Volume 30 Numéro 07 Le 23 novembre 2012

Du maïs sous plastique!

Marc Dumont

Par Marc Dumont
Correspondant – Nord de l'Ontario
info@journalagricom.ca


La culture du maïs-grain n’a jamais suscité tant d’intérêt au Témiskaming que cette année. Quatre cultivateurs de la région d’Earlton ont mis à l’essai une technologie de culture irlandaise : un semoir à maïs à six rangs qui déroule un paillis de plastique biodégradable perforé et épand un herbicide de préémergence. Près de 600 acres de maïs-grain ont été ensemencés.

 

« L’intérêt phénoménal » pour cette culture, pour reprendre les mots d’un cultivateur, s’explique par le fait que la culture du maïs-grain au Témiskaming est un vieux rêve pour les producteurs laitiers.

 

Il se cultive du maïs depuis plusieurs années, mais il s’agit surtout du maïs d’ensilage. Le manque d’unités thermiques freinait la production de maïs-grain, une culture jugée jusque-là risquée pour cette région un peu trop nordique pour cette plante. Bien que de nouvelles variétés et le réchauffement climatique améliorent d’année en année les chances de succès, les cultivateurs estimaient que le retour sur investissement n’en valait pas le risque.

 

Mais voilà qu’une nouvelle technologie pourrait de renverser la vapeur. Au Témiskaming, des parcelles d’essai semées cette année ont obtenu des résultats concluants. Plusieurs producteurs sont donc tentés d’en cultiver au cours des prochaines saisons estivales grâce à cette technique de culture sous plastique.

 

La présence d’une pellicule plastique permet de retenir la chaleur dans le sol et de créer un effet de serre. Par exemple, en début de saison, tandis que l’air ambiant nocturne atteignait -7oC, la température enregistrée sous le plastique n’est jamais descendue sous la barre du 1oC. De même, quand il a fait 19oC sous le plastique, l’air ambiant extérieur était de 10oC.

 

Et il n’y a pas que la chaleur qui est emprisonnée sous la pellicule; l’humidité aussi. Les plants de maïs sous pellicule plastique s’en sont mieux tirés en période de sécheresse que les cultures à nue.

 

Cependant, il y a eu des inquiétudes au printemps lorsque des rafales de vent ont déchiré le plastique celui-ci étant très mince.

 

Bon investissement

Cette méthode de culture coûte cher : 150 $/acre. Toutefois, les agriculteurs qui ont participé à l’essai estiment que la dépense en valait largement le coup puisque cela permet d’économiser sur les coûts de séchage du grain. Un autre agriculteur de la région a confié à Agricom avoir déjà payé jusqu’à 80 $ la tonne pour faire sécher le maïs parce qu’il n’était pas mûr.

 

À en juger par la récolte, il y a des raisons d’être optimiste : les épis ont bien atteint la maturité et les grains sont remplis d’amidon. Bien que les récoltes soient moindres que dans d’autres régions plus propices à cette culture, cette année les rendements sont de 3,7 tonnes à l’acre (160 boisseaux). Ces résultats semblent confirmer que cette méthode de culture répond aux attentes et fort est à parier qu’il y aura encore plus d’adeptes l’an prochain.

 

Jason Robert, l’un des cultivateurs à tenter l’aventure, est si enchanté par les résultats qu’il pense s’acheter un semoir pareil pour la saison prochaine. En plus d’éliminer l’achat de maïs et les coûts de transport, il élimine le problème des toxines.

 

« Ça m’est arrivé que des vaches avortent à cause d’une toxine dans le maïs acheté dans le Sud [de la province]. Il fallait acheter un produit pour régler le problème », raconte-t-il.

« Maintenant on va produire notre propre maïs sur notre propre ferme. Avec le nouveau semoir, on va semer, récolter et labourer plus tôt. À tout compter, le coût est pas mal bon! »