Volume 30 Numéro 08 Le 5 décembre 2012

Le climat vu par la Banque mondiale

Par Agence Science-Presse


Il y a la fonte des glaces qui s’accélère, les canicules mortelles et les ouragans. Mais il y a aussi la production alimentaire qui va souffrir de tout cela plus que prévu. Et cette fois, c’est même la Banque mondiale qui le dit.

 

La croyance populaire veut que l’agriculture profite du futur réchauffement climatique : des régions du globe seront affectées négativement, mais d’autres y gagneront de sorte qu’à l’échelle de la planète, il y aura plus de gains que de pertes. Or, ce n’est plus aussi sûr, considèrent ceux qui observent les indicateurs virer au rouge plus vite que prévu.

 

Dans son rapport de 2007, le GIEC (Groupe des Nations Unies sur les changements climatiques) prédisait qu’une hausse de « seulement » un degré et demi par rapport aux niveaux d’avant l’industrialisation (nous en sommes à 0,8) aurait un effet bénéfique dans les régions tempérées et qu’il faudrait atteindre 3,5 degrés pour commencer à voir une baisse de la production mondiale. Or, il semblerait que déjà, avec seulement 0,8 degré Celsius d’augmentation, on puisse commencer à mesurer des impacts négatifs. Selon une étude de l’Université Stanford publiée l’an dernier, « les tendances climatiques étaient suffisantes dans certaines régions » pour contrebalancer l’accroissement des cultures dû aux engrais ou aux nouvelles technologies.

 

Ainsi, sous le titre « Le climat, pire que vous ne le pensiez », le New Scientist publiait récemment une série de sept textes sur sept changements qui dépassent les prévisions, dont la production alimentaire.

 

Ce dossier coïncide avec la parution d’un rapport de la Banque mondiale, qui prévient que toutes les nations souffriront des changements climatiques… et les plus pauvres, plus que les autres. Si, comme cela devient de plus en plus plausible, la hausse des températures d’ici la fin du siècle doit dépasser, non pas 2, mais 4 degrés, cela se traduira par davantage de canicules extrêmes — donc des sécheresses — davantage de hausses du niveau des mers — donc des inondations — et moins de nourriture — donc des famines. Toutes des choses qui peuvent se calculer en conséquences économiques, écrit la Banque mondiale.

 

Les pays riches ne seront pas épargnés, s’ils doivent vivre d’autres étés caniculaires qui dévastent les récoltes, comme cette année aux États-Unis. Et s’ils sont aux prises avec plus de réfugiés climatiques. Le rapport de la Banque mondiale insiste néanmoins sur une aggravation des pénuries d’eau en Afrique de l’Est et au Moyen-Orient et sur une remontée de la mortalité infantile en Afrique. « L’intensification prévue des événements climatiques extrêmes pourrait inverser les efforts pour réduire la pauvreté, particulièrement dans les pays en développement. »

 

Le rapport paru récemment, Turn Down the Heat (littéralement : Baisser le thermostat) reflète la volonté du nouveau président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, d’intégrer adaptation aux changements climatiques et lutte contre le sous-développement. « Nous ne mettrons jamais fin à la pauvreté si nous ne nous attaquons pas aux changements climatiques. C’est un des plus gros défis de justice sociale de notre temps. »

 

Turn Down the Heat coïncide aussi avec la rencontre annuelle des Nations Unies sur les changements climatiques, qui a lieu cette année du 26 novembre au 7 décembre à Doha, au Qatar. Cette rencontre annuelle où les écologistes rêvent toujours de voir naître un successeur au Protocole de Kyoto, le traité international sur la réduction des gaz à effet de serre.

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