Volume 31 Numéro 20 Le 20 juin 2014

Encore trop élevés les prix des grains?


-Photo ILessard

Jean-Philippe Boucher

Par Jean-Philippe Boucher
Spécialiste en mise en marché du grain
jpboucher@grainwiz.com


La situation n’est pas nécessairement facile pour ceux qui espéraient il y a encore quelques semaines vendre ses grains à meilleur prix dans les prochains mois. À la bourse de Chicago, pour l’ancienne récolte, le prix du maïs a plongé de près de 15%, celui du soya de 8% et celui du blé de plus de 21%. Maigre consolation, avec une telle chute, partout en Amérique du Nord les producteurs se sont refermés comme des huîtres, attendant de meilleurs jours avant de vendre, gonflant ainsi un peu les prix.

De fait, les consommateurs ont dû compenser une partie des pertes à la bourse, faisant gonfler la « base » pour offrir un prix plus juste pour les producteurs. Mais, même avec le raffermissement de la base, les prix ne sont pas l’ombre de ce qu’ils étaient à la fin de l’hiver.

Au banc des accusés, plusieurs facteurs peuvent être jugés coupables d’un tel revers des prix en aussi peu de temps:

  • récoltes record en vue aux États-Unis;
  • conditions météo jusqu’ici très prometteuses malgré quelques régions en difficultés;
  • à l’exception du soya aux États-Unis, abondance de grains encore disponibles de l’ancienne récolte;
  • retrait important des fonds spéculatifs du marché des grains maintenant que les perspectives offrent de moins en moins de potentiel de profits.

Pour contrer tous ces éléments négatifs, il faut reconnaître également que peu de facteurs positifs ont vu le jour récemment. On peut mentionner ici que la consommation de grains reste au moins forte et que la baisse des prix aura le mérite de certainement lui permettre de gagner encore du terrain dans les prochaines semaines, les prochains mois. Tôt ou tard, un nouveau point d’équilibre sera donc sans aucun doute atteint entre l’offre abondante et le besoin grandissant des consommateurs. Mais, jusqu’où les prix devront-ils reculer avant qu’il soit trouvé?

Pour l’instant, l’exercice de tenter d’anticiper les creux est très risqué. Plusieurs inconnus restent encore en suspens. Même si le début de saison est prometteur, il reste de nombreuses semaines avant les récoltes. Les périodes clés de la pollinisation (maïs) et de la floraison (soya) avec leur lot d’incertitudes météo sont toujours devant nous. S’il ne représente pas une menace en Amérique du Nord, El Nino pourrait aussi faire couler beaucoup d’encre et ravager les cultures dans plusieurs régions du monde, notamment en Australie.

Mais, si aucune menace ne voit le jour prochainement, il faut anticiper sans aucun doute que de nouveaux creux seront atteints d’ici les récoltes. À en croire les différentes prévisions des analystes, il faut alors garder à l’œil à la bourse des niveaux tels que 3,75 $US/boisseau dans le maïs, et 11,50 $US/boisseau pour le soya. Face à de tels creux inégalés depuis longtemps, la clé pour réussir est plus que jamais de chercher à maximiser ses prix de vente. Cela est possible en travaillant sa base et son contrat à terme séparément, en surveillant de très près les prix pour repérer les bonnes opportunités, et surtout en définissant bien ses objectifs de vente et en les respectant.

Ce 30 juin, deux rapports importants du Département de l’Agriculture des États-Unis pourraient encore (ou non) faire bondir les prix. Le rapport trimestriel d’inventaires de grains aux États-Unis au 1er juin et rapport sur les superficies officiellement ensemencées aux États-Unis cette année sont donc à surveiller.

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