau, ce qui aurait un effet négatif sur les différentes productions.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *