Volume 27 Numéro 01 Le 19 août 2009

La Foire gourmande du Nord-Est: un succès oui… mais!

Par Marc Dumont, collaborateur régional - Nord de l'Ontario


Des viandes abattues dans un abattoir ontarien de classe provinciale ont été interdites d’accès à la Foire gourmande, qui se tenait à Ville-Marie, de l’autre côté québécois. Photo M.Dumont.

Les 14, 15 et 16 août derniers, avait lieu la 8e Foire gourmande de l’Abitibi-Témiskamingue et du Nord-Est ontarien à Ville-Marie, au Québec. Problème de taille cette année, des viandes ontariennes sont bannies du côté québécois parce qu’abattues en abattoir provincial.

L’événement grossit chaque année, presque victime de son succès. Pour accommoder la foule de quelque 35 000 personnes, on avait monté un énorme chapiteau devant le lac Témiskaming.
Encore un franc succès.

Viandes de l’Ontario interditesMais cette année, un nuage a plané sur l’événement. Certains producteurs de l’Ontario ont été frappés d’un interdit. Ce sont les producteurs de viande qui se sont vu refuser l’accès à la Foire en raison du règlement qui défend de vendre dans une province de la viande qui n’est pas passée par les abattoirs de cette province.

En effet, bien qu’à l’occasion des sept premières foires, les producteurs de viande de l’Ontario avaient obtenu une exemption de trois jours, cette fois-ci l’inspecteur du Québec a été d’une inflexibilité implacable. L’intervention des producteurs, des organisateurs de la foire et des politiciens n’ont pas eu raison des autorités du ministère de l’Agriculture du Québec.

Les trois producteurs impliqués sont Pierre Bélanger avec le bison, Elk Lake Eco Lodge avec le « bœuf en or » et un producteur de wapiti de l’Île Manitoulin.

Pour qui connaît bien Pierre Bélanger, il avait de la difficulté à retenir sa colère. Il est un des organisateurs de la première heure de cet événement touristique et c’est un ardent défenseur des produits régionaux.

Il en a eu la surprise par courriel le lundi avant l’ouverture de la foire. Malgré ses appels, l’inspecteur a dit « Non! » et que le règlement est le règlement: il n’admet aucune mesure de souplesse ou de dérogation possible. Et cela même s’il n’est pas question de vente de viande mais simplement de dégustation.

C’est que c’est un nouvel inspecteur. Celui de l’an dernier est maintenant à la retraite. N’empêche qu’il exerçait un choix discrétionnaire et reconnaissait l’importance de la Foire gourmande pour la mise en valeur des produits régionaux et pour son succès auprès des populations des deux provinces.

Après tout, la Foire gourmande est une fierté régionale, un événement monstre qui a le soutien populaire. Les gens aiment cet événement incontournable axé sur la découverte des produits régionaux de qualité.

Pour Elk Lake Eco Lodge, l’ironie vient du fait qu’il a remporté le prix du choix du public à la foire de l’an dernier. Puis son produit est le « bœuf en or » est un bœuf élevé sans antibiotiques ou hormone de croissance.

Ce nouveau produit est le fruit de la recherche qui a impliqué un partenariat entre l’Université du Québec en Abitibi-Témiskamingue, les fermes expérimentales de New Liskeard et de Kapuskasing ainsi que de producteurs bovins des deux provinces: un modèle de coopération interprovinciale, quoi!

Enfin le producteur de wapiti de l’île Manitoulin devait servir son produit lors du grand souper gastronomique du samedi.
Là où le bât blesse, c’est qu’il n’est nullement question de salubrité ou de protection du consommateur, insiste Pierre Bélanger; c’est l’éternelle question des barrières interprovinciales qui sont un frein à la mobilité des produits.

« Le Canada vient de signer une entente de libre échange avec le Panama et je ne peux même pas me rendre à 30 km avec mon produit. C’est la même chose pour un producteur de saucisses de Ville-Marie qui ne peut pas vendre en Ontario », clame-t-il.

« Si un produit est acceptable pour les Ontariens, il ne le serait pas pour les Québécois’ »

À l’ouverture de la Foire, même les politiciens étaient gênés et certains parvenaient mal à cacher leur colère devant un règlement qui va à l’encontre de l’intérêt des citoyens.

Enfin pour Pierre Bélanger, toute la question des interdits imposés par les règlements sur la mobilité de la viande relèvent presque de l’idiotie. Il y a des abattoirs dans le Nord de l’Ontario mais les producteurs de bœuf du Québec doivent faire abattre leurs animaux dans la région de Montréal et le transport est subventionné.

L’Ontario a ce même genre de réglementation. Pourtant les mesures sanitaires des abattoirs provinciaux à travers le Canada sont sensiblement les mêmes et ressemblent étrangement à celles des abattoirs fédéraux.

Alors, pourquoi ne pas harmoniser la réglementation pour favoriser les petits producteurs régionaux?

Serait-ce que la situation actuelle favorise les très grands transformateurs de viande du pays qui perdraient une part de leur marché?

Quoi qu’il en soit, Pierre Bélanger s’explique mal que les ministères provinciaux de l’Agriculture n’aient pas encore eu la volonté politique de se pencher sur un problème qui permettrait un plus grand essor économique dans les régions qui en ont bien besoin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *