Volume 29 Numéro 07 Le 16 novembre 2011

« Faire mieux avant de faire plus »


« Des petites entreprises bien organisées sont plus efficaces que des grosses entreprises mal organisées. » R. Levallois

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


Faut-il nécessairement avoir un gros troupeau pour réaliser de gros profits ? Ou la réussite d’une entreprise agricole repose-t-elle sur la compétence de l’agriculteur ? Raymond Levallois a fait le point sur la question lors du 25e Colloque Gestion du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ). L’événement annuel, qui a eu lieu à Drummondville le 10 novembre dernier a rassemblé  675 professionnels de la gestion sous le thème « L’avenir de l’agriculture : l’agriculteur ».

Les organisateurs n’ont pas choisi par hasard de mettre l’accent sur l’agriculteur. Il est le poumon de son entreprise et les conférences présentées ont toutes démontré l’importance du rôle qu’il y joue, particulièrement celle du professeur-chercheur au département d’économie agroalimentaire de l’Université Laval, M. Levallois.

Le docteur en économie de la production a prouvé que la réussite d’une entreprise dépendait en majeure partie des qualités de gestionnaire du producteur qui la gère davantage que de la dimension.

Une analyse approfondie des économies d’échelle présentée lors de la conférence de Raymond Levallois démontre que celles-ci ne sont visibles que sur le travail, mais très peu sur les autres charges fixes.

« Des petites entreprises bien organisées sont plus efficaces que des grosses entreprises mal organisées. La dimension ne suffit pas à expliquer », a-t-il soutenu.

Ainsi, au-delà de 75 vaches laitières par exemple, une entreprise ne réalise aucune économie, à moins que ses ressources ne soient pas exploitées à leur plein potentiel. Si par exemple l’étable pouvait accueillir 125 vaches laitières, mais qu’elle n’en contenait que 70, alors il serait plus rentable de grossir le troupeau afin d’utiliser l’espace à 100% afin de réduire les charges fixes/unité de production.

Cette notion a d’ailleurs été observée notamment ailleurs au Canada et en Europe, ainsi que pour plusieurs productions, telles le lait, le porc et les grandes cultures.

Constat étonnant

Son étude de 470 fermes laitières québécoises lui a d’ailleurs révélé que les petites entreprises les mieux gérées pouvaient se rapprocher des grosses fermes les plus efficaces. De fait, en comparant les ratios économiques tells le taux de charge, la marge de sécurité, la durée moyenne des emprunts et la rentabilité économique de l’entreprise, on se rend compte que les petits troupeaux peuvent facilement tirer leur épingle du jeu si elles sont bien gérées. Ce fut d’ailleurs l’un des constats les plus étonnants pour le conférencier.

À la lumière de ces faits, Raymond Levallois pose un regard interrogateur sur la tendance actuelle des fermes à prendre de l’expansion. « Alors, pourquoi grossir? » Il mentionne principalement que c’est une question de choix personnel des exploitants. Toutefois, « à rentabilité égale, les grosses entreprises accumulent plus de capital par leurs bénéfices et par l’inflation », soutient-il, à condition de posséder de bonnes qualités de gestionnaire.

Il a terminé en mentionnant aux conseillers en gestion qu’ils devraient d’abord concentrer leurs efforts sur la personne et ensuite sur l’entreprise. Quant aux agriculteurs, il mentionne qu’il est nécessaire d’« augmenter votre compétence avant d’augmenter la dimension de votre entreprise. C’est plus vrai que jamais et faites mieux avant de faire plus ».

D’autres conférenciers et interlocuteurs ont pris la parole, notamment des agriculteurs qui ont témoigné de l’évolution de leur entreprise et de leurs bons coups.

Le Dr David Kohl, professeur émérite en économie agricole et appliquée à la Virginia Tech a sans doute été l’une des conférences les plus dynamiques. Il a présenté avec entrain les tendances à venir en matière d’agro-industrie et d’économie. 

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