Volume 30 Numéro 03 Le 21 septembre 2012

Le boeuf canadien dans un état précaire


Photo Dreamstime

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


L’industrie canadienne du boeuf serait dans un état d’extrême précarité. C’est du moins ce que révèle une étude de l’Institut canadien des politiques agro-alimentaires dont les conclusions ont été dévoilées le 10 septembre, lors d’un cyberséminaire. Les exportateurs devraient prendre la majeure partie du blâme, selon les chercheurs.

Si l’industrie bovine ne se reprend pas en main, elle pourrait fort bien crouler sous la pression des marchés mondiaux. Les chercheurs accusent les intervenants de l’industrie bovine canadienne de ne pas en faire suffisamment pour hausser les ventes de boeuf, obtenir un juste prix pour la marchandise et augmenter les marges de profit.

«L’industrie canadienne du boeuf accuse un retard et les occasions s’effritent à cause d’un manque de collaboration », pense le président et chef de la direction de l’ICPA, David McInnes.

Le boeuf canadien présenterait de sérieuses failles au niveau des exportations qui dépendent presqu’entièrement du marché américain. De fait, 85 % des exportations de viande boeuf et de bovins vivants sont destinés aux États-Unis, ce qui en fait le plus important client du Canada.

«La bonne nouvelle est que les États-Unis génèrent pour 1,8 milliard $ des ventes totales canadiennes. La mauvaise nouvelle est que le Canada remblaye le marché des États-Unis, c’est-à-dire qu’en tirant parti de l’approvisionnement canadien en bovins et en boeuf, l’industrie du boeuf américaine augmente ses propres exportations et profite de marges de profit de valeurs supérieures», déplore M. McInnes. «Et l’industrie canadienne ne semble guère se soucier de cet état de chose », s’inquiète le président.

En d’autres mots, les États-Unis achètent le boeuf canadien à un prix moyen de 3,74 $ le kilogramme, alors que le Canada achète le boeuf américain presque le double de ce prix, soit 6,55 $/kg. Cela équivaut à dire que les États-Unis achèteraient du boeuf en provenance du Canada à bon marché et revendraient le leur au double du prix sur le marché mondial.

« Ou bien nous acceptons de demeurer un fournisseur de remblayage au marché américain, ou nous prenons une décision stratégique déterminante concernant les marchés où nous pouvons performer à notre pleine mesure», en conclut M. McInnes. Et selon lui, la solution résiderait dans la diminution des importations, donc par le fait même l’augmentation de la part de marché du boeuf canadien dans notre propre marché, et tirer profit du marché américain.

Les gouvernements blanchis

L’étude réalisée auprès de 80 intervenants du secteur bovin et d’autres secteurs à l’automne passé enlève aux gouvernements provinciaux et fédéral toute part de responsabilité sur le piteux état de santé du marché bovin canadien. On mentionne que les gouvernements ont su fournir toutes les pistes de solutions nécessaires à la reprise du marché suite à la crise de la vache folle et le gouvernement fédéral a élargi les débouchés commerciaux en ouvrant de nouveaux marchés, mais l’industrie bovine n’en a pas tiré profit.

Le cheptel bovin du Canada a chuté d’un million de têtes depuis 2007, ce qui représente une baisse de 20 %. Même la consommation intérieure a baissé en moyenne d’un pour cent annuellement depuis les 11 dernières années.

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