Volume 31 Numéro 04 Le 11 octobre 2013

L’aide internationale est en train de tuer l’agriculture haïtienne

Par Pierre Jacques Vil Chargé de cours en système agroalimentaire canadien Université Guelph-Campus d'Alfred


En Haïti, 52 % des produits agroalimentaires consommés sont importés ou reçus sous forme d’aide alimentaire, tandis que la balance (48 %) est produite par les agriculteurs haïtiens. Or, cette aide alimentaire a augmenté de 71 % depuis le tremblement de terre de 2010, selon les estimations de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire. Ce qui devait être une planche de salut après cette catastrophe est pourtant en train de tuer l’agriculture locale.

Selon le rapport du Conseil national de sécurité alimentaire, cette aide après le tremblement de terre représentait 8 % de l’offre alimentaire globale, ce qui constitue une augmentation de 71 % par rapport à 2008.

Le système actuel sans réelle structure pour favoriser la mise en marché ne permettait déjà pas à tous les agriculteurs d’écouler leurs marchandises décemment, alors imaginez maintenant. Le noble métier d’agriculteur est loin d’être enviable. Pour preuve, la production locale est difficilement rendue aux consommateurs à travers le marché de distribution. La majorité des entreprises agricoles écoulent leurs récoltes grâce aux madam sara, ces femmes d’agriculteurs qui passent des semaines hors du domicile pour commercialiser les produits de leur ferme.

On observe donc un appauvrissement des producteurs agricoles haïtiens, car ceux-ci subissent cette concurrence déloyale de produits émanant de pays exportateurs dont l’agriculture est subventionnée. L’aide alimentaire à outrance porte sans contredit préjudice aux producteurs haïtiens. Selon l’institut haïtien de statistique et d’informatique,  la branche agriculture, sylviculture, élevage et pêche a vu sa valeur ajoutée à prix constants chuter de 2,2 % en 2011-2012.

La réalité est que le secteur agricole et agroalimentaire haïtien périclite, malgré des efforts de structuration. Des actions urgentes doivent être entreprises pour harmoniser et dynamiser les relations entre toutes les composantes du  secteur agroalimentaire. Le système doit permettre à l’agriculteur de vivre décemment de l’agriculture et d’assurer une plus forte couverture de l’offre alimentaire.

Mais comment le gouvernement haïtien pourra-t-il régler cette situation sans affamer sa population ? Il lui faudrait ériger un système agricole et agroalimentaire dont le but premier serait de mieux protéger les producteurs et de valoriser davantage la production locale pour couvrir les besoins alimentaires de la population, ainsi que de la fourniture d’intrants, la transformation et la distribution.

Quant à la communauté internationale, si elle veut aider efficacement Haïti, elle doit contribuer à la création d’emplois et de richesses. Elle devra appuyer le ministère de l’Agriculture pour créer les conditions de rentabilisation des filières agroalimentaires par la mise en place d’un système agroalimentaire intégré, dynamique, harmonieux et adéquat. Cela garantirait l’approvisionnement des produits aux ménages consommateurs haïtiens,  dont 76 % des dépenses de consommation sont consacrées à l’alimentation.

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