Technologie agricole

La pomme postmoderne


SoniaFournier

Par Sonia Fournier
Collaboratrice
info@journalagricom.ca


Elle a traversé les millénaires et l’histoire. La pomme possède un certain caractère mystique. Elle représente le fruit défendu, d’abord proposé par Adam et croqué par sa douce Ève. Elle nous ramène aussi à un point culminant d’un conte de notre enfance, celui de Blanche-Neige qui croqua la pomme empoisonnée de la vieille sorcière frustrée et jalouse.

Un nouveau chapitre du grand livre de la pomme s’écrit et il s’appelle Arctic. Le gène qui fait brunir la pomme a été enlevé par l’ingénierie génétique pour la créer. Récemment homologuée par les autorités nord-américaines, elle sera bientôt dans nos confitures, nos tartes et chatouillera nos papilles.

Une pomme postmoderne est née.

Produire ou ne pas produire

Les deux copropriétaires de la Ferme l’Artisan (anciennement Riceville Fruit Farm) Mireille Leroux et Audrey Lizotte n’ont pas l’intention de produire la pomme Arctic seulement disponible en variété Granny Smith ou Golden.

« La clientèle ne la demande pas et on n’y voit pas d’avantage. La génétique de cette pomme coûte plus cher que des pommes dites ordinaires, ce ne serait pas rentable pour nous », explique Mme Leroux. Les projets d’affaires de cette pomiculture se concentrent sur les variétés anciennes et des pommes pour la production de cidre frais et du cidre alcoolisé pour l’avenir.

Un sondage maison éclair effectué auprès de quelques personnes ressemble à la conclusion des propriétaires de la Ferme l’Artisan. Près de six personnes sur dix sont réticentes à consommer cette pomme génétiquement modifiée.

Utile pour le secteur de la transformation

Selon Mireille, c’est un produit qui vise plutôt les pomiculteurs commerciaux qui fournissent les grandes chaînes de restauration et les usines de transformation des aliments. Par exemple, McDonald pourrait y être intéressé parce que cela éviterait d’utiliser des produits chimiques pour empêcher le brunissement dans les sachets de pommes pré coupées.

La pomme Cortland offre déjà à un certain degré cette caractéristique de non-brunissement. Elle est recherchée pour la confection de tartes ou autres types de desserts qui mettent en évidence la pomme. L’Arctic pourrait donc répondre à cette demande du marché. Pour ceux et celles qui préfèrent la croquer fraîche avec un grain de sel ou pas, la pomme OGM anti-brunissement est sans conséquence.

Suivant la réflexion de la pomicultrice de Riceville, l’Arctic ne représente pas une menace pour la production. D’autres dossiers ternissent l’image de la production de pommes, encore plus que la pomme génétiquement modifiée. « L’utilisation massive d’insecticides pour produire des pommes parfaites recherchées par le consommateur qui est de plus en plus exigent, est plus dangereux que la pomme Arctic ».

Issues de l’école de pensée de l’agriculture raisonnée qui prône l’utilisation de produits chimiques lorsque requis, Mireille et Audrey doivent sensibiliser certains clients. « Cette pratique peut faire en sorte que des pommes peuvent avoir certaines imperfections que le consommateur n’est pas habitué de voir, une fois expliqué le client comprend que sa pomme contient moins d’insecticides », ajoute la copropriétaire de ce verger de 1 300 pommiers.

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