Le 21 août 2002

La ferme d’alpagas Windy Pastures : Tournée vers l’avenir

Par Étienne Alary


Margaret Brunet estime que la saison estivale ne met pas en valeur la beauté de l’alpaga, étant donné que celui-ci est tondu au printemps.

Si au début des années 1990 on avait dit à Margaret Brunet que le nouveau millénaire serait synonyme de campagne, d’agriculture et d’alpagas, celle-ci aurait probablement pris le tout avec un grain de sel. Pourtant, douze ans plus tard, ce n’est pas à Montréal qu’Agricom a rencontré Margaret Brunet mais bien à Dunvegan, sur sa ferme d’alpagas qu’elle et son conjoint (Abel Ferreira) ont nommé Windy Pastures.

«Jusqu’en 1994, mon mari et moi vivions à Montréal. Cependant, je crois que nous étions prêts pour un changement, une nouvelle aventure. C’est pour cette raison que nous sommes déménagés, au courant de cette année, dans l’Est ontarien», mentionne Margaret Brunet.

Ils achètent, à l’époque, une petite ferme dans la région de Maxville. «Quand nous avons fait l’acquisition de cette petite ferme, nous avions en tête l’idée d’avoir un petit élevage. Comme un peu tout le monde, nous avons commencé par élever des canards, des oies et quelques moutons», souligne Mme Brunet.

Cette dernière ajoute que ces premières expériences en agriculture n’ont pas été concluantes. «Il ne faut pas oublier qu’avant tout, nous étions des gens de la ville qui arrivaient en campagne. Nous avions donc cette mentalité qui trouvait impensable l’idée d’élever des animaux pour ensuite les abattre l’automne venu», affirme Margaret Brunet.
Le couple Brunet-Ferreria se met donc à la recherche d’une nouvelle aventure agricole. «Plusieurs idées nous sont venues en tête. Par exemple, nous avons songé à l’industrie laitière mais la ferme que nous possédions à l’époque était trop petite. De plus, il est irréaliste pour deux personnes de commencer à zéro dans l’industrie laitière. Cela est bien trop dispendieux», lance Margaret Brunet.

C’est en 1996 que la chance leur sourit. «Nous avons mis la main sur une revue qui traitait de l’élevage d’alpagas au Canada. Cet animal nous a fascinés dès le départ», déclare Mme Brunet.
Abel Ferreira et Margaret Brunet entament donc les recherches nécessaires pour se procurer leurs premiers alpagas. C’est dans la région de Crysler qu’ils ont finalement acheté leurs trois premiers alpagas. «Nous voulions commencer tranquillement et progresser à notre rythme. C’est pour cette raison que nous n’avons acheté, de la ferme Hidden Pasture Ranch, qu’un mâle et deux femelles», indique Margaret Brunet.

Une nouvelle ferme!

L’entreprise a rapidement pris de l’expansion. «La ferme à Maxville est devenue trop petite. Nous avons donc entamé des recherches pour trouver une ferme qui répondrait mieux à nos besoins», explique Margaret Brunet.

Au début de l’année 2000, à l’est de la route 24 à Dunvegan, le couple Brunet-Ferreira a trouvé la ferme parfaite pour eux. «Le terrain, qui compte près d’une centaine d’acres, et les bâtiments de ferme étaient ce qu’il nous fallait. Nous avons pu aménager la grange comme nous voulions. Il nous reste juste un peu de travail à faire au niveau des terrains», fait remarquer Margaret Brunet.
La ferme Windy Pastures compte aujourd’hui quelque 34 alpagas. «Nous sommes en pleine période des naissances. Notre cheptel augmentera donc au cours des prochaines semaines», énonce Mme Brunet. Même si plus de 15 crias (nom désignant les bébés alpagas) sont attendus, les propriétaires de Windy Pastures ne comptent pas augmenter leur troupeau à moyen terme. «Nous préférons nous concentrer sur la qualité de notre troupeau plutôt que de l’augmenter. C’est pour cette raison que nous avons fait l’acquisition tout dernièrement d’un nouveau mâle qui vient de l’Ouest canadien. Nous voulons accroître la génétique du troupeau et nous sommes persuadés que nous y arriverons en amenant, à tous les deux ans, du sang neuf», explique Mme Brunet.

Une industrie en pleine expansion

Si on se fie aux dires de Margaret Brunet, l’industrie de l’alpaga, inexistante au Canada avant 1984, continuera à croître au cours des années à venir. «On estime à 13 000 le nombre d’alpagas au Canada et à plus de 33 000 aux États-Unis et ces nombres continueront d’augmenter», prétend-t-elle. «Plus de gens s’intéressent aux alpagas car on en parle de plus en plus. Avant 1994, on ne voyait jamais d’alpagas aux foires ou aux expositions et là on commence à en voir», lance Margaret Brunet.

Selon Mme Brunet, un facteur important qui a joué dans la balance a été le changement de mentalité des gens face à ce camélidé. «Dans le milieu des années 1990, lorsque les gens voyaient des alpagas dans des foires, leur perception était que l’alpaga ressemblait à un petit animal de zoo qu’on pouvait cajoler et contempler. Depuis les trois dernières années, on remarque que les visiteurs ont changé leur mentalité vis-à-vis l’alpaga. Ils posent plus de questions et ils veulent de l’information sur l’alpaga», précise l’agriculture de Dunvegan.

Vive l’Internet

Un autre élément qui contribue grandement à la promotion de l’industrie est sans contredit l’Internet. «Aux États-Unis, il se fait beaucoup plus de promotion de l’alpaga, notamment à la télévision. Dès qu’il y a un blitz de promotion, on le voit immédiatement car les Américains font des recherches sur Internet. Étant donné que nous avons notre propre siteInternet (www.windypastures.ca), nous recevons des appels de gens voulant de l’information», indique Margaret Brunet en ajoutant que «l’Internet est vraiment un outil extraordinaire».

Si la promotion est accrue aux États-Unis, elle se fait plutôt timide au Canada. «Nos associations n’ont pas les mêmes ressources que les associations américaines. C’est pour cette raison que les producteurs maximisent le plus possible l’utilisation de l’Internet», avance Mme Brunet. La cybernétique permet aux producteurs de l’Ontario de mieux communiquer avec leurs collègues.
«L’industrie de l’alpaga se porte très bien dans l’Ouest canadien. En Ontario et plus précisément dans la région de l’Est ontarien, on voit, d’année en année, de plus en plus de producteurs d’alpagas mais il n’y en a pas énormément. Il ne faut pas oublier que la région de l’Est ontarien est, avant tout, une région de production laitière», fait-elle remarquer.

Pourquoi l’alpaga?

Qu’est-ce qui pousserait une personne qui possède quelques acres de terrain à se lancer dans la production de l’alpaga? «Tout d’abord, l’alpaga est un animal qui est facile à élever. Il ne demande pas énormément d’attention. Un couple peut facilement se permettre de posséder quelques alpagas tout en continuant à travailler à l’extérieur», soutient Margaret Brunet en citant l’exemple de son conjoint qui n’a jamais abandonné son travail dans le domaine de l’informatique.
La copropriétaire de Windy Pastures estime qu’il y a trois options qui s’offrent à un éventuel producteur. «Les personnes qui veulent acquérir des alpagas doivent au préalable déterminer ce qu’ils veulent faire de l’animal. Tu ne payeras pas le même prix pour un alpaga si c’est uniquement pour le plaisir de la chose que si c’est pour vendre la toison de l’alpaga ou encore pour élever les crias pour ensuite les revendre à un autre producteur», déclare Margaret Brunet.

Cette dernière croit que les trois options ont leur place sur le marché. «Il y en a plusieurs qui se procurent quelques alpagas pour leur propre plaisir, ils ont un ou deux acres de terrain et ils veulent y mettre des alpagas», indique-t-elle en ajoutant que ces personnes ne payeraient pas le même prix que ceux qui désirent se consacrer à la fourrure de l’animal ou à la production.

Pour ce qui est de la transformation de la fibre naturelle que produisent les alpagas, les producteurs peuvent bénéficier des services d’une coopérative. «La Canadian Camelid Fibre Co-operative a vu le jour en 1999. Une fois que nos alpagas sont tondus, nous avons juste à leur envoyer la fibre recueillie par la poste avec notre commande. Cette coopérative se charge de fabriquer pour nous ce que nous voulons, que ce soit des bas, des mitaines, des chandails, des couvertures ou autres», énumère Mme Brunet.

Si on se fie aux propos de Margaret Brunet, cette coopérative est là pour rester. «Elle est essentielle pour les producteurs d’alpagas. L’an dernier, j’ai obtenu 94 livres de laine d’alpagas. Je ne me voyais pas être obligée de transformer toute cette fibre textile moi-même. J’aime bien m’en garder un peu pour le faire à temps perdu mais j’apprécie grandement, comme plusieurs producteurs d’ailleurs, la présence de cette coopérative canadienne», souligne Mme Brunet qui ajoute que les producteurs auraient toujours la possibilité d’envoyer le tout aux États-Unis.

Tournée vers l’avenir

Maintenant qu’ils sont bien installés sur leur nouvelle ferme avec un troupeau bien établi, Margaret Brunet et Abel Ferreira peuvent se permettre d’y aller à fond avec la promotion. «Nous sommes impliqués dans plusieurs associations, telles que l’Association ontarienne des camélidés et l’Association canadienne des éleveurs d’alpagas», mentionne Margaret Brunet.

Les propriétaires de la ferme Windy Pastures figurent parmi les 15 éleveurs d’alpagas de l’Ontario qui ont fondé, tout récemment, l’Association ontarienne des alpagas. «Étant donné que l’industrie de ce camélidé prend de l’ampleur, une avons pensé qu’une association propre à nous serait la bienvenue. Le mandat premier de cette nouvelle association en est un d’éducation envers le public en général. Il faut continuer à mieux faire connaître l’alpaga», affirme Margaret Brunet.
Au niveau promotionnel, la ferme Windy Pastures est de plus en plus présente parmi les attraits touristiques de la région. Cette ferme a notamment fait partie du circuit Agri-Tour l’an dernier. Margaret Brunet était présente à quelques foires agricoles de la région et on retrouve également cette ferme dans le guide touristique de la Vallée du bas de l’Outaouais développé par la Chambre économique de l’Ontario. «La promotion est la clé. Tous ces petits gestes nous permettent de nous faire connaître», conclut Margaret Brunet.

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