Le 3 mars 2005

« Faut que ça bouge! »

Par Chantal Quirion


La présence du président de la Fédération d’agriculture de l’Ontario (FAO), Ron Bonnett, dans l’Est ontarien semble avoir agi comme un catalyseur sur la frustration trop longtemps contenue d’un groupe d’agriculteurs. Ce qui devait être au départ une soirée d’information organisée par la FAO du comté de Prescott a vite connu une tournure pour le moins mouvementée.

Réunis au Collège d’Alfred le 21 février dernier, une soixantaine d’agriculteurs n’ont pas laissé longtemps au président de la FAO le loisir de discourir. Le fait que la Rural Revolution menée par Randy Hillier ait entrepris des mesures de pression et qu’elle ait réussi à mettre le dossier agricole sur la sellette a porté ces agriculteurs à jeter un coup d’?il critique sur l’efficacité de leur Fédération. « Vous êtes trop lent et vous ne faites pas bouger les choses! s’est exclamé l’un d’eux. »

Ce soir là, on reprochait également à la FAO de nuire à l’unité des troupes en n’ayant pas invité la Lanark Landowners Association (LLA), soit l’association qui chapeaute la Rural Revolution, à participer à la manifestation prévue pour le 2 mars à Queen’s Park. « On veut parler d’une seule voix et en agissant ainsi vous nous divisez. Promettez-nous, M. Bonnett, qu’en sortant d’ici vous inviterez M. Hillier », l’enjoignait un autre producteur, Jean-Marie Ménard, dont les propos ont été approuvés à mainlevée. L’assemblée à laquelle avait pris part quelques représentants de la LLA reçut donc l’assurance que cette volonté serait respectée.

Autre source de mécontentement, le point de vue exprimé par Michel Bourgon de la FAO dans quelques journaux de l’Est ontarien a provoqué l’ire de plusieurs participants, certains alléguant que M. Bourgon en taxant d’illégales les actions de la LLA a contribué à faire peur à certains qui hésiteront tout autant à participer à la manifestation du 2 mars. « Quand on va à la guerre, il faut s’attendre à ce qu’il y ait des blessés », a déclaré Philippe Henrard, un producteur de grandes cultures très choqué de l’impact des propos de M. Bourgon qui selon lui, ne font que freiner la motivation des agriculteurs à défendre leur sort.

Le vice-président de la FAO, Geri Kamenz était également sur les lieux et comme son collègue, il n’a pu faire autrement que de constater que dans l’Est ontarien les agriculteurs veulent plus que jamais être entendus des gouvernements, qu’ils veulent être appuyés et qu’ils exigent de leur Fédération qu’elle travaille dans ce sens et tout de suite.

Pour sa part, Marc Bercier propriétaire d’un centre de criblage, a proposé que la FAO se dote un plan d’action. « Pourquoi ne pas regarder ce qui se fait au Québec, a-t-il dit. Il faut que nous ayons une stratégie qui nous permette d’avancer point par point. C’est absolument nécessaire. »

Sur tous les tons, c’est un appel à l’action et à la concertation qui a été lancé. On veut aussi que la FAO à l’échelle des comtés soit plus présente et plus médiatisée. Essuyant le reproche d’être pour ainsi dire inconnu alors que le président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Pierre Bercier, est de toutes les tribunes, Éric Dupont qui représente la FAO dans le comté de Prescott a tout de même fait remarquer qu’il dispose de bien peu de ressource et que lorsqu’il est temps de s’impliquer, bien peu se sentent interpellés.

Devant ce constat, Pierre Bercier qui s’est dit peu surpris du déroulement de la soirée et qui croit que les retombées en seront positives, a fait remarquer qu’il faudrait que la FAO puisse être en mesure de compter davantage sur ses membres: « L’été nous sommes occupés aux champs et pendant ce temps nous comptons sur la Fédération pour travailler pour nous. Mais l’hiver, on pourrait lui donner un bon coup de main. »

Suite aux échos de cette réunion, le directeur régional pour la FAO dans le comté de Russell, Réjean Pommainville affirme: « Je n’ai pas peur de dire que dans le passé la FAO a été trop passive et qu’il y a un problème de communication. Cependant, si nos actions ne sont pas connues, il ne faudrait pas prétendre pour autant que nous sommes inactifs. Pour avoir travaillé à l’avancement de plusieurs dossiers qui ont contribué au mieux-être du secteur agricole, je déplore que la portée de ce travail soit ignorée. Avec un budget annuel d’environ 4,5 millions de dollars, la FAO n’a pas les moyens de publiciser ses bons coups alors qu’en comparaison, l’Union des producteurs agricoles (UPA) au Québec dispose de près de 40 millions de dollars. En 1968, rappelle-t-il, l’Ontario aurait pu se doter du même système que le Québec, ce qui fut rejeté. On ne peut malheureusement, refaire le passé »

Les agriculteurs ontariens ont donc à vivre avec les décisions qui furent prises par leurs prédécesseurs mais si on se fie au ton de cette réunion, ils n’accepteront plus désormais que l’on ignore l’impossibilité qui découle de leur situation.

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