Le 16 décembre 2004

Ferme Jean-Noël Groleau : À la reconquête des profits disparus en production laitière

Par Chantal Quirion


Les belles Canadiennes de la Ferme Jean-Noël Groleau font la fierté de leurs propriétaires qui accordent beaucoup d’importance à la mise en valeur du terroir. C’est pourquoi, ils ont intégré à leur troupeau cette race à l’origine de l’industrie laitière e

« Vouloir, c’est pourvoir! » En écoutant Diane Beaulieu, on a la nette impression qu’elle est à l’origine de l’expression. Nous sommes à Compton au Québec, dans les Cantons de l’Est, et plus précisément, nous entrons au Centre d’interprétation de la vache laitière, aménagé à même la Ferme Jean-Noël Groleau. Juste à côté, se trouve La Beurrerie du Patrimoine, dernière réalisation de Mme Beaulieu et de son époux Jean-Noël Groleau.

Nous sommes d’abord invités à prendre un « p?tit café » dans la salle attenante au musée. Le temps de nous réchauffer, Diane Beaulieu nous racontera son histoire. Cela ne lui prendra pas deux minutes pour captiver son auditoire. Cette femme est un véritable tourbillon d’énergie!

Nous apprenons que le couple a pris la relève de la ferme familiale en 1982. Une ferme qui de 1946 à 1976 a toujours possédé un troupeau de vaches Holstein pur-sang. En 1975, la tuberculose frappe et le troupeau est entièrement décimé. ? Le beau-père ?, comme le dit Diane, rachète un nouveau troupeau pur-sang qui à peine un an plus tard disparaîtra affecté par la brucellose. Cette fois-ci, on le remplacera avec des Holstein croisées.

Pur-sang ou non, Diane Beaulieu et Jean-Noël Groleau s’avèrent des producteurs laitiers accomplis. De 1982 à 1991 ils doublent leur production, passant de 4500 kg à 9000 kg, en conservant le même nombre de têtes. Tout ce passe pour le mieux jusqu’en 1992.

Alors que Diane se trouve dans l’étable, le téléphone sonne. Où es-tu’ Lui demande Jean-Noël. À peine a-t-elle répondu, qu’il l’enjoint de sortir: Vite sors de là! Le feu est pris! Ce n’est qu’en se retournant qu’elle aperçoit les colonnes de flammes. « J’ai figé complètement, dit-elle. J’étais clouée sur place ». Heureusement, Jean-Noël et plusieurs voisins accourent. Malgré leurs efforts, seul quelques vaches survivront.

Ils repartent à zéro. Ils bâtissent une nouvelle étable, celle que tout le monde nomme par chez eux « la grosse grange bleue », à cause de la couleur de son toit et ils rachètent un troupeau. Aujourd’hui, leur ferme abrite cinquante-six vaches laitières dont une vingtaine de Canadienne parmi les Holstein.

Avec tout ce qu’elle a vécu, l’ESB n’a pas de quoi l’effrayer, affirme Mme Beaulieu. Bon an, mal an, le couple n’a cessé de viser l’excellence. En 2004, la production a atteint le triple de la production de départ et ce, toujours avec sensiblement le même nombre de vaches. D’ailleurs, dans la pièce où nous sommes attablés, les murs sont tapissés de prix qui attestent du mérite agricole du couple. L’un d’eux, la bannière des « Jeunes agriculteurs d’Élite du Canada », remportée en 1996, leur fait particulièrement chaud au c’ur, avoue Mme Beaulieu.

Le Centre d’interprétation de la vache laitière
Malgré le travail et les efforts acharnés, le couple constate que les marges de profits s’amenuisent au fil des années. Il faut trouver des solutions pour améliorer la rentabilité de l’entreprise. En 1999, ils ouvrent les portes du Centre d’interprétation de la vache laitière. Destiné à faire connaître la production et la transformation des produits laitiers, le Centre s’adresse à ses débuts aux groupes d’étudiants. Bien vite, les demandes arrivent de toute part et la clientèle se diversifie, allant jusqu’aux groupes du troisième âge, sans compter les touristes qui y viennent nombreux.

En français, en anglais ou en espagnol, le Centre offre une visite guidée d’une heure et demie dont le contenu est adapté selon le groupe de visiteurs. Cependant, la tournée de l’étable et la visite du musée sont des incontournables. On peut alors admirer les Canadienne qui ont été acquises pour leur rôle historique dans l’industrie de la production laitière. D’ailleurs, les propriétaires sont plutôt fiers de la particularité que cela confère à leur production, une petite note de terroir. Sur réservations, on peut terminer en beauté, avec une dégustation de fromages!

Depuis son ouverture, le Centre d’interprétation de la vache laitière attire une clientèle qui ne cesse de s’accroître. « Je n’ai pas à chercher les clients, ce sont eux qui m’appellent », constate Diane Beaulieu. « Cette année, un nombre record de 11 000 visiteurs a été enregistré et l’année n’est pas terminée! », s’exclame Jean-Noël Groleau. En fait, il remarque que l’ouverture de la Beurrerie participe aussi à ce succès

La Beurrerie du patrimoine
Bien que le Centre fonctionne à plein régime, une réalité frappe le couple Beaulieu-Groleau: la production laitière leur rapportait plus en 1985 qu’au début des années 2000, fait qui se vérifie encore aujourd’hui. « Il n’y a plus rien pour les producteurs, rapporte Diane. Ce sont les distributeurs qui ramassent les profits ». Devant ce constat, ils décident de renverser la situation et se lancent dans une nouvelle aventure qui trouvera son aboutissement dans l’ouverture de la Beurrerie du patrimoine en juillet dernier. Au préalable, Diane Beaulieu a dû suivre trois cours à l’Institut de technologie agricole de Saint-Hyacinthe pour se conformer aux exigences légales qui régissent la transformation dans ce secteur au Québec.

Depuis, ils transforment et vendent leur production à la ferme. « Une formule gagnante tant pour eux que pour le consommateur, estime Mme Beaulieu. Ces derniers, dit-elle, apprécient la fraîcheur et la qualité de nos produits ». À preuve, après seulement cinq mois d’opération, la Beurrerie doit être agrandie pour fournir à la demande.

« Cette qualité, explique Mme Beaulieu, est liée au fait que chez eux, les composantes du lait ne subissent pas de dommages causés par de multiples transports et une pasteurisation à haute température. Chez nous, le lait arrive directement de l’étable à la beurrerie où il est pasteurisé pendant trente minutes à 62,8 degrés Celsius. C’est un procédé qui est long mais qui nous donne un gage de qualité supérieure », assure-t-elle.

Ils ont développé un beurre qui s’inscrit dans la tradition comptonoise, et qui par l’obtention d’une appellation d’origine contrôlée, porte le sceau « Produit du terroir ».

En 1920, le petit village de Compton comptait trois beurreries qui faisaient la fierté des villageois. Avec la Beurrerie du patrimoine, c’est aussi la tradition qui reprend vie. On y trouve aussi un fromage cottage à texture ferme et bien serrée ainsi que des fromages à tartiner bien crémeux dont certains aromatisés aux fruits et au chocolat pour la confection des tartes et des gâteaux.

Pour satisfaire tous les goûts, ils ont acquis un petit troupeau d’une vingtaine de chèvres qui leur permet de produire un fromage à pâte ferme et un crémeux qu’ils vendent nature ou assaisonné. Plusieurs clients font aussi le détour pour y acheter leur crème épaisse à la mode d’autrefois ou simplement le bon lait frais du jour, pasteurisé mais non homogénéisé.

L’Érablicieux
Comme si elle n’en faisait pas assez, Madame Beaulieu confectionne aussi des gelées, des confitures, des confiseries et des chocolats à base de sirop d’érable. On retrouve ces produits sous l’étiquette « L’érablicieux », une autre de leur trouvaille. Les confiseries sont vendues dans de jolies boîtes cadeau faites à la main par Diane, qui encore une fois, prouve son ingéniosité en recyclant des bouts de tapisserie pour les confectionner!

Parmi leurs nombreux projets, l’un d’eux fut de restaurer leur vielle cabane à sucre et d’y aménager une aire pour la transformation. C’est l’un de leurs trois fils qui est responsable d’entailler et de bouillir, nous dit-elle. Comme pour la beurrerie, cela crée de l’emploi. « J’aime beaucoup mieux verser des salaires à mes fils que de payer un réseau de distribution », dit-elle. Ainsi depuis an, quatre emplois ont été créés et même sa belle-s’ur s’est jointe à l’équipe. Aujourd’hui, leurs fils Alex et Patrick travaillent avec eux alors que Sylvain qui est encore aux études, manifeste un grand intérêt pour la régie des champs.

« Cela demande de l’effort, admet Diane Beaulieu, mais au moins, on peut travailler en famille. »

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