Volume 34 Numéro 12, le 17 février 2017

Hélène et Denis Bourdeau, récipiendaire du Prix d’excellence en agriculture Pierre-Bercier


Hélène et Denis Bourdeau recevront le Prix d'excellence en agriculture Pierre-Bercier, le 2 mars prochain à Embrun. Crédit photo: Laurence Bastien/UCFO

Par Chantal Quirion
redaction@journalagricom.ca


Leurs regards se sont croisés dans l’autobus scolaire. Ils étaient adolescents. De cette étincelle allaient naître un couple extraordinaire et trois beaux enfants. Hélène et Denis Bourdeau d’Embrun recevront le Prix d’excellence en agriculture Pierre-Bercier lors d’un banquet organisé à leur honneur le 2 mars prochain à Embrun.

Ce prix décerné par l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) vise à souligner un apport exceptionnel à la communauté agricole franco-ontarienne. Il récompense l’engagement communautaire, le leadership et la contribution à la valorisation de la profession agricole.

Denis Bourdeau de sa voix grave et posée en aurait certainement pour une soirée complète à raconter son cheminement à travers le mouvement coopératif. À l’instar de son père Honoré, pour lui, nul doute qu’il s’agit de la formule privilégiée pour doter l’agriculteur du pouvoir qui lui revient.

« Denis s’est beaucoup impliqué dans le mouvement coopératif. Il voyait son père faire depuis qu’il était tout jeune.  Rendu à l’âge adulte, il croyait que ça apportait beaucoup de bien-être aux familles et que pour les Canadiens français, ça donnait plus d’opportunité et de pouvoir », rapporte son épouse Hélène.

Denis Bourdeau le confirme : « Mon père avait deux religions. C’était un grand chrétien et un croyant en la coopération.  Il a été président fondateur de la caisse populaire (à Embrun) et de la Coopérative agricole. Il disait,  un jour,  notre destinée va être dans nos mains et pas dans celles des commerçants. Je pense qu’on y est aujourd’hui. Notre coopérative d’Embrun nous offre tout ce dont on a besoin. J’ai toujours été financé par la caisse populaire et j’ai toujours mis mon lait à la Fromagerie st-Albert. »

Agriculteur et coopérateur

Malgré les obligations de la production laitière, Denis Bourdeau n’a jamais compté les heures consacrées à cette cause, que ce soit au bénéfice de la Coopérative agricole d’Embrun qu’il a présidé à plus d’une reprise et dont il siège au conseil depuis plus de 27 ans, de la Fromagerie St-Albert dont il a été membre pendant 28 ans et dont il parle toujours avec beaucoup d’émotion, sans compter la coopérative nord-américaine Growmark pour laquelle il siège  au conseil d’administration comme représentant des opérations canadiennes ou de la mutuelle d’assurances Co-operators pour laquelle il œuvre au niveau national depuis huit ans, il s’est toujours porté volontaire.

De son côté, Hélène Bourdeau a pris la maisonnée en main faisant équipe avec son époux.

« Quand il était parti c’est moi qui prenais charge mais ce prix, même si c’était notre façon naturelle de faire, nous fait réaliser que ce que l’on a fait est bien. Il faut dire que la ferme donne quand même une certaine flexibilité et on est chanceux d’avoir eu des employés qui nous ont supportés. Les trois enfants, Thierry, Annick et Raphaël ont beaucoup aidé sur la ferme. »

Mais à leurs débuts, leurs moyens ne leur permettaient pas l’embauche d’employés, cela n’a pas été un obstacle pour autant et d’autres organismes, dont l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) ont bénéficié de la clairvoyance de ce passionné. Pierre Glaude indique qu’alors qu’il était secrétaire général  de l’organisme, Denis Bourdeau a compté parmi les membres les plus fidèles. Il a d’ailleurs été président de l’UCFO avec l’immense défi d’avoir à chausser les souliers laissés vides par le départ prématuré de feu Pierre-Bercier. Il s’acquitta de cette tâche avec brio entre 2007 et 2010 et s’assura d’une relève prometteuse avant son départ. Avec Marc Laflèche pour lui succéder et Simon Durand pour prendre les rênes de la direction générale, il savait qu’il pouvait quitter l’esprit tranquille.

Il a baigné un temps dans le milieu des caisses populaires, en politique municipale pour le village de Russell, entre autres, et continue d’être actif au sein du Club Richelieu d’Embrun. Bref, sa palette est large.

Depuis qu’il a transféré la production laitière à son fils Thierry en 2004 pour se concentrer sur les grandes cultures et que son frère Léonard lui donne un coup de main sur la ferme, il jouit d’encore plus de temps pour ses fonctions d’administrateurs pour Growmark et Co-operators. Avec les déplacements qui sont nombreux, tant aux États-Unis qu’au Canada, cela représente pratiquement un travail à temps plein. Hélène l’accompagne la plupart du temps.

Depuis leurs premières années de vie commune en 1969, Hélène a toujours été le bras droit de son époux, tant pour les travaux sur la ferme que pour l’éducation et les soins à apporter aux enfants, « sa priorité », dit-elle.

« J’étais habituée, j’ai été élevée sur une ferme laitière. Mais ma priorité a toujours été les enfants et je ne le regrette pas. Nous avons trois beaux enfants, tous bien placés dans la vie et je ne suis pas inquiète pour eux. J’en suis fière et très heureuse. Aujourd’hui, j’ai la chance de profiter de mes petits-enfants. »

Pour sa part, très proche de ses parents, Rose et Honoré, Denis Bourdeau a toujours travaillé sur la ferme familiale du rang Ste-Marie, dont il représentait la cinquième génération. S’il fut attiré un temps par la vie de jésuites et les missions à l’étranger que cela pouvait comporter, il accepta toutefois la proposition de son père. Ainsi, la ferme voisine fut achetée et le duo père fils continua l’œuvre de leurs ancêtres. Il en fut ainsi jusqu’au transfert de ferme en 1978. Le troupeau comptait alors une cinquantaine de têtes et on cultivait 400 acres de terre.

Le travail fut facilité avec la construction d’une nouvelle étable pour réunir les deux troupeaux, avant séparés par quelques kilomètres. D’autres terres furent achetées et la ferme prospéra. Les taux d’intérêt de l’époque toutefois imposaient prudence et patiente pour les projets.

« On n’était pas chanceux à l’époque. Les intérêts étaient exorbitants.  Ce n’était pas facile et on ne pouvait pas avoir d’employés. Après que tu as payé des intérêts de fous, tu es toujours craintif que ça peut remonter », raconte Denis Bourdeau.  Il se met toutefois en quête de drainer l’ensemble des terres, une étape qui prit une quinzaine d’années. Il y avait aussi beaucoup de rénovations à faire, amener la conduite pour le lait, construire une fosse à fumier, une remise pour la machinerie et bien d’autres améliorations.

 

« On drainait et on payait. C’était agréable de cultiver avec de bons rendements », poursuit M. Bourdeau. Au début des années 80 il suit des cours d’insémination, ce qui contribuera à l’amélioration du troupeau.

« On était heureux avec ça et on voyait notre fils Thierry grandir et on voyait que c’est ce qu’il voulait lui aussi. »

Thierry qui a étudié au Collège d’Alfred où il a rencontré sa tendre moitié, Michelle Blache, a acquis le troupeau rendu à environ 70 têtes et 200 acres des 500 acres de terre en 2004. Son père se consacre maintenant aux grandes cultures.

« Je n’étais pas un homme à vaches, surtout que j’avais un problème de genoux. De cette façon j’ai eu beaucoup plus de liberté. »

Hélène le surprend alors et veut construire un gîte du passant de catégorie internationale qui sera baptisé La clé des champs. Denis Bourdeau qui n’était pas certain d’apprécier l’expérience au départ s’est finalement laissé séduire, accueillant avec plaisir des voyageurs du monde entier.

« C’est fantastique tu fais le tour du monde assis dans ton salon. Hélène m’a vraiment surpris avec ce projet-là. »

Ils ont donc emménagé dans cette nouvelle et grande maison alors que Thierry a pris possession de la maison ancestrale en brique rouge qui a vu grandir des générations de Bourdeau.

Après dix ans d’opération, Hélène a ralenti la cadence des locations pour avoir davantage le loisir d’être auprès de ses petits-enfants. Elle a toutefois aménagé un petit centre spirituel où se donnent des conférences, des ateliers de méditation et des sessions de massothérapie. Raphaël le cadet est d’ailleurs à compléter sa formation de massothérapeute. Le couple a aussi de beaux voyages à son actif.

« On a une vie bien remplie. Je crois que chaque chose arrive en son temps et qu’à un moment arrive le temps de récolter. Là, c’est ce que l’on fait », conclut Hélène Bourdeau.

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