Volume 29 Numéro 21 Le 6 juillet 2012

L’art d’encanter : une nouvelle école francophone d’encanteurs


Photo courtoisie - G. Bissonnette

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


« Cinq dollars, qui m’offre six, six, qui me donne sept, on me donne huit, neuf, qui dit mieux ? Une fois, deux fois, trois fois, vendu ! » Ce fut dit en une fraction de seconde.

Leurs paroles sont un chant aux oreilles de plusieurs et les écouter est un spectacle en soi. Lorsqu’ils ouvrent la bouche, le temps semble défiler à la vitesse de l’éclair tellement ils parlent vite. Vous aurez deviné, il s’agit bien des encanteurs.

Guy Bissonnette, aussi surnommé Bizz, vient de démarrer son école d’encanteur francophone dans l’Est ontarien. Il s’agit d’une première en Ontario. C’est pour donner la chance aux intéressés d’apprendre les rudiments du métier dans la langue de Molières, dit-il, puisque les seules qui existent n’offrent le cours qu’en anglais.

Ouverte depuis le mois de mars, son école a déjà vu partir sa deuxième cuvée de diplômés. Ses élèves sont venus d’aussi loin que Québec pour apprendre les techniques de vente de ces vendeurs ambulants.

Rudiments du métier
Selon Bizz, il ne s’agit pas que de chanter qui fera d’une personne un bon encanteur. Plusieurs autres qualités sont requises, mais surtout des habiletés. C’est ce qu’il tente d’enseigner à ses étudiants.

Il faut d’abord avoir un excellent sens de l’observation. « Il faut que tu t’aperçoives si le gars est dans sa dernière fois qu’il va bider », explique-t-il dans son jargon.

Et il faut être attentif à plusieurs choses en même temps. Il se plaît à dire qu’«il faut avoir des oreilles tout le tour de la tête » pour devenir un bon encanteur.

Mais, avant tout, la clé du succès selon Bizz est être un bon animateur de foule et un humoriste dans l’âme. «Le chant, tout le monde peut l’apprendre ».

Accident de parcours
Bizz parle de son métier avec passion.

Fils d’un vendeur de machineries dans la petite municipalité d’Alfred, dans l’Est ontarien, c’est en quelque sorte de force que Guy a suivi sa formation. Il y a de cela 32 ans, son père désirait faire un encan de machineries usagées et l’encanteur de la région lui avait chargé si cher qu’il a dit à son fils d’aller suivre un cours.

«Le lendemain de l’encan, mon père est venu me voir et m’a dit tu vas prendre le cours d’encanteur. Je lui ai dit absolument pas! Il m’a dit je ne te demande pas si tu veux le prendre, tu t’en vas le prendre», se remémore Bizz, non sans un brin de gratitude envers son père.

«Ça m’a donné le buzz», raconte-t-il.

Fraîchement diplômé, c’est un vieil encanteur qui l’avait pris sous aile et lui avait offert sa première chance en lui offrant quelques minutes pour vendre des objets de toutes sortes. Puis, peu à peu, il s’est familiarisé avec la profession et a pris de l’expérience.

Il se rappelle avec humour ses premiers encans. « Quand j’ai commencé, au début du printemps, je faisais deux minutes et rendu à l’automne, [le vieil encanteur] faisait deux minutes et moi tout le reste [de l’encan].»

Un métier d’homme ?
Guy regrette de ne pas voir plus de femmes que cela pratiquer le métier. On retrouve sur le marché environ 5 encanteurs pour une encanteuse.

Mais qu’à cela ne tienne puisqu’elles sont encore meilleures que les hommes pour vendre n’importe quoi, selon lui. Lui-même avoue se laisser tenter plus facilement lorsqu’une femme anime un encan.

« Des fois, je suis certain qu’une femme peut obtenir 100$ [pour un article], alors que moi je serais capable de le vendre 80$ », avoue Bizz.

Elles inspireraient davantage confiance, dit-il.

Déclin
Depuis plusieurs années, Guy Bissonnette remarque un léger déclin de la popularité des encans. Comme il dit « ce n’est plus comme autrefois ». La popularité des ventes-débarras et des ventes des objets usagés sur Internet ont changé la mentalité des gens.

Guy croit aussi que la nouvelle génération préfère le neuf. « Les jeunes ne croient plus dans l’usager. Ils n’ont même pas eu de bicycle à pédale usagé. Les jeunes ont été gâtés », confie l’encanteur.

Malgré tout, il soutient que la crise économique a ramené plusieurs anciens habitués dans ses encans.

 

2 réflexions au sujet de « L’art d’encanter : une nouvelle école francophone d’encanteurs »

  1. Manon

    Ce cours m’intéresserait bien, je suis à la recherche d’une nouvelle passion et cela m’interpelle, j’ai aussi regardé l’émission de télé et j’aimerais bien savoir si j’aurais les qualités requises pour ce métier.
    Merci
    Manon

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