Le 3 mars 2005

Le Brésil et le modèle coopératif

Par Nadia Carrier*, collaboration spéciale


Selon Claude Lafleur, secrétaire général de la Coop fédérée, « l’argent est le système » et le modèle coopératif serait le bon outil de réseautage pour aller chercher la part de revenu qui revient au producteur. M. Lafleur a cité l’exemple du Brésil, cette puissance agricole en émergence, qui utilise à fond la formule coopérative pour soutenir son développement intense.

Du Brésil au Canada: des éléments de réflexion. Là était le thème de la conférence de Claude Lafleur, le 11 février dernier à St-Isidore-de-Prescott, dans le cadre du Brunch Conférences AgriEst CAC.

Et effectivement ces propos portent à la réflexion; ce qu’il nous a raconté sur l’agriculture au Brésil était loin de ce que la plupart d’entre nous pouvaient imaginer. Ceux qui pensaient que le Brésil pratiquait une agriculture tiers-mondiste seront surpris de ce résumé de sa conférence.

C’est en compagnie de neuf personnes de la Coopérative fédérée de Québec que Claude Lafleur a découvert le vrai visage de l’agriculture au Brésil. Il faut dire que l’équipe avait quelques perceptions négatives et que le voyage a été rempli d’une suite de chocs et d’étonnement.

Premier choc!
Les agriculteurs brésiliens peuvent se permettre jusqu’à trois récoltes par année!!! Les rendements sont passablement les mêmes qu’au Canada pour le soya, quoiqu’un peu moins bon pour le maïs parce qu’ils le cultivent durant leur hiver. Au Brésil, l’agriculture contribue pour 20% à l’activité économique du pays.

Deuxième choc!
Contrairement à ce que l’on peut croire ou prétendre, l’agriculture brésilienne est loin d’être contrôlée par les multinationales. L’agriculture performante ou efficace est en réalité effectuée par des producteurs venant d’Europe et d’ailleurs.

Les forces du Brésil en agriculture
Les ressources humaines sont une force inestimable pour les agriculteurs du Brésil. Ils ne manquent pas de main-d’oeuvre ni de candidat à la relève. En effet, la question que se posent les jeunes de la relève n’est pas de savoir s’ils vont vivre de l’agriculture mais plutôt s’ils vont le faire sur la terre familiale ou ailleurs. Le prix des terres est assez variable: 3000$ l’hectare au sud du pays et 50$ l’hectare dans la région du nord-ouest. Les prix obtenus pour les produits sont plus bas eux aussi: 15$ l’hectolitre de lait, le prix du poulet est le tiers du nôtre tandis que le prix du porc varie entre le tiers et la moitié du prix au Canada.

Les terres et le climat sont d’autres avantages. Avec en moyenne 30 pieds de profond de terre arable et pratiquement aucun ruisseau, l’aspect environnemental y est beaucoup moins contraignant. Au niveau du climat, avec 300 jours d’ensoleillement, on aura tendance à croire que le Brésil éprouverait des problèmes sans irrigation mais détrompez-vous, les quelques grosses pluies arrivent juste à point. Par ailleurs, ce type de climat permet la construction de bâtiments à très faibles coûts. Toutes les ressources locales sont utilisées au maximum, par exemple en ce qui concerne le séchage des grains, on utilise le chauffage au bois.

D’un autre côté, le Brésil a certes des avantages en Éducation et Recherche. Le gouvernement et les coopératives investissent beaucoup dans ces secteurs. Le pays possède un Centre de recherche sur le soya: 400 000 lignées génétiques y sont à l’essai. La Coopérative fédérée de Québec en étudie 1000!

Les coopératives ont donc un rôle très important dans ce pays. Pour survivre en agriculture, il faut faire parti d’un réseau et les Brésiliens ont choisi le modèle coopératif. Les coopératives agricoles ont aussi un rôle social important. Notamment, elles aident au développement des communautés locales en appuyant des centres communautaires ou d’autres initiatives de ce genre.

Ça donne quasiment le goût d’aller s’y installer. Mais il ne faut pas se fier aux apparences’

Les faiblesses du Brésil
Le Brésil est un pays très endetté. Son réseau de transport comporte des déficiences telles qu’il est extrêmement difficile et coûteux d’effectuer le transport des denrées produites dans le Nord-Ouest vers la capitale. Le pays ne peut donc exploiter tout son potentiel.

En ce qui a trait aux préoccupations environnementales, le Brésil est très en retard. Les coûts seront énormes lorsque viendra le temps d’adopter les normes internationales. Enfin, il n’y a même pas de système d’épuration dans les villes et les villages. Le statut sanitaire du pays est très faible et inadéquat.

Du Brésil au Canada
Revenant à la problématique canadienne, Claude Lafleur a exposé les principaux défis avec lesquels ont à composer nos agriculteurs. D’abord, au cours des 10 dernières années, le chiffre d’affaires en agriculture a augmenté beaucoup moins significativement que l’endettement.

*Nadia Carrier, directrice générale à l’Union des cultivateurs franco-ontariens, est agroéconomiste de formation.

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