Volume 34 Numéro 06 Le 4 novembre 2016

Le côté social de l’agriculture

Par Evelyn Levac


Chronique, Comme dans l’temps

Je me suis souvent fait dire que j’habite au milieu de nulle part. J’ai toujours répliqué qu’au contraire, j’habite au milieu de tout. Cette observation s’avère particulièrement véridique depuis les dernières années avec l’arrivée de l’Internet, des téléphones intelligents et  des médias sociaux. Grâce à ces nouvelles technologies, je me sens rarement isolée, même en habitant (selon plusieurs) dans mon « trou » perdu et avec mes longues journées de travail. Pourtant, ces méthodes de socialisation sont tout de même très récentes puisque moi-même, dans ma courte vie, je n’y ai pas toujours eu accès. Afin d’en apprendre davantage sur la vie rurale avant l’ère numérique, j’ai rencontré Alain et Rachel  Lavigne ainsi que Damase et Marielle Lalonde, deux couples d’agriculteurs de Sainte-Anne-de-Prescott.

« Dans ce temps-là, on faisait des bis. Des bis pour le fumier, pour le pressage, pour le battage, ou pour le sciage de bois. Les voisins se rassemblaient et allaient en aider un, puis un autre.  Au repas du midi, la femme de l’agriculteur chez qui tout ce monde-là travaillait devait nourrir tout l’monde! Il y a eu des fois où l’on faisait de la soupe dans la cuve qui servait de bain pour en avoir assez. Chez nous, ça arrivait au moins trois fois par année. C’était beaucoup de travail, mais c’était comme ça.  Pour les hommes, refuser un repas aurait été comme une insulte à la famille hôte », m’a expliqué Madame Lalonde.

« Le foin et la paille étaient rentrés lousses dans la grange. L’hiver, quand on avait un surplus on pressait le foin à la grosse presse. T’avais le carré pour contenir les balles et le foulon qui foulait en descendant pour  ʺ pacter  ʺ  le foin dans la presse. Ça prenait au moins 20 gars. Il y en avait cinq ou six sur le carré qui déprenaient le foin. La ʺ job ʺ la plus dangereuse était confiée au plus athlète du groupe. Il devait remplir la presse et s’écarter de là avant que le bloc ne tombe. D’autres séparaient le foin pressé en balles avec des blocs qu’ils inséraient dans le carré.  Deux autres hommes sur chaque bord rentraient la broche dans les blocs et les attachaient. Chaque balle qui sortait de la presse était pesée. C’étaient des balles de 180 livres. C’était trop lourd à soulever. J’étais encore jeune à cette époque, mais j’me souviens que mon père devait les rouler pour les placer. Il culbutait ça et les empilaient quatre rangs de hauteur. Ensuite, on les chargeait sur des ʺ sleighs ʺ pour les envoyer sur un train en route vers les États-Unis pour les vendre », m’a raconté Monsieur Lavigne.

Jadis, l’agriculture était un mode de vie pour les habitants des communautés rurales. Presque tout leur temps était consacré aux tâches qui leur permettaient de survivre. « Dans ce temps-là, le côté social était important », a souligné Monsieur Lavigne. En effet, beaucoup de ces tâches requéraient plusieurs personnes. Voilà l’occasion parfaite pour socialiser un peu tout en travaillant ensemble envers un but commun. Quand même efficace comme réseau social!

 

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