Volume 33 Numéro 22 Le 12 août 2016

Jan-Daniel Etter, comme la vigne il a pris son temps


Jan-Daniel Etter reçoit les visiteurs à son vignoble Clos du Vully à toutes les fins de semaine.

Par Chantal Quirion


Le sourire franc, Jan-Daniel Etter laisse dans son sillage un doux parfum de bonheur. Le vigneron est heureux et cela se sent, ou cela se goûte selon le cas. Une coupe dégustée au vignoble Clos du Vully parlera d’elle-même. Pour le maître des lieux, il s’agit d’un métier, certes, mais surtout d’une grande passion.
« Oui, parfois il fait chaud et oui, il y a des fois où c’est répétitif, mais c’est beau de pouvoir travailler avec la nature? Avec le vignoble, je suis toujours content », indique le principal intéressé en pointant ses 5 000 vignes qui se dressent sur cinq acres.
Escapade champêtre
Situé à Navan en bordure d’Ottawa dans l’Est ontarien, le vignoble Clos du Vully ouvre ses portes au grand public depuis juillet. Jan-Daniel a fini d’aménager la boutique qui sert aussi de salle de dégustation pour ses créations, au nombre de six. La maison offre trois vins rouges, dont un porto, deux blancs, dont un fortifié et un rosé.
La salle de vinification et la boutique logent dans une ancienne étable complètement rénovée par Jan-Daniel, incluant la restauration des plafonds de lambris de bois. Il a comme projet de s’attaquer à une autre aile du bâtiment qui pourrait devenir une salle de réception. Lorsqu’il en ouvre la porte, on comprend quelle détermination il lui a fallu pour arriver à une telle transformation dans la première partie. La tâche sur le futur chantier s’avère colossale, mais le projet est de longue haleine, assure-t-il.
Les femmes de sa vie
Hormis le Marquette, un rouge capiteux tiré du cépage du même nom, tous les vins de Clos du Vully portent un nom de femme. Sur ces étagères trônent ainsi fièrement, Marianne, sa grand-mère paternelle, Marie-Louise, sa grand-mère maternelle, Éliane, sa mère, Caroline, sa sœur et Analie, sa nièce.
« Ce sont les femmes qui ont été les premières à croire en ce projet et à m’encourager. »
Comme ces femmes, Anne Grenon, l’amoureuse de Jan-Daniel lui est d’une aide précieuse et consacre la majorité de ses jours de congé à lui donner un coup de main, à l’exemple d’Éliane qui ne compte pas son temps.
Changement de cap
Si le vignoble prend place sur une ancienne ferme laitière, Jan-Daniel Etter a pour ainsi dire pris racine dans ce secteur de production. Au départ, il se destinait comme son frère Philippe, à prendre la relève de l’exploitation familiale à Sarsfield. Comme plusieurs immigrants européens, ses parents (Pierre et Éliane Etter) se sont installés au Canada en quête de grands espaces pour y pratiquer l’agriculture. De leur fermette en Suisse, ils amenaient avec eux l’expérience du travail de la terre et la détermination propre aux agriculteurs. Leur entreprise laitière et de grandes cultures est aujourd’hui parmi les plus en vue dans l’Est ontarien. Il allait pratiquement de soit que Ian-Daniel en prendrait les rênes. Dans ce but, il a étudié au Collège d’Alfred.
« C’est juste quand est venu le temps de signer les papiers que j’ai réalisé que ce n’était pas vraiment ce que je voulais faire. »
La fibre viticole
Le jeune homme a aussi hérité des gènes viticoles du côté maternel. Sa famille possède un vignoble dans la région de Vully en Suisse où il s’est rendu en 2005 pour être initié aux rudiments du métier.
« Quand mon oncle et mon cousin m’ont invité j’ai tout de suite sauté sur l’occasion. » Il s’y rendra par la suite chaque année jusqu’en 2011. Il sera d’abord affecté aux vendanges pour terminer comme assistant à la fabrication. Dans l’intervalle, il aura suivi des cours à la Haute école de viticulture et d’œnologie Changins, également en Suisse.
« Vully, c’est la région d’origine de mes parents. C’est une toute petite région, mais qui donne des vins de très haute qualité. »
D’où l’idée de baptiser son propre domaine en référence à ce patrimoine qui fait sa fierté.
Les débuts
Depuis les premières expérimentations de cépages en 2008 en passant par la mise en terre progressive des plants entre 2009 et 2011, le nombre de vignes a atteint 5 000 qui occupent près de cinq acres. On y retrouve le Frontenac, blanc, rouge et gris, le Marquette et le Petite perle.
« C’est du travail à temps plein. »
Les premières récoltes en 2011 et 2012 ont été timides, mais ont permis de commencer à travailler sur les assemblages. « Il faut au moins trois ans pour qu’un plan atteigne son plein potentiel. » Puis, arrivées à maturité, les premières cuvées ont commencé à être commercialisées en 2013, en quantité limitée. Il fallait constituer un inventaire pour pouvoir un jour ouvrir les portes.
« Il y a eu raffinement du produit. J’ai appris à mieux sélectionner les raisins et à mieux les utiliser.
Un ami et un mentor
Dès le début, le jeune viticulteur a pu compter sur le savoir-faire et la générosité de Denis Perrault du vignoble Domaine Perrault, à proximité de chez lui.
« Denis c’est mon mentor. Il m’a tout de suite pris sous son aile. » En plus de lui prodiguer ses conseils, M. Perrault a prêté son équipement et permis au nouveau viticulteur d’utiliser ses installations les premières années, sans compter le privilège d’avoir accès à l’expertise de son personnel qualifié. Aujourd’hui, on assiste au retour du balancier et une partie de la production du Domaine Perrault vieillit à Clos du Vully. Plutôt que de se voir comme des compétiteurs, les deux artisans œuvrent à la vitalité du secteur et rêvent d’une route des vins dans la région.
« On a ressuscité l’Association des producteurs de vins de l’Est de l’Ontario », se réjouit Jan-Daniel.
Du raisin sur la planche
Avec une production qui avoisine les 5 000 bouteilles par année, le vigneron a le vent dans les voiles et vise à doubler ce nombre d’ici trois ans. Fort des échanges avec le public, il sent qu’il n’est qu’à l’aube d’une très grande aventure.
« Parmi les commentaires qui reviennent souvent, les gens disent qu’ils sont agréablement surpris. J’essaie d’offrir une palette diversifiée et je suis bien content lorsqu’un visiteur, après avoir goûté, repart avec une bouteille de chacun. Pour moi, c’est un compliment. J’aimerais d’ailleurs développer le volet dégustation. »
Pour l’heure, l’énergie sera consacrée aux vendanges qui arrivent à grands pas.

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