Le 21 avril 2004

L’agriculture ? une entreprise et un mode de vie qui se transmettent

Par Chantal Quirion


Patrick Séguin fait partie de la relève montante en agriculture. Il a décidé de suivre la trace de ses parents, producteurs laitiers, avec qui il s’apprête à entreprendre un partenariat. Photo C.Quirion.

À l’heure où les statistiques affichent une baisse drastique des jeunes en agriculture, voyons de plus près, à quoi ressemble cette espèce en voie de disparition.

Patrick Séguin fait partie de la relève montante en agriculture. Il a décidé de suivre la trace de ses parents, producteurs laitiers, avec qui il s’apprête à entreprendre un partenariat. Impliqué dans son milieu, il occupe la présidence des Groupements de gestion de l’Ontario (GGAO) et se dit intéressé à siéger sur d’autres conseils d’administration.

Âgé de vingt-sept ans, il avoue qu’à l’adolescence, il a été tenté par différentes carrières. Le droit et l’architecture ont exercé sur lui un attrait qui fut vite dissipé à l’idée d’être confiné à l’intérieur.

Natif de l’Est ontarien, il a grandi sur une ferme où dès l’enfance, il a côtoyé les grands espaces, si chers à ses yeux. L’attrait pour l’autonomie est aussi intervenu dans son choix professionnel. « Malgré tout le temps et l’effort qu’il faut investir, c’est un beau métier », admet-il.
À 19 ans, bien décidé à embrasser la profession agricole, il s’inscrit à l’Institut de technologie agricole de Saint-Hyacinthe (ITA). Pendant cette période de trois ans, ses parents, Pierre et Colette, entament le processus d’expansion destiné à pouvoir intégrer Patrick à son retour.

Alors qu’il avait la possibilité d’étudier dans la région, Patrick a préféré s’exiler, sentant le besoin de s’affirmer en dehors du cadre familial. Fort de cette expérience, il revient en 1999, prêt à assumer ses nouvelles responsabilités.

Dès son retour, son père lui délègue la gestion du troupeau, qui compte aujourd’hui soixante-douze vaches en lactation. Chez eux, à la ferme Ricky, de St-Albert, les tâches sont attribuées en fonction des aptitudes et des intérêts. Chacun est responsable de son domaine et la complémentarité des membres, en fait une équipe exceptionnelle. Colette règle la partie administrative, alors que Pierre s’occupe des grandes cultures pendant que Patrick voit à la gestion du troupeau.

Pour la traite, toute la famille s’implique, pendant que Pierre et Colette posent les unités de traite, Patrick pourvoit à l’alimentation. Seule des trois filles à demeurer encore à la maison, Marie-Ève, la cadette, rejoint l’équipe familiale à tous les soirs. Autrefois, c’est en compagnie de ses s’urs Amélie et Valérie qu’elle effectuait ses tâches.

Patrick se sent prêt à prendre la relève. Il dit cependant que s’il en est ainsi, c’est parce qu’il sait que ses parents sont aux alentours. Ses ambitions sont basées sur des valeurs traditionnelles qu’il souhaite perpétuer: fonder une famille et en profiter.

Alors qu’autour de lui, il voit les fermes grossir, il avoue qu’il préférerait ne pas trop investir dans l’expansion qui à ses yeux est synonyme d’endettement. « Je veux vivre de l’entreprise et non vivre pour elle, dit-il. C’est un défi en soi, mais je vais m’appuyer sur l’efficacité et tenter de rentabiliser au maximum nos actifs» conclut-il.

Avec les connaissances qu’il a acquises à l’ITA, jumelées à l’expérience de ses parents, il compte se monter un bon troupeau. Pour lui, c’est une source de fierté, une façon d’être reconnu dans son milieu pour la qualité de son travail.

Pratiquer l’agriculture en conciliant travail, loisir et famille, tel est le défi que Patrick veut relever. Il s’offre encore à l’occasion, les plaisirs d’une descente de piste en planche à neige ou d’une partie de hockey entre amis.

Parallèlement, il entrevoit la possibilité de s’impliquer en milieu scolaire pour combler l’écart grandissant entre le consommateur et le producteur agricole, sujet qui le préoccupe beaucoup.

Transfert de ferme

Au sortir d’une formation de trois jours portant sur le transfert de ferme, Pierre et Colette Séguin n’ont qu’un seul regret, celui de ne pas y être allé avant. Depuis assez longtemps ils savent que Patrick prendra la relève, mais, entre vouloir transférer et savoir comment transiger avec tout ce que cela comporte comme ajustements, il y a un monde! « Nous sommes rendus à l’étape d’être partenaires, dit Colette Séguin, mais lors de la formation il y avait des familles avec des jeunes de quinze et dix-sept ans, et j’avoue que c’est une excellente chose pour aider à la réflexion. Si cela était à refaire, j’y serais allée plus tôt», dit-elle.

Chez eux, le transfert des responsabilités a été graduel. Cela a facilité l’adaptation de chacun et il s’agit maintenant de régulariser officiellement la situation.

Cette session offerte par les Groupements de gestion de l’Ontario, a permis au couple Séguin de se rendre compte que leurs préoccupations sont communes à tous ceux qui entreprennent cette démarche. Un et l’autre disent avoir beaucoup retiré de ce partage.

Selon Patrick, les jeunes se rencontrent régulièrement et discutent de tout cela alors que les parents de façon générale, ont moins d’activités sociales et ne se rendent pas compte que d’autres vivent la même situation. C’est d’ailleurs lui, qui a insisté pour que ses parents y participent.

Tout compte fait, tous trois ont apprécié la formation qui les a aidés à se rapprocher et à mieux définir leurs attentes.

En plus de profiter des conseils des personnes-ressources, la présence de participants rendus à différents stades du transfert, a été des plus instructifs.

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