Volume 26 Numéro 11 Le 4 février 2009

Éthanol GreenField à Johnstown: On distille à plein régime!

Par André Dumont, collaborateur régulier


Une nouvelle usine d’éthanol carburant a récemment
ouvert ses portes dans l’Est ontarien. L’usine d’Éthanol Greenfield de Johnstown produira 200 millions de litres d’éthanol carburant par année et pourrait absorber plus de 40% du maïs produit dans tout l

Un camion s’avance dans l’entrée principale du site de la toute nouvelle usine de d’Éthanol GreenField, à Johnstown. Une sonde mécanisée puise une série d’échantillons dans sa cargaison de maïs et les achemine à l’intérieur du poste d’accueil.

Le scénario se répète au moins 50 fois par jour, selon un horaire de livraison précis, pour éviter l’attente. À l’arrivée du camion, le maïs est soumis à des analyses de poids spécifique et de taux d’humidité, ainsi qu’à un examen visuel. Ce n’est qu’une fois autorisé, que le camionneur se rend dans l’une des deux baies de déchargement, au pied d’un immense silo capable d’alimenter l’usine pendant cinq jours.

À 50 camions, cela fait pas moins de 2000 tonnes de maïs par jour, cinq jours sur sept. À cela s’ajoute la drêche de distillerie, qui repart souvent dans le même camion qui vient de livrer du maïs.

Entrée en production le 3 décembre dernier, la nouvelle usine fonctionne ni plus ni moins qu’à 106 % de la capacité prescrite par son fabricant, l’Américaine ICM. Grâce à des ajustements, la capacité de base a pu être augmentée dès son démarrage, explique la directrice du contrôle de qualité Erin Robitaille.

Le 8 décembre 2008, l’usine avait déjà produit ses premiers litres d’éthanol, sans pépin, plus d’une semaine en avance sur l’échéancier.
La distillerie de Johnstown est la quatrième usine d’Éthanol GreenField. Elle est pratiquement identique à celle de Varennes, au Québec. Si le démarrage a été aussi impeccable, selon Erin Robitaille, c’est aussi parce que sept des 40 employés sur place ont été transférés d’usines déjà en fonction.

À tous les jours, 1468 tonnes de maïs sont moulues, fermentées et distillées. « Tout le processus est le même que pour l’alcool utilisé dans les boissons, dit Erin Robitaille. La différence, c’est qu’ici, on distille une étape plus loin. »

Il en résulte un alcool pur à 100 %, tout à fait imbuvable. Cet éthanol, ou alcool éthylique, est dénaturé en y mélangeant 1 % d’essence, pour éviter les taxes d’accises appliquées aux boissons alcoolisées. Sinon, il serait taxé à la hauteur de 11 $ le litre. Sur un camion de 56 000 litres, cela représenterait 616 000$ !

L’éthanol est vendu directement aux grandes pétrolières, qui le mélangeront à du pétrole raffiné pour le revendre dans les stations-service.

Le projet de Hensall est mis de côté pour l’instant

Comme le prix du pétrole est à son plus bas et que celui de l’éthanol le suit de près, à l’heure actuelle, la rentabilité des usines d’éthanol est sérieusement mise à l’épreuve. C’est pour cette raison que GreenField a mis sur la glace son projet d’une cinquième usine d’éthanol à Hensall, dans le Sud-Ouest de l’Ontario.

Selon l’acheteur de grains Daniel deMoissac, ce délai permettrait aussi à GreenField de mieux absorber les frais de démarrage à Johnstown.

GreenField sera en mesure de sortir indemne de ce creux dans les prix de l’éthanol car en plus des subventions (15 millions $ du fédéral pour construire l’usine de Johnstown), elle s’appuie sur sa division d’alcools de commerce, explique Daniel deMoissac.

Autrefois appelé « Les alcools de commerce », GreenField exploite toujours une division qui produit des alcools pour les utilisations médicales et industrielles. Selon Daniel deMoissac, ces volumes sont inférieurs à ceux de l’éthanol, mais ils apportent de bons revenus stables à l’entreprise. Ces produits sont vendus à plus de 6000 clients à travers le monde.

GreenField vend aussi sa drêche de distillerie aux éleveurs bovins, avicoles et porcins. « Notre drêche a une consistance et une couleur qui lui donnent une très belle qualité », affirme Daniel deMoissac.

Beaucoup de maïs local

Né au Manitoba, Daniel deMoissac a travaillé dans le commerce des grains pour Richardson International, à Boucherville. Il a aussi été directeur des élévateurs à la Coop d’Embrun. Aujourd’hui, il est acheteur de maïs pour GreenField, auprès des agriculteurs francophones de l’Est ontarien et de l’Ouest du Québec.

L’usine de Johnstown a été construite pour bénéficier des installations de réception, de séchage et d’entreposage du Port de Prescott, mais aussi parce qu’il se produit beaucoup de maïs dans l’Est ontarien, soutient Daniel deMoissac. D’après ses estimations, l’usine pourrait absorber plus de 40 % du maïs produit dans l’Est de l’Ontario.

« Je suis prêt à payer de bons prix pour obtenir le maïs local », affirme Daniel deMoissac. Jusqu’à tout récemment, le seul autre acheteur industriel local était Casco, qui fabrique des ingrédients alimentaires à base de maïs, à Cardinal, tout près de Johnstown. Casco doit aujourd’hui se frotter à GreenField, le plus important acheteur de maïs au Canada.

GreenField établit ses prix en fonction de ceux du Chicago Board of Trade, en y ajoutant une prime pour tenir compte de la valeur du dollar canadien et du fait que le prix payé inclut la livraison à l’usine. On peut aussi demander à sa coopérative de stocker et livrer son maïs, ou livrer son maïs humide au Port de Prescott à la récolte.

À Johnstown, GreenField espère acheter au moins 60 % de son maïs directement des producteurs. La différence viendra des centres de grains ou de l’importation des États-Unis. Les prix payés aux agriculteurs sont affichés sur le site www.greenfieldethanol.com.

Pour vendre du maïs, obtenir un échantillon de drêche ou même organiser une visite de l’usine, on peut communiquer avec Daniel deMoissac au 613-218-1726.

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