Volume 35 Numéro 10 Le 19 janvier 2018

La crise du verglas : du stress et des cheveux blancs compensés par l’entraide


La crise du verglas en 1998 a mis la résilience des agriculteurs est-ontariens et de d'autres au Québec, à l'épreuve.

Par Chantal Quirion


Les agriculteurs de l’Est ontarien ne se souviennent que trop bien de la crise de verglas qui a boulversé leur quotidien, il y a 20 ans maintenant. Certains ont été privés d’électricité pendant plus de vingt jours, sans parler de tous les inconvénients liés à l’état des routes et des nombreux arbres et  poteaux électriques jonchant la chaussée dans les régions touchées par ce que plusieurs qualifient comme l’une des plus grandes catastrophes naturelles dans l’histoire canadienne.

« Une des tempêtes les plus destructrices et les plus gênantes de l’histoire du pays s’abat sur l’est du Canada, affectant quatre millions de personnes et coûtant trois milliards $. Parmi les pertes, on compte des millions d’arbres, 130 tours de transmission et 120 000 km de lignes d’électricité et de téléphone. Les pannes d’électricité ont duré entre plusieurs heures et quatre semaines », conclut Environnement Canada en titrant cet épisode «  La tempête de verglas du siècle: du 4 au 9 janvier 1998.

Faire la traite, refroidir le lait, pomper l’eau ou effectuer quelques tâches que ce soit de la routine régulière s’avère alors un vrai cauchemar pour les producteurs laitiers.

« Entre le 4 et le 10 janvier 1998, certaines zones de la vallée du Saint-Laurent depuis Kingston jusqu’aux Cantons de l’Est du Québec reçoivent jusqu’à 100 mm de granules de glace et de pluie verglaçante, ce qui représente plus que le double de la précipitation glacée annuelle normale de ces régions. La tempête cause jusqu’à 35 morts et 945 blessures, en plus d’occasionner le déplacement temporaire de 600 000 personnes. Plusieurs routes sont fermées et des pannes d’électricité majeures se produisent, coupant le courant de presque 1,4 million de clients au Québec et plus de 230 000 dans l’est de l’Ontario », rapporte pour sa part  l’Encyclopédie canadienne.

La situation n’est pas plus facile pour les producteurs d’œufs et de poulet.

« Ma mère (Yollande Laviolette) a survécu à deux incendies à la ferme et à la crise du verglas », mentionne Marcel Laviolette, producteur d’œufs à St-Isidore. Ce dernier n’hésite pas à cataloguer la crise du verglas comme l’une des épreuves majeures qui ont marqué l’histoire de sa famille et de sa région.

Les propriétaires de boisés et les acériculteurs de l’Est ontarien se désolent quant à eux de l’ampleur des dégâts. Rappelons que l’armée canadienne a dépêché plusieurs de ses membres pour aider à dégager les lieux sinistrés et pour s’assurer de la sécurité de la population.

L’avant et l’après-crise

Depuis cette tempête de verglas, les exploitations agricoles se sont dotées de génératrices capables de rencontrer l’ensemble de leurs besoins. Il en allait autrement en 1998 alors que semblable situation n’était jamais survenue.« Plusieurs génératrices n’étaient pas autonomes. Il fallait les brancher sur la prise de force du tracteur.  Mais cela n’est pas fait pour fonctionner 24 heures sur 24 », relate Pierre Glaude qui était alors secrétaire général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) et à la tête du journal Agricom.

Il explique aussi que l’usure d’un tracteur ne se mesure pas en kilomètres parcourus, mais en heures d’utilisation. Pour plusieurs la durée de vie de leur véhicule de prédilection s’en est trouvée largement amputée.

Témoin et acteur de premières lignes, Pierre Glaude soutient que cette période a été un vrai casse-tête pour plusieurs agriculteurs qui devaient faire fonctionner leur équipement en alternance : un moment pour la traite, un autre pour refroidir le lait et ainsi de suite. Une fois l’ouvrage fini, il ne restait plus beaucoup d’heures pour la maisonnée, ceci sans compter qu’en plusieurs endroits les voisins se partageaient une seule et même génératrice, décalant les heures de traite entre les fermes. Dans les premiers instants de la crise, la demande pour les génératrices surpassait l’offre.

D’autres agriculteurs se sont trouvés sans ressource ou sinon inadéquates.

« Certains avaient des génératrices, mais pas tous. D’autres en avaient de petites. Au fur et à mesure que le troupeau grossissait, ils (les agriculteurs) ne pensaient pas nécessairement à grossir (le système de production électrique d’urgence). L’autre problème c’est que certaines n’étaient pas entretenues », commente encore, M. Glaude. Il se souvient entre autres, d’un agriculteur en tout point exemplaire à qui il a pourtant fallu que cette situation d’urgence survienne pour qu’il réalise que sa génératrice avait été endommagée par les souris, constat peu agréable en les circonstances.

Malgré le stress et l’épuisement au sein de la communauté est-ontarienne pour cette province, puisque le Québec n’a pas été épargné,  cet épisode demeure un exemple de solidarité.

« Il y a eu un grand élan de solidarité. Les  agriculteurs dans le Nord ont prêté leurs génératrices.  Ils en ont envoyé des camions pleins. Il en venait aussi des États-Unis », continue M. Glaude en saluant l’initiative de membres de l’UCFO comme  Albert Gauthier ou Louis Éthier qui ont organisé plusieurs de ces convois. Les agriculteurs solidaires ne demandaient aucune garantie. Ils inscrivaient simplement leur nom et leur adresse sur les appareils prêtés, faisant confiance à ceux qui en bénéficieraient pour leur retourner éventuellement.

Pertes de revenus

Outre les inconvénients liés à cette panne majeure d’électricité, l’impraticabilité des routes a ajouté aux déconvenues des agriculteurs.

« Il est arrivé que les producteurs aient dû jeter leur lait parce que le camion ne pouvait pas collecter », se souvient encore M. Glaude en soulignant que l’impact sur les vaches a aussi affecté le rendement même après le retour à la normale.

Pour plusieurs ces souvenirs s’apparentent au mot cauchemar, mais les agriculteurs sont habitués de jongler avec la météo.  Ils en ont vu d’autres. Cette fois-ci toutefois, Dame Nature les a mis à rude épreuve.

Lors de la crise du verglas en 1998, le gouvernement provincial du Parti progressiste-conservateur a émis un fonds d’urgence pour subvenir aux besoins des agriculteurs. On voit ici, une rencontre prévue à cet effet en compagnie du député Noble Villeneuve.

À l’époque, le gouvernement provincial alors aux couleurs du Parti progressiste-conservateur a émis un fonds d’urgence pour les soutenir. Pierre Glaude se souvient tout autant des efforts déployés par le personnel du ministère de l’Agriculture de l’Agroalimentaire et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO) au bureau d’Alfred, au centre de cette frénésie, qui a déployé toute son énergie pour combler les besoins en génératrices.

Cette crise a été éprouvante certes, mais s’avère encore aujourd’hui un témoignage vivant de l’entraide qui prévaut au sein de la cette communauté tissée serrée.

 

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