Le 20 août 2003

L’art du jugement des animaux d’exposition

Par Josée Sauvé, correspondante régionale


Le Glengarry Holstein Club parraine l’exposition de vaches Holstein évaluées par le juge Gary Jebsen. Photo J.Sauvé.

Williamstown, petit village rural situé à quelques kilomètre au nord-est de Cornwall, a été fier du lancement de la 192e édition de la Foire de Williamstown qui s’est déroulée du 7 au 10 août 2003. Cette foire, décrite comme étant la plus ancienne au Canada, est le cadre de l’exposition de vache Holstein parrainée par le Glengarry Holstein Club.

Plus de 10 exposants de bovins ont présenté leurs vaches pour les soumettre au jugement de Gary Jebsen, juge de la compétition Holstein. M. Jebsen, originaire de Sumberland dans la région d’Oshawa, joue ce rôle depuis déjà 15 ans. «Mon père était juge de compétition, dit-il. Puisque ça m’intéressait, je me suis tout naturellement dirigé dans ce domaine.»

Fils d’agriculteur et lui-même éleveur, Gary Jebsen a acquis cette expérience de plusieurs façons. «J’ai souvent eu l’occasion d’observer mon père lors de compétitions», raconte-t-il. «Aussi, j’ai suivi une série d’ateliers et de cours pour former les juges d’animaux de toutes sortes. Au fil des ans, j’ai atteint les différents échelons pour enfin devenir un juge officiel.»

Devenir juge n’est pourtant pas si facile. M. Michel Guay, juge de compétition de sujets Holstein depuis déjà quatre ans, est originaire de St-Philippe dans le comté d’Argenteuil au Québec. Il explique: «Il faut acquérir le plus d’expérience possible en pratiquant le plus possible. On doit se rendre aux compétitions et exposer ou observer. On doit surveiller la façon dont le juge officiel s’y prend, ce sur quoi il fonde ses jugements et les commentaires qu’il fait à l’endroit des exposants. On doit mettre en pratique ce qu’on apprend dans son propre troupeau. On doit constamment lire des revues et prendre des cours en vue de toujours s’améliorer.»

Tous les juges recherchent des traits semblables pour qu’il y ait de l’uniformité dans les jugements. M. Guay explique: «Les vaches sont jugées d’après sept critères. D’abord, on regarde la charpente et la capacité, soit la profondeur des côtes, la largeur du poitrail, la capacité de manger. Suit le caractère laitier: comment la vache démontre la production, son raffinement, les veines sur le pis et l’abdomen, la texture de la peau. La tendance veut que plus une vache est raffinée, plus elle produit. La croupe est le troisième critère. Si un animal a une belle symétrie, si elle est large et bien inclinée, sa capacité de reproduction et de vêlage en sera facilitée. Le quatrième point observé sont les pieds et les membres. On observe les déplacements de la vache pour voir comment elle porte son poids. Enfin, on regarde l’avant-pis, l’arrière-pis, puis le système mammaire.»

Messieurs Jebsen et Guay s’entendent pour affirmer que le comportement de la vache et le manque d’expérience d’un exposant n’influencent pas le jugement. Dans les mots de M. Jebsen, «un exposant qui ne contrôle pas un animal ne l’amènera pas à une exposition».

Un animal qui est souvent présenté aux expositions s’habitue aux nouvelles odeurs, aux mouvements, au bruit qui entourent un environnement de ce genre. «En effet, ajoute M. Guay, les éleveurs exposant leurs animaux reconnaissent les bêtes ayant les dispositions qui se prêtent bien à l’exposition. Ce bêtes doivent être calmes, avoir une bonne charpente et provenir d’une bonne lignée.»
L’exposition de bovins est non seulement l’occasion pour un éleveur de démontrer son expertise mais peut lui rapporter gros. Meilleur est son troupeau, meilleure sera la production, plus prisées seront ses vaches et leur progéniture, plus fort sera la demande d’insémination de ses taureaux. Bref, un troupeau gagnant apporte de nouvelles sources de revenus.

C’est pourquoi tant d’exposants se préparent durant des années pour exposer leurs animaux. «Beaucoup de travail est fait dès le plus jeune âge d’un animal prometteur, dit Michel Guay. On doit dompter un animal, jouer avec lui, le laver et le tondre.»
Bien que chaque juge doive juger avec une certaine conformité, reste que certains attachent plus d’importance à un aspect qu’à un autre. «Je cherche surtout une vache ayant une bonne charpente, grande, longue et plus large», admet M. Jebsen. «J’ai l’image de la vache idéale en tête. Je choisis la vache gagnante qui se rapproche de cet idéal.»

M. Guay, quant à lui, accorde plus d’importance au potentiel de production. «J’observe d’abord le caractère du pis, puis je donne autant d’importance aux pieds et membres qu’à la charpente et la capacité, enfin je juge la croupe.»

«Une des choses moins tangibles que l’on juge est le style et le flash», ajoute Michel Guay. « Je décris le style comme étant une vache raffinée qui pèse 2000 livres et qui le porte avec grâce et élégance. Le flash pour moi est son apparence. Le blanc de la vache doit être pur et le noir bleuté. Il ne faut pas oublier qu’un jugement est toujours porté en fonction des autres vaches exposées. On choisit la meilleure de toutes, celle qui se démarque.»

«En portant un jugement, on prête flanc à la critique. Il nous faut un bagage de connaissances bien établi, acquis en travaillant et en visitant pour pouvoir justifier nos décisions et démontrer nos raisons. On apprend de ses erreurs et on apprend vite, ce qui ne veut pas dire que j’ai commis beaucoup d’erreurs. Et ce jugement vient avec l’expérience.»

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