Le 7 avril 2005

Il faut faire plus que blâmer les Américains !

Par Pierre Bercier, président UCFO


Peut-on blâmer ou reprocher aux Américains de prendre soin de leur agriculture et de prendre tout leur temps pour ouvrir toutes grandes leurs frontières à nos bovins. Certes, ils trouvent tous les prétextes pour contrevenir à chaque jour les ententes qu’ils ont signées mais on doit admirer leur engagement sans équivoque envers leur agriculture.

Pourquoi les gronder, parce qu’eux, ils ont une vision à long terme de leur production agroalimentaire et du développement de leurs régions rurales! Ce qu’il faut faire, tous ensemble canadiens, consommateurs, producteurs et politiciens c’est de les imiter et de se retrousser les manches, de développer une vision canadienne, des stratégies et des plans, d’investir dans notre agriculture et dans nos milieux ruraux. Bref, il faut un engagement clair, et sans équivoque comportant des investissements substantiels et prévisibles à long terme. Tous comme les États-Unis, le Canada doit signaler clairement et de façon tangible à ses agriculteurs qu’il a une vision claire du développement de son agriculture qu’il est prêt à y investir et que les jeunes agriculteurs ne risquent pas de perdre leur chemise ou de gâcher leur vie s’ils décident d’embrasser le métier d’agriculteur.

Il lui faudra aussi faire une saine gestion du territoire agricole comme les Européens le font. Ce sont tous les Canadiens et Canadiennes qui en bénéficieront. Les vieux disaient: « Quand l’agriculture va bien, c’est toute l’économie du Canada qui va bien ».

Bien sûr, on ne peut pas nier que la mondialisation et la libéralisation des échanges sont une tendance incontournable mais force nous est de constater que le jeu des ententes de libre-échange est faussé par des moyens tricheurs et que le Canada et les provinces n’ont d’autres choix à ce moment-ci que de se doter d’une vision et d’un plan beaucoup plus agressif pour sauver son agriculture. On ne peut plus continuer à espérer béatement que nos partenaires commerciaux vont soudainement répondre à nos prières et cesseront leurs subventions et ouvriront leurs frontières.

Les Québécois eux l’ont compris. Depuis 20 ans, ils investissent dans le développement de leur agriculture et aujourd’hui elle se porte mieux que la nôtre en Ontario. Il y a plus de jeunes qui prennent la relève, la moyenne d’âge des agriculteurs est 10 ans plus jeune qu’en Ontario, les fermes sont moins endettées, leurs coopératives sont en bonne santé, ils ont développé de nouveaux produits etc.

Et le programme canadien de stabilisation du revenu agricole (PCSRA) lui ? Rien ! Ça fait deux ans que la crise de l’ESB (vache folle) perdure et le programme n’a pas versé une cenne. Il n’y a rien non plus pour les producteurs de céréales. Ce printemps, 30 % des fermes seront vendues ou seront à vendre, 30 % des terres qui resteront non ensemencées! Contrairement aux années antérieures, ce sont de jeunes fermiers qui délaissent la profession ou encore ce sont des petites fermes qui font encan, même si elles sont bien gérées.

Pendant ce temps dans le dernier budget fédéral il n’y avait rien, rien pour l’agriculture pendant que l’on nage dans des surplus. Quelle honte, quelle insulte envers les ruraux et la classe agricole et envers tous les citoyens qui croyaient que le Canada était « le plus meilleur pays du monde ».

Il a fallu deux manifestations importantes à Toronto et une menace de manifestation monstre à Ottawa pour que le gouvernement canadien débloque un aide d’urgence. Dans les semaines qui suivront, ce que nous revendiquerons pour nos enfants et nos familles à Ottawa par un message clair au gouvernement fédéral, c’est le développement d’une vision et d’un plan pour une agriculture canadienne durable et prospère qui rendront fiers tous les Canadiens.

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