Volume 28 Numéro 13 Le 2 mars 2011

La ferme télécommandée

Par André Dumont, collaborateur
info.agricom@lavoieagricole.ca


Grâce à la magie d’Internet et des téléphones intelligents, plus besoin d’être sur place pour gérer sa ferme!

Assis dans le lobby d’un hôtel de la République dominicaine, Guillaume Daoust fait glisser ses doigts sur son iPod Touch. Le voilà en train de surveiller ses robots de traite et laisser des messages sur l’ordinateur de la ferme, 2500 km plus loin.

À 27 ans, Guillaume Daoust fait partie d’une génération de producteurs pour qui l’agriculture, la technologie de pointe et les loisirs font partie du quotidien. Avec son frère Martin, 31 ans, il exploite un troupeau d’environ 80 vaches en lactation à Saint-André-d’Argenteuil, au nord de Montréal

Depuis le printemps 2010, Guillaume et Martin font traire leurs vaches par deux Robotléo, ces robots pour vaches attachées. Ils ont aussi fait installer le robot d’alimentation DEC+ de Rovibec. Ces trois automates sont reliés à l’ordinateur de la ferme, auquel Guillaume a accès de n’importe quel endroit où un signal Wi-Fi lui permet de se brancher à Internet.

« Un jour, j’étais chez ma copine en train de regarder un film, raconte Guillaume. Ma mère était à l’étable et il fallait programmer le robot de traite pour qu’il reconnaisse une vache qui venait de vêler. En utilisant mon iPod, j’ai pris contrôle de l’ordinateur de la ferme et je lui ai montré comment faire. »

Au Canada, rares sont les agriculteurs qui profitent des technologies disponibles pour suivre leur ferme sur un ordinateur portable ou un téléphone intelligent, pour prendre des décisions et télécommander des robots ou autres contrôles. Les posssibilités sont pourtant nombreuses.

Des fabricants d’ici et d’ailleurs proposent de suivre et contrôler à distance la ventilation, le chauffage et l’alimentation dans les bâtiments agricoles. Le volume de grain dans les silos et les taux d’humidités peuvent se lire en temps réel sur un appareil Blackberry ou iPhone.

En production laitière, toutes les fonctions des robots de traite sont accessibles à distance. Dans le confort de sa maison, un producteur peut détecter une mammite en analysant les données de conductivité du lait, ou détecter une chaleur imminente et demander au robot de diriger la vache vers un autre enclos une fois sa prochaine traite terminée.

En France, la société Amélis fabrique un thermomètre vaginal qui informe le producteur de la température de l’animal deux fois par jour, par un message texte sur son cellulaire. À la rupture des eaux, le thermomètre est expulsé et le producteur est aussitôt prévenu que le vêlage a débuté.

Aux États-Unis, plusieurs entreprises proposent de l’information en temps réel sur les cours des grains, sous forme de courts textes ou graphiques envoyés sur un téléphone intelligent. En mai dernier, l’Alberta Canola Producers Commission a lancé une version mobile de son site Internet, permettant à ses membres de suivre sur leur téléphone intelligent le prix des contrats à terme de canola, qu’ils soient au champ, à la maison ou à l’étable.

 

Volaille et porc

Thevco Électronique, à Saint-Hubert, sur la rive-sud de Montréal, se spécialise dans l’installation de contrôles dans les bâtiments d’élevage et le traitement de l’information générée. Des modules sont disponibles entre autres pour la ventilation, l’éclairage, le chauffage, l’alimentation et le poids des animaux.

Tous les modules installés sur le site d’une ferme avicole ou porcine sont reliés à la A-Box, qui traite l’information et la rend disponible au producteur via Internet. À partir de n’importe quel ordinateur relié au Web, le producteur peut suivre sa ferme en direct, diagnostiquer un problème et analyser, par exemple, la courbe de croissance de ses poulets.

« Un producteur peut savoir combien de moulée les poulets ont mangé, combien il en reste dans le silo et quelle est l’uniformité de poids dans son lot », illustre Sébastien Dion, représentant des ventes chez E2E Résolutions, une division de Thevco. Les systèmes peuvent signaler immédiatement une baisse de consommation d’aliments ou d’eau et aider à prévenir un retard de croissance ou le développement d’une maladie.

Avec des cycles d’aussi peu que 35 jours, les producteurs avicoles doivent pouvoir réagir vite si un problème suvient, explique Sébastien Dion. « Au lien d’attendre à la fin du lot et d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, le producteur peut être proactif et prévenir une situation qui pourrait lui faire perdre de l’argent. »

 

De la Beauce aux Pays-Bas

L’accès à distance ne facilite pas la tâche qu’au producteur. La Ferme Labbé, à Saint-Odilon en Beauce, compte sept robots de traite Lely. Grâce au logiciel TeamViewer, le nutritioniste de La Coop fédérée Philippe Couture a accès en direct aux données générées par le logiciel T4C de Lely sur l’ordinateur de la ferme. En suivant la production de lait à distance, il peut formuler des recommandations pour l’alimentation.

Guillaume Peters, représentant Lely pour l’est du Canada, se branche régulièrement sur l’ordinateur de la Ferme Labbé pour offrir de la formation à des vétérinaires ou des détaillants Lely.

Quand un problème technique complexe est survenu avec les robots, c’est directement depuis les Pays-Bas qu’il fut résolu. « En raison du décalage horaire, ils ont accédé à mon ordinateur pendant la nuit, raconte Louis Labbé. Le lendemain matin, tout était réglé. »

Tous les soirs, à la maison, Louis Labbé se branche sur Internet pour voir si une vache requiert une attention spéciale. « Je pourrais être au Mexique et me connecter sur ma ferme. Mais aujourd’hui, les robots ne me rendent plus du tout nerveux. Quand je prends des vacances, c’est pour décrocher complètement », dit celui qui exploite la ferme familiale avec son frère Charles et son père Étienne.

Pour sa part, Guillaume Daoust reconnaît que surveiller ses deux Robotléo depuis la République dominicaine relevait plus du divertissement que du travail. N’empêche, toutes ces technologies ajoutent du plaisir et une certaine liberté au métier de producteur laitier.

« Nous avons du plaisir à venir à l’étable, mais nous ne voulons pas y passer notre vie, dit son frère Martin. Nous sommes deux sportifs et nous voulons avoir du temps pour les loisirs et pour élever une famille. »

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