Volume 26 Numéro 07 Le 19 novembre 2008

L’agriculture en mutation au Témiskaming

Par Marc Dumont, collaborateur régional


« Autrefois il y avait 17 producteurs laitiers sur mon rang et maintenant il y en a 4. Et ils produisent à eux seuls plus de lait qu’à 17 », constate Albert Gauthier, producteur laitier de Earlton à la retraite.

À Earlton, les fermes familiales qui sont demeurées en exploitation ont grossi et il y a eu de la relève. Bien que le nombre de fermes laitières ait diminué, il en reste encore plusieurs et elles sont devenues de grosses exploitations. Il n’est pas rare qu’elles possèdent une surface en culture de plus de 1000 acres.

Mais ce n’est pas ce qui s’est passé partout dans l’enclave argileuse.
Plusieurs cantons (Casey, Bretour, Harris, Harley, Kerns) pour n’en nommer que quelques-uns, ont perdu un pourcentage très significatif de leur population.

Pourtant on y retrouve des terres dont le sol n’a rien à envier à ceux de la région d’Earlton. Selon Michel Lachapelle, administrateur de plusieurs cantons à faible densité de population, il y a des raisons qui expliquent que la démographie et l’économie aient évoluées comme elles l’ont fait.

Par exemple dans la région du village de Belle-Vallée (canton de Casey), il y avait beaucoup de petites terres autrefois. Généralement, c’était des fermes laitières. Progressivement les agriculteurs se sont lancés dans la production de boeuf.

Quand la rentabilité de cette production est devenue inconstante, plusieurs sont devenus des producteurs de grains et de fourrages. On le sait, la Nature n’est pas au rendez-vous tous les ans et se lancer dans l’agriculture uniquement comme producteur de denrées alimentaires ajoute à sa précarité et rend l’agriculture moins intéressante pour une possible relève. Et ces petites fermes de 160 à 320 acres sont disparues au cours des années.

Entre temps, il s’est installé une agriculture industrielle au Témiskaming. Pendant un certain nombre d’années, une seule famille ? la famille Koch ? a commencé à cultiver de grandes surfaces.

L’avantage pour les agriculteurs de la région était qu’il était maintenant possible de faire faire du travail à forfait à cause de l’énorme machinerie présente dans la région et de la main-d’oeuvre très qualifiée. Puis sont arrivées les infrastructures d’entreposage. Ce grand agriculteur est également devenu courtier en grains pour les producteurs du Témiskaming.

Depuis, ces grandes entreprises sont passées au nombre de cinq. Une d’elle, Grant Enterprises s’est constituée une énorme banque de terrain. Son propriétaire possède l’usine de bois aggloméré d’Englehart; sa fortune personnelle est immense.

Pour ce qui est de ces terres par exemple, juste dans le canton de Harley, il en possède 1/6, soit 6 milles carrés. Depuis quelques années, il aménage les terres pour en faire de la grande culture. Selon Michel Lachapelle, Grant cesse de louer ses terres et se lance en production agricole l’an prochain.

L’attrait pour les terres agricoles au Témiskaming ne cesse de croître. Il y a des raisons économiques à ça. Des agriculteurs du Sud de la province pouvaient vendre leurs terres à 5000$ l’acre et en acheter à 500$ à 600$ l’acre.

Mais les prix montent vite et certaines terres dans le canton de Bretour se sont vendues pour 2000$ l’acre; on se les arrache. Certains diront même que ce sont des Américains qui commencent à acheter chez nous. Il y a aussi que les changements climatiques encouragent à explorer de nouvelles cultures.

Il est difficile de prédire si l’industrialisation de l’agriculture au Timiskaming est une tendance lourde mais rien n’indique que le cycle s’essouffle.

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