Le 2 février 2005

Le biodiesel ? ce carburant « vert » ? nous aidera-t-il à nous sevrer du pétrole?

Par Pierre-Alain Blais


Greg Pahl. 2004. Biodiesel ? Growing a new energy economy, Chelsea Green Publ, White River Junction (Vermont), 224 pages, bibliographie, index, ressources. 18$US (www.chelseagreen.com/2004/items/biodiesel).

Le biodiesel, ce carburant facilement fabriqué à partir d’huile végétale ou de graisses animales et qui peut servir virtuellement partout où sert l’huile diesel conventionnelle, pourrait représenter une culture « énergétique » accessible pour les agriculteurs, surtout à mesure que les prix des carburants fossiles continueront à grimper.

Tel est essentiellement le message de Greg Pahl, qui vient de publier à la fin de l’automne dernier un ouvrage qui fait le point sur le biodiesel sous tous ses aspects, intitulé « Biodiesel ? Growing a new energy economy ».

Au rythme auquel on brûle le pétrole actuellement pour les besoins toujours grandissants du transport, la planète manquera de ressources pétrolières à brûler quelque part vers la moitié du présent siècle. Là-dessus les experts sont unanimes. La question, en fait, dit Greg Pahl, n’est plus de savoir si on manquera de pétrole pour satisfaire notre « dépendance chimique » envers l’or noir, mais quand arrivera le moment où on aura extrait la dernière goutte? si l’humanité se rend là un jour.

De nos jours, près de 95% de toute l’énergie consommée sur la planète l’est pour le transport des biens et des personnes sur la planète, et les autres alternatives au pétrole fossile sont loin d’être au point, estime l’auteur. L’avantage énorme du biodiesel, lorsqu’il est comparé aux autres carburants de remplacement qui sont proposés pour remplacer le pétrole dans nos véhicules ? que ce soit le gaz naturel liquéfié, l’hydrogène ou l’électricité ? c’est qu’il est déjà possible de s’en servir immédiatement dans la plupart des moteurs diesels de la planète, avec aucun ou très peu d’ajustement. On peut très bien mélanger le biodiesel dans n’importe quelle proportion au diesel fossile, de 5% (B5) à 100% (B100), selon les recherches de Greg Pahl.

Autre avantage plus qu’intéressant pour les habitants de climats « froids » comme nous, le biodiesel peut aussi remplacer, avec très peu de modification, l’huile à chauffage n°2, qui est en fait très similaire chimiquement à l’huile diesel. Toutefois, vu que le biodiesel est un meilleur solvant chimique que sa contrepartie fossile, gare au nettoyage des vieux réservoirs de mazout, les filtres et les injecteurs peuvent se boucher, si on fait la conversion trop brutalement, avertit Greg Pahl.

Du point de vue de son impact environnemental, le biodiesel est considéré plus biodégradable que le sucre et moins toxique que le sel de table, rapporte M. Pahl.

Et le biodiesel est une énergie renouvelable par excellence, car il est facilement produit à partir de l’huile végétale extraite de cultures oléagineuses cultivées localement ou encore mieux on peut transformer les résidus des graisses animales ou des huiles de cuisson qui ne trouvent pas vraiment de débouchés utiles actuellement. En outre, il représente une des meilleures opportunités pour les grandes cultures du type « énergétique », qui ne servent pas à nourrir le monde, mais à lui fournir de l’énergie propre.

Autre avantage: la technologie de conversion de l’huile végétale en biodiesel est si simple qu’on n’aura pas besoin d’usines complexes, énergivores et polluantes comme les raffineries pétrolières pour en fabriquer. Si simple d’ailleurs que déjà certains en fabriqueraient dans leur garage pour se chauffer ou propulser leurs véhicules diesels, rapporte Greg Pahl.

Le biodiesel, en plus d’être accessible est un carburant « propre ». En fait, dit Greg Pahl, il serait beaucoup moins nocif pour l’environnement que sa contrepartie fossile. Les milliers d’essais partout sur la planète ont démontré que le biodiesel brûle plus propre, produit moins de suie et de déchets sulfurés, en plus de n’ajouter aucun gaz carbonique supplémentaire, car c’est une culture qui en a fixé lors de sa croissance. Greg Pahl rapporte que le biodiesel peut réduire les émissions de CO2 de 78% par rapport au diesel pétrolier, réduisant d’autant les émissions de gaz à effet de serre qui contribuent aux changements climatiques.

Par contre, dit Greg Pahl, le biodiesel n’est pas non plus la panacée universelle (de l’énergie), qui nous permettra de continuer à dévorer sans limite l’énergie comme on a pu le faire sous le règne de l’économie du pétrole. Même si on convertissait théoriquement toutes les terres productives de la planète en cultures oléagineuses (cultures qui donnent de l’huile comme le lin, le soya, l’arachide, le chanvre, etc.), on n’arrivera pas à remplacer tout le pétrole qui est actuellement consommé. Il faudra bien se résoudre, dans un premier temps, à réduire « volontairement » notre consommation d’énergie et littéralement « modérer nos transports ».

D’ailleurs, à ce chapitre, Greg Pahl parle de nouvelle économie. Il croit que lorsque l’ère du pétrole facile et peu dispendieux aura pris fin, les risques d’effondrement de l’économie mondiale seront bien réels et le phénomène de la mondialisation ne pourra plus continuer comme il l’a fait au siècle passé.

Bien que le biodiesel ne soit pas la solution finale et unique à nos besoins énergétiques débridés, il pourra immédiatement faire partie du sevrage nécessaire que notre civilisation devra subir envers le pétrole fossile. En même temps, le biodiesel, autant que les autres carburants dérivés des cultures (comme l’éthanol), promet de créer de nouveaux emplois, de valoriser les cultures oléagineuses en créant un marché de masse totalement nouveau et ainsi aider au redressement de l’économie agricole, de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et surtout d’assurer une meilleure sécurité énergétique face aux milliards de barils de pétrole que nous devons importer de la poudrière du Moyen-Orient à chaque année.

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