Volume 31 Numéro 12 Le 21 février 2014

Le dindon, une production d’avenir pour l’Est ontarien ?


Photo ILessard

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


« L’inconnu fait peur », nous confiait en entrevue Marc Boucher, un nouveau producteur de dindes butterball de Plantagenet. Des 185 éleveurs de dindes ontariens, ils ne sont actuellement que cinq dans l’Est ontarien, et pourtant, plusieurs s’entendent pour dire qu’il s’agit d’une production prometteuse pour cette région de la province. Mais la crainte n’est pas le seul frein au démarrage de cette production.

« Le même phénomène s’est produit dans le poulet à chair, fait observer Alain Bouvrette, gestionnaire de compte au Centre agricole de Desjardins. Il n’y en avait pas autant que maintenant et la production était concentrée dans le sud-ouest de la province [comme la dinde]. Tranquillement, ça a commencé à s’en venir dans l’Est ontarien et aujourd’hui il y en a pas mal plus qu’avant. »

Si Marc Boucher a choisi la dinde plutôt que le poulet de chair, c’est grâce à son conseiller financier, Alain Bouvrette. Ce dernier a laissé parler les chiffres.

« Quelqu’un qui a 2 millions $  à investir [dans une production contingentée] a le choix entre le lait, les œufs, la dinde et le poulet. Ce qui reste le plus payant, c’est le lait. Ensuite je dirais la dinde, le poulet [et les œufs] ». Or, comparée à la production laitière, la dinde a cet avantage d’offrir une meilleure qualité de vie aux producteurs puisqu’elle demande une présence à la ferme moins fréquente.

Quant au poulet de chair, le prix du quota en décourage plusieurs. Le problème, selon M. Bouvrette, c’est qu’il faut acheter un minimum de 14 000 unités de production, un investissement de départ qui représente 1,8 million $, alors que la dinde offre plus de flexibilité.

« Ça ne court pas les rues les gens qui sont capables d’investir 1,8 million $ », confirme Patrick Hutchinson, représentant de l’est de l’Ontario pour la compagnie Newlife Mills – qui détient des meuneries, des abattoirs et des fermes.

« Ce qui facilite les choses dans la dinde, c’est qu’on peut partir petit et grossir au fil des ans. Quelqu’un qui voudrait partir dans la dinde pourrait commencer par acheter 500 000 $. »

Frein au démarrage
Évidemment, comme dans toute production contingentée, le quota n’est pas facile à dénicher « Il suffit d’avoir des contacts », ont répondu en chœur M. Bouvrette et M. Boucher. Ils s’entendent pour dire que les meuneries sont le premier endroit où poser la question, une hypothèse qu’a confirmée notre journaliste qui, en sondant le terrain, a appris que Newlife Mills avait 80 000 kg de quota de dindons à vendre.

Il a pourtant fallu de nombreuses années avant que le quota ne soit disponible dans l’Est ontarien. « Les intervenants du marché de la dinde n’étaient pas nécessairement intéressés à déplacer le quota dans l’Est ontarien, loin des abattoirs et des couvoirs », confie Patrick Hutchinson.

Ces derniers craignent que les producteurs fassent abattre leurs volailles au Québec, comme le font les producteurs francophones de poulets de l’est de l’Ontario. Avec la proximité des abattoirs comme celui d’Exceldor, au Québec, l’envie est palpable puisque le plus proche abattoir ontarien est situé à Hannover, à une heure au nord de London.

« Ce sont les abattoirs de l’Ontario qui se trouvent à perdre ce volume d’abattage aux mains du Québec et il n’y a rien qu’ils peuvent faire [pour les en empêcher]», outre freiner le transfert de quota dans l’Est de la province, explique-t-il.

Historiquement, il n’y a eu qu’un seul producteur est-ontarien qui s’est laissé tenter par le marché québécois, mais M. Hutchinson confirme que c’est tout de même « très difficile d’apporter du quota dans l’est […] et de percer dans cette région ».

Les trois interlocuteurs se sont montrés toutefois très optimistes face à l’avenir. « Il risque d’y en avoir d’autres », soutient le conseiller financier. Plus il y aura de producteurs, plus les abattoirs voudront venir s’installer dans l’est de la province, à leur avis. Et il faut dire que cette région a un énorme avantage par rapport au sud-ouest de la province : le prix des terres. La flambée du coût d’un hectare risque de rendre l’Est ontarien plus alléchant.

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