Volume 33 Numéro 05 Le 23 octobre 2015

Du houblon à l’essai dans le Nord


Photo : Cynthia Guindon et Dan Paquette, anciens du Collège d’Alfred, se sont lancés dans la culture du houblon à Verner. Crédit photo: Frédéric Projean/Radio-Canada

Par Sonia Fournier, collaboratrice


De nouvelles structures de bois et des câbles d’acier ont fait leur apparition cette année sur la route 17 près de Verner. Les langues se délient. De la vigne? Une plantation de poteaux d’Hydro? Du cannabis? Non, c’est du houblon. Cynthia Guindon et Dan Paquette, anciens du Collège d’Alfred, se sont lancés dans cette aventure expérimentale. Tous deux issus du milieu agricole, le couple souhaite retourner aux sources et cette houblonnière est leur point de départ.

« Le houblon ce n’est pas une passion, c’est une obsession », lance Dan. Toute la famille et des proches sont impliqués dans ce projet innovateur installé sur la terre de sa mère. Don de poteaux fabriqués par des amis qui ont une terre à bois et don de cordes de sisal d’un producteur agricole local,assortis d’un investissement financier raisonnable et d’un grand engagement en temps ont été nécessaires pour mettre la houblonnière en marche.

Le houblon est l’élément qui donne l’amertume à la bière et la parcelle du couple se compose de quatre variétés. Parmi celles-ci, la Canadien Red Vine est considérée plus rustique avec un arrière-goût de sureau. La Northern Brewer pour sa part contient un niveau d’acide Alpha qui est plus élevé et pour cette raison appréciée des brasseurs. Dans le Nord en tout cas.  Vient ensuite la variété Cascade qui est un houblon populaire qui contient beaucoup d’inflorescences. Finalement, la Tettnager est appréciée pour ses saveurs aromatiques intéressantes. D’ailleurs, des plants de cette variété ont atteint 18 pieds de hauteur, d’où la nécessité d’offrir à cette vivace grimpante, des poteaux et des fils où elle peut s’épanouir à sa guise.

Être aux petits houblons

Ce nouvel adage pourrait bien faire sa place au sein de la famille Guindon Paquette. La culture de cette vivace représente un certain défi.

« J’ai eu très peur à un moment donné à cause d’une menace de gelée, raconte Cynthia. Le voisin m’a donné des toiles de plastique et j’en ai recouvert les plants à l’aide d’épingles à linge. Ca été une montagne russe d’émotions. »

Une main d’œuvre considérable et une grande attention sont donc des éléments cruciaux du succès. Pour illustrer l’investissement en ressources humaines, Mme Guindon explique que pour la récolte à la main d’un seul plant, il faut compter environ une heure. Pour cette première saison, il y en avait près d’une trentaine.

Les plants ont par ailleurs joui d’un apport important de compost fait avant la plantation et seront protégés contre les rudes hivers du Nord-est grâce à un paillis très épais.

Cette première saison a également apporté son lot de soucis avec la présence non négligeable de ravageurs. Dan et Cynthia ont toutefois réussi à contrôler les dégâts en s’en tenant aux principes de l’agriculture raisonnée. Selon cette vision, ils n’ont recours aux produits phytosanitaires qu’en cas de force majeure, jamais comme mesure préventive.

Soutien des microbrasseurs et des chercheurs

Pour s’aider, le couple a sollicité les conseils de d’autres producteurs et de chercheurs, la plupart très coopératifs. « Nous avons pris contact avec une productrice au Manitoba qui a répondu à toutes nos questions. La houblonnière Lupuline au Québec a aussi été d’une grande aide avec ses conseils et ses nombreux encouragements. Nous avons aussi reçu de l’appui technique des agronomes du ministère de l’Agriculture et des chercheurs de l’Université de Guelph. »

La présence de ces pionniers du houblon du Nord au festival de la microbrasserie à Sudbury n’est pas passée inaperçue. « Nous avons mentionné lors de l’assemblée que nous étions à l’essai chez nous. Toute la gang de brasseurs nous a applaudis », relate Dan.

L’engouement pour produire une bière locale à 100 % dans le Nord est bien présent Dan et Cynthia y contribueront avec le houblon de Verner.

Un peu d’histoire

Le houblon fut découvert au 12e siècle pour ses caractéristiques antiseptiques, notamment. Avec le temps, il remplaça le gruit, un mélange d’herbes et d’épices qui entrait dans la composition de la cervoise, l’ancêtre en quelque sorte de la bière. Le houblon peut aussi être utilisé dans la fabrication d’oreillers, d’huile essentielle, crème, savon, chandelle et même dans la cuisine, du côté de la crème glacée et du poulet rôti.

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