Volume 34 Numéro 07 Le18 novembre 2016

Le chanvre industriel : une filière prometteuse


À la ferme Agriber, à Saint-Isidore, on compte maintenant, parmi les quelque 3 000 acres de champs cultivés en blé, soya et maïs-grain, 60 acres destinés à la culture du chanvre industriel.

Par Élizabeth Paulet


En 2004, Marc Bercier décidait d’introduire le chanvre industriel à sa ferme de Saint-Isidore. Depuis, il s’efforce — à grands coups d’investissements, d’améliorations génétiques, d’expérimentations et de partenariats — de développer et rentabiliser la filière du chanvre industriel en Ontario et dans l’est du Canada. Selon lui, cette production s’inscrit parfaitement dans une démarche d’agriculture durable et offre des perspectives de marché intéressantes.

Une culture au service des sols

À la ferme Agriber, à Saint-Isidore, on compte maintenant, parmi les quelque 3 000 acres de champs cultivés en blé, soya et maïs-grain, 60 acres destinés à la culture du chanvre industriel. Selon Marc Bercier, propriétaire, l’amélioration de la santé des sols constitue l’une des principales motivations à cultiver cette plante.

Le producteur affirme que les pratiques culturales dominantes en Ontario depuis les 25 dernières années ont épuisé les sols ; selon lui, une rotation basée uniquement sur le maïs et le soya se rapproche grandement d’une monoculture et comporte de nombreux inconvénients. Il considère que le chanvre industriel offre une option de culture durable.

Le chanvre présente en effet des atouts environnementaux et agronomiques qui en font un bon précédent cultural. Il est entre autres reconnu pour la qualité de son système racinaire qui ameublit les sols en profondeur. Lorsqu’il est semé dans des conditions optimales, il livre une lutte efficace contre les adventices. De plus, une grande partie de sa biomasse est retournée au sol, ce qui constitue un bon apport en matière organique.

Une plante aux usages multiples

Les produits transformés à partir du chanvre sont nombreux. Les graines, aussi appelées chènevis, sont utilisées dans l’alimentation humaine et animale ainsi qu’en cosmétique. Toutefois, le revenu généré par la vente de graines uniquement ne serait, à l’heure actuelle, pas suffisamment élevé pour rentabiliser la production, selon M. Bercier. « Par contre, si on ajoute le revenu de la fibre et de la feuille, ça devient intéressant », précise-t-il.

En effet, la fibre est fort prisée dans l’industrie textile pour ses propriétés techniques ; la feuille renferme des molécules, le cannabidiol (CBD) et le tétrahydrocannabinol (THC) notamment, qui présentent un intérêt pharmacologique pour traiter certaines maladies ; enfin, la chènevotte, la partie ligneuse de la fibre, trouve des applications dans la construction verte, dans les matériaux isolants entre autres.

L’approvisionnement agricole de tels marchés motive beaucoup M. Bercier : « Je tiens à ce que les consommateurs aient accès à des produits sains qui correspondent à leurs valeurs. »

Collaborer pour mieux percer

  1. Bercier estime qu’il est primordial de développer simultanément l’approvisionnement agricole et les marchés. Il aspire à ce que cela se fasse dans un esprit de collaboration entre les petites et moyennes entreprises appartenant à la filière du chanvre. La création de la pépinière génétique UniSeeds émane d’ailleurs de cette volonté. Ce groupe, qui rassemble avant tout des producteurs agricoles, entretient un lien privilégié avec les marchés en ayant à bord des entreprises de transformation et de distribution telles que Mettrum Originals et Valley Bio Limited.

Cheminer vers la rentabilité

Malgré les atouts agronomiques et les perspectives de marché qu’offre le chanvre, la question de la rentabilité demeure. « Son revenu à l’acre doit concurrencer celui du maïs et du soya pour que les agriculteurs envisagent de l’introduire dans leur rotation », précise M. Bercier. La diminution des coûts de production est au cœur de la démarche du producteur ; il y consacre temps et argent depuis maintenant douze ans.

  1. Bercier se montre toutefois réaliste. Selon lui, l’optimisation de la production de soya aura pris une vingtaine d’années ; il ne s’attend pas à moins dans le cas du chanvre industriel. Par exemple, à elle seule, la maîtrise de l’opération du rouissage au champ, une fermentation qui permet de séparer la fibre de la partie ligneuse de la tige, aura nécessité 3 ans de recherche.

Bien que la culture du chanvre n’ait pas encore été très lucrative pour M. Bercier, il se félicite aujourd’hui d’avoir acquis de nombreuses connaissances agronomiques et établi d’importants partenariats. En outre, il poursuit ses recherches en vue d’améliorer la génétique des plants en fonction des marchés visés. Son principal défi à l’heure actuelle demeure la mécanisation des opérations. Selon lui, l’acquisition de matériel et de technologie de pointe s’avère incontournable pour rentabiliser la production en cette ère de l’agriculture industrielle.

 S’approprier la filière

Les efforts et l’argent qu’a investi M. Bercier dans la production du chanvre industrielle traduisent par ailleurs sa volonté de diminuer la dépendance des agriculteurs aux multinationales. « Actuellement, 60 à 70 % de nos récoltes sont issues de Bayer-Mosanto », déplore l’agriculteur. Comme la production de chanvre n’est pas encore permise aux États-Unis, le temps est selon lui opportun pour s’approprier la filière. Il espère ainsi que l’essor de l’industrie du chanvre se fera dans l’intérêt des agriculteurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *